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Des communautés de la Vallée du Rift inventent leur propre formule de paix

Villagers at a peace meeting in Deffo, near a well where violence erupted Rachel Kibui/IRIN
Un puits, utilisé par deux groupes ethniques différents dans la province kenyane de la Vallée du Rift, a davantage servi à les rapprocher que ne l’ont fait tous les efforts du gouvernement et de la société civile, disent les locaux.

« Ce puits est un point d’interaction entre les deux communautés ; nous avons la possibilité de nous rencontrer à chaque fois que nous allons chercher de l’eau pour notre foyer, » a déclaré à IRIN Ishmael Langat, un habitant du village de Kirima à Mau Narok.

M. Langat fait partie de la communauté kalenjin, qui, au début de 2008, fut impliquée dans de violents affrontements avec les membres d’autres communautés ethniques, suite à des élections présidentielles contestées.

Les violences post-électorales ont tué plus de 1 300 personnes et en ont déplacé un demi-million.

Trois ans plus tard, des communautés comme celles de M. Langat et leurs voisins, les Kikuyu, se sont lancées dans des projets visant à assurer une paix durable.
« Nous ne croyons pratiquement plus aux efforts du gouvernement pour parvenir à l’unité ; nous avons découvert depuis que c’est nous - et non pas les politiciens haut placés qui nous montent les uns contre les autres - qui perdons quand ce n’est pas la paix, » a dit M. Langat.

La Vallée du Rift, la plus peuplée des huit provinces du Kenya, est non seulement cosmopolite mais elle jouit d’une riche agriculture et est considérée comme le grenier à pain du pays. Le nombre d’électeurs, estimé par le recensement de 2009 à plus de 10 millions, en fait une province favorite pour les politiciens qui cherchent à se faire élire.

Affrontements ethniques

Le puits du village de Kirima n’a pas toujours été un point focal de paix : Depuis 1992, date à laquelle le Kenya a fait l’expérience de ses premiers conflits ethniques avec l’introduction du multipartisme en politique, il a souvent été le témoin de violences.
Joseph Ndirangu, un habitant du village de Deffo, a expliqué : « Cela fait 21 ans que j’habite par ici et ce puits a toujours servi aux villageois, mais chaque fois qu’une guerre éclate, elle démarre là où les gens vont puiser de l’eau. »

Désormais, les villageois se sont jurés de faire du puits un facteur d’unité et ils ont mis de côté leurs différences politiques et ethniques pour faire vivre la paix.

This burnt house is evidence that Kenya is still reeling from effects of the post election violence
Photo: Rachel Kibui/IRIN
La Vallée du Rift a le plus souffert des violences qui ont suivi les élections de 2008 : 1 300 morts, des centaines de milliers de déplacés et beaucoup de dommages matériels
« Maintenant, nous nous rencontrons souvent près de ce puits. Et cette fois, c’est pour parler de paix et non pas déclencher des violences. C’est ce puits qui a été la source du conflit et il sera désormais une source de paix, » a ajouté M. Langat.

Les initiatives gouvernementales

Par le biais de l’administration provinciale, le gouvernement a créé des comités de paix basés sur les districts, dont les responsables, cependant, ne semblent pas atteindre les villages comme Kirima.

Là où ils fonctionnent, ces comités de paix incluent des anciens du village qui, après avoir reçu une formation en résolution des conflits, facilitent la transmission de ces savoirs à leur concitoyens, dans l’optique d’offrir une solution durable à la violence.

Mais comme Peter Waweru, animateur pour jeunes du district de Molo, l’a fait remarquer, « les anciens [des commissions de paix] ont simplement été choisis par les chefs, sans consultation avec les villageois ; nous ne connaissons pas les critères appliqués par l’administration provinciale. »

« Tout ce qu’ils font, c’est d’assister à des réunions dans les grandes villes, peut-être qu’ils sont payés pour ça, mais ils ne font pas passer “l’éducation à la paix” à leur concitoyens, » a indiqué M.Waweru. « Si on avait pris des représentants choisis par les villageois, les gens auraient pu ouvertement confesser les actes qu’ils avaient perpétrés pendant les violences et cela aurait soulagé et guéri les blessures.

Un vieil homme qui surveillait ses vaches près du centre commercial de Doffo et ne voulait pas être nommé a déclaré être heureux de pouvoir désormais traverser la route avec ses vaches sans avoir peur.

Pendant les violences, la route, qui relie Njoro et Narok, deux villes de la Vallée du Rift, marquait la frontière entre les terres appartenant aux Kikuyu et celles des Kalenjin. Chaque communauté avait donné un nom dans sa langue à son côté de la route et les gens ne pouvaient pas aller faire des courses sur le territoire de l’autre groupe.

« Mais nous avons forgé notre propre paix. Je peux sans inquiétude aller rendre visite à des vieux Kalenjin et partager avec eux les histoires de notre passé », a dit le vieil homme.

« Agenda Four »

Les habitants de villages comme Deffo et Kirima, qui ont été le théâtre de violences intenses, ne comprennent pas les dispositions de l’Agenda 4 de l’accord de paix qui a introduit le gouvernement de coalition. L’article 4 concerne les mesures nécessaires pour garantir une paix durable.

L’une d’entre elles était une nouvelle constitution, qui a, depuis, été soumise à un vote par référendum et promulguée le 27 octobre. Cependant, « apparemment, le parlement traîne à appliquer les nouvelles lois, » a regretté M. Langat.

Selon Mwangi Muray, un habitant de Njoro, « Personne ne s’est donné la peine de dire aux gens sur le terrain ce que signifie l’Agenda 4 ; si on m’en donne la possibilité, je suis prêt à assister aux réunions et à mobiliser d’autres jeunes pour leur faire comprendre ce programme vital. »

Un autre villageois a dit avoir le sentiment que les responsables du gouvernement s’intéressaient bien davantage au partage du pouvoir qu’à la résolution des questions dont parle l’article [4].

« A mon avis, le gouvernement a complètement laissé tomber l’Agenda 4 depuis que le pays a une nouvelle constitution. Il semble qu’après tout, les questions essentielles risquent de ne jamais être résolues,” a t-il dit.

rk/js/mw/og/np

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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