D’après une estimation du Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS NET) de l’Agence américaine pour le développement international, la sécheresse qui a frappé le pays cette année a entraîné la mort d’environ 40 pour cent du bétail, des moutons et des chèvres dans le nord du Mali – une région où 80 pour cent des habitants dépendent de l’élevage et de l’agriculture.
Lorsque l’organisation non gouvernementale (ONG) Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (AVSF) a demandé aux habitants du nord de la région de Tombouctou de quel genre d’interventions médicales ils avaient besoin, la plupart d’entre eux ont répondu qu’ils souhaitaient recevoir des soins pour eux-mêmes et pour leurs animaux, « nous avons donc décidé de mettre en œuvre une approche holistique et de les soigner ensemble », a dit à IRIN Marc Chapon, coordonnateur national des projets d’AVSF.
Les ONG AVSF et Médecins du Monde (MDM) ont chacune mis en place des équipes médicales mobiles composées d’un infirmier, d’un vaccinateur, d’un vétérinaire et d’un représentant de la communauté. Celles-ci se rendent dans les campements en zone pastorale des régions de Tombouctou, Kidal et Gao, dans le nord du Mali, afin de vacciner les gens, soigner les malades, effectuer des examens prénataux et donner des conseils nutritionnels ; elles procèdent également à la vermifugation des animaux et à leur vaccination contre des maladies fréquentes.
La mise en œuvre d’une approche combinée est pertinente dans ce genre de crises, a indiqué Juan Lubroth, vétérinaire en chef auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), car elle offre davantage de flexibilité et a les faveurs des populations nomades. « Si vous soignez les gens et que leurs animaux meurent… comment vont-ils survivre ? » a-t-il dit à IRIN.
Risques de maladie
Le changement de régime entraîné par le passage de la saison sèche à la saison des pluies peut provoquer l’apparition de nouveaux maux et de nouvelles maladies, selon Christian Wabnitz, directeur adjoint du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Niger et au Mali, « mais si nous réussissons à passer la phase de transition, l’état de santé [des animaux] s’améliore ».
Parmi les maladies qui menacent la santé des animaux en période de sécheresse figurent la trypanosomiase, transmise par la mouche tsé-tsé ; la fièvre aphteuse ; la pleuropneumonie contagieuse bovine ou caprine ; et la PPR, ou peste des petits ruminants, a indiqué M. Lubroth. Dans un troupeau affaibli, un animal malade peut infecter tous les autres, a-t-il ajouté.
Les animaux faibles présentent également davantage de risques d’être emportés lors de fortes précipitations : à Ber, un village de Tombouctou, 1 200 têtes de bétail sont mortes noyées en juillet lorsque la région a subi des précipitations équivalentes à celles de deux ans en seulement deux jours.
« Nous devons nous assurer que les animaux sont en bonne santé aujourd’hui alors que les précipitations améliorent l’état des pâturages », a dit à IRIN M. Chapon, d’AVSF, « car les animaux porteurs de parasites qui recommencent à manger finissent par nourrir les parasites, pas eux-mêmes ».
Au sein de la population, les femmes enceintes et les enfants malnutris en particulier ont besoin de soins de santé, a dit Sidy Diallo, responsable de projets pour MDM. Le lait produit par les animaux constitue la majeure partie du régime des enfants des agriculteurs, selon les chercheurs de l’université Tufts, si bien que la malnutrition apparaît lorsque la production de lait diminue.
Mais M. Lubroth indique que l’ensemble des soins holistiques est nécessaire au maintien de la santé des animaux et des populations. « Les animaux ont besoin d’eau, d’abris et d’une nourriture correcte afin de se rétablir… La vaccination n’est pas efficace s’ils ne bénéficient pas de tout cela ».
Logistique
Le projet requiert des financements importants car l’équipe couvre de larges zones faiblement peuplées. Beaucoup de nomades s’installent dans des campements temporaires, entre 50 et 150 kilomètres de la clinique la plus proche. AVSF vise jusqu’à 2 500 personnes réparties sur 40 000 kilomètres carrés – une superficie équivalente à celle de la Suisse. « Ce n’est pas un programme de masse », a dit M. Diallo. « Nous ne soignons pas des centaines de personnes par jour ».
L'équipe mobile de santé mixte (humaine et vétérinaire) soutenue par AVSF et ADESAH (Association pour le développement endogène au Sahel) à Tombouctou, les six cliniques de MDM à Gao ainsi que ses quatre cliniques à Kidal ne peuvent pas satisfaire les besoins de la population de la région, ont indiqué les responsables du projet. L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) apporte actuellement son soutien aux deux ONG et pourrait continuer à le faire à long terme, mais il préfère que les traitements soient gratuits pour tous.
Aujourd’hui à Tombouctou, les patients payent pour leurs soins et ceux de leurs animaux. Selon AVSF, un berger doit débourser 1,50 dollars pour payer les antibiotiques d’un chameau et la vaccination d’un animal coûte 0,21 dollar. Seuls les vaccins obligatoires et les soins apportés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants sont remboursés par l’État.
Selon les ONG, l’État doit intervenir afin d’assurer la continuation du projet sur le long terme. Le ministre de la Santé du Mali a fait part de son intérêt, mais il n’a pas encore présenté un plan concret.
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