Venu des Etats-Unis, il a finalement prêté serment le 1er novembre, après une lutte pour obtenir l’approbation du Parlement. M. Mohamed a été nommé par le président, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, pour remplacer Omar Abdirashid Ali Sharmarke, qui avait démissionné le 21 septembre.
« Je formerai bientôt un gouvernement qui fera de la sécurité sa priorité… et [je mènerai à bien] les tâches de transition définies dans la charte », a-t-il dit. Mais observateurs et analystes sont d’avis que les défis auxquels il va se trouver immédiatement confronté sont considérables.
Traiter avec Al-Shabab
M. Mohamed commence son mandat alors que le TFG est en lutte contre les insurgés islamistes, principalement Al-Shabab, qui contrôlent la majeure partie du sud et du centre de la Somalie et presque toute la capitale, Mogadiscio.
« Il faut qu’il y ait une proportion suffisante d’acteurs politiques dans chacune des factions [dans le pays et à l’extérieur] pour donner une chance à M. Mohamed et son équipe et pour collaborer avec lui », a dit Michael Weinstein, expert sur la Somalie et professeur à l’Université Purdue aux Etats-Unis.
Un analyste politique somalien, qui a demandé à garder l’anonymat, a ajouté : « Le défi numéro 1 est d’obtenir de la communauté internationale qu’elle le libère de ces contraintes non déclarées publiquement qui vont le bloquer, par exemple l’impossibilité de négocier avec Al-Shaba et Hisbul Islam ».
Pour travailler de façon efficace, le nouveau Premier ministre va avoir besoin d’espace et d’indépendance pour négocier avec l’opposition. « S’il ne parvient pas à convaincre la communauté internationale de lui donner carte blanche, la situation sera pire, et non meilleure, à la fin de son mandat », a dit l’analyste. « La solution militaire ne marche pas et elle ne marchera pas, même s’ils font venir ces 20 000 soldats supplémentaires dont ils parlent ».
Divisions au sein du TFG
Selon l’analyste somalien, « les divisions internes entre le président Sharif et son ancien collaborateur, le président du Parlement Sharif Hassan, pourraient empêcher le Premier ministre de fonctionner efficacement et il va passer le plus clair de son temps à contrecarrer le président de l’assemblée. Ces luttes internes incessantes et le manque de cohésion sont la raison pour laquelle beaucoup de Somalis n’ont aucune confiance dans le TFG ».
Pour M. Weinstein, « M. Mohamed se trouve face à un défi de gouvernance qu’il doit impérativement surmonter, avant de pouvoir s’attaquer aux autres défis : il doit établir sa crédibilité et dépasser les divisions qui déchirent le TFG, ses institutions et ses factions ».
| « Mohamed doit faire patienter les bailleurs pendant qu’il établit des contacts avec les factions de l’opposition armée » |
Insécurité et corruption
Roba Sharamo, responsable du Programme de prévention des conflits en Afrique (Africa Conflict Prevention Programme) à l’Institut d’Etudes de sécurité (ISS) à Nairobi, a dit : « Le couple sécurité-insécurité est un défi permanent pour la Somalie ; sans sécurité, aucune autorité provisoire ne pourrait réussir… le Premier ministre doit relever ce défi permanent et s’assurer que le TFG ne perd pas encore plus de terrain à Al-Shabab et Hisbul Islam ».
Le Premier ministre, a-t-il ajouté, doit tendre la main à Al-Shabab et Hisbul Islam et aux autres groupes armés islamistes opposés au gouvernement.
Une source de la société civile à Mogadiscio a dit qu’il était certes essentiel de mettre fin à l’insécurité, mais qu’il était primordial aussi de s’attaquer à la corruption, largement répandue au sein du TFG. « Ils ne reçoivent pas beaucoup d’argent, mais ce que le gouvernement reçoit, les hauts responsables gouvernementaux se l’approprient », a dit la source. « M. Mohamed doit réorienter les ressources là où il faut, par exemple payer les salaires des forces de sécurité ».
« On a vu des cas où les troupes gouvernementales n’avaient même pas les ressources de première nécessité comme la nourriture, l’eau et les munitions. Comment peut-on espérer que les gens vont se battre dans ces conditions ? », a demandé cette source. « Même les divisions internes et le manque de progrès dans le domaine de la sécurité ont un rapport avec ça. Les hauts responsables se battent pour savoir qui aura la mainmise sur l’agent. C’est aussi simple que cela ».
M. Weinstein a appelé au dialogue : « M. Mohamed doit faire patienter les bailleurs pendant qu’il établit des contacts avec les factions de l’opposition armée. C’est très difficile à réaliser et peut-être même impossible ; mais s’il ne parvient pas à le faire, son administration échouera comme celles qui l’ont précédée.
« Il doit se présenter rapidement comme un personnage fédérateur capable de gagner un soutien populaire suffisamment fort pour surmonter la dérive actuelle de la politique somalienne qui sème la discorde, non seulement dans les régions du sud et du centre mais de plus en plus aussi dans le nord ».
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