« Absolument rien n’excuse un tel acte », a dit à IRIN Abdi Haji Gobdon, conseiller médias du Premier ministre Omar Abdirashid Ali Sharmarke, le 10 août. « Ces organismes sont venus aider les milliers de personnes qui ont besoin de leur aide. C’est une preuve, s’il en fallait une, du mépris d’Al Shabab pour le bien et le bien-être du peuple somalien. Ils s’en moquent, tout simplement ».
Dans un communiqué publié à Mogadiscio le 9 août, Al Shabab accusait World Vision, l’Adventist Development and Relief Agency (ADRA) et Diakonia de prosélytisme.
« Ces trois organismes, qui, sous [le couvert de] l’aide humanitaire, jouent le rôle de missionnaires, répandent leurs idéologies corrompues dans le but d’entacher la croyance pure du peuple musulman de Somalie », a déclaré le groupe. « Nous avertissons les autres organismes locaux qu’ils ne doivent ni reprendre les opérations des organisations qui font l’objet de cette interdiction, ni s’associer secrètement à celles-ci sous peine de se voir infliger les mesures disciplinaires appropriées ».
« Il ne convient pas de chasser les organisations humanitaires venues jusqu’ici, en Somalie, pour aider les populations dans le besoin. Le peuple somalien a besoin d’urgence de recevoir davantage de secours ; j’appelle Al Shabab à ne pas faire obstacle à ceux qui souhaitent aider notre peuple », a dit à IRIN, en réaction à l’interdiction, Mohamed Ali, une personne déplacée vivant à Km 13, une banlieue de Mogadiscio.
Toutefois, pour Asha Abukar, une autre personne déplacée, qui vit à Baidoa, dans la région de Bay, l’interdiction ne changera rien.
| « C’est une preuve, s’il en fallait une, du mépris d’Al Shabab pour le bien et le bien-être du peuple somalien. Ils s’en moquent, tout simplement » |
« Accusées à tort »
Dans un communiqué publié le 9 août, World Vision se dit « surpris et déçu » de la décision d’Al Shabab, fondée, selon l’organisme, sur des accusations fallacieuses.
« World Vision est un organisme chrétien, motivé par sa foi à aider les enfants, les familles et les communautés qui vivent dans la pauvreté, mais l’organisme s’est également doté de politiques interdisant spécifiquement le prosélytisme ; il est également signataire du Code de conduite de la Croix-Rouge, qui garantit une distribution impartiale de l’aide », a déclaré l’organisme. « La décision de mettre fin aux opérations de l’organisme en Somalie est malheureuse, en particulier à l’heure où plus de 3,6 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire d’urgence, en Somalie. Parmi les personnes dans le besoin, 700 000 sont des enfants ».
L’organisme, qui opère en Somalie depuis 18 ans, a dit avoir suspendu ses opérations dans les régions touchées en préparation des prochaines mesures.
Selon l’ADRA, qui a également nié les accusations de prosélytisme formulées à son endroit, l’interdiction aura des répercussions négatives sur au moins 180 000 personnes, dans les régions de Bakool, Bay et Hiiraan, où l’organisme construisait et réhabilitait des puits, assurait une aide aux moyens de subsistance et s’efforçait d’améliorer l’accès des populations à l’éducation.
Le 10 août, Diakonia, organisme international d’aide au développement fondé conjointement par cinq églises suédoises, n’avait quant à lui pas encore réagi à l’interdiction.
Les associations de la société civile ont également condamné l’interdiction et appelé les parties prenantes au conflit à permettre aux organisations humanitaires de se rendre auprès des populations dans le besoin. Al Shabab et Hisbul Islam continuent de combattre les soldats du gouvernement à Mogadiscio, provoquant le déplacement de centaines de milliers d’habitants.
L’interdiction ne fera qu’aggraver la situation des populations les plus vulnérables, selon une source de la société civile à Mogadiscio. « Ce sont les gens qui n’ont pas de travail, n’ont pas d’autre moyen de gagner leur vie et vivent dans la rue, pour la plupart. Que se passe-t-il quand on les prive du peu d’aide qu’ils recevaient ? Ils [les civils] sont livrés à eux-mêmes. C’est l’histoire de la Somalie », a-t-il déploré, appelant Al Shabab à autoriser la présence de tout organisme souhaitant aider les populations vulnérables.
« S’ils ont ne serait-ce qu’une once d’humanité, ils autoriseront la présence de quiconque souhaite aider leurs frères et leurs sœurs », a-t-il ajouté.
L’interdiction décrétée par Al Shabab est intervenue alors que les Nations Unies annonçaient le renforcement prévu de leur présence en Somalie.
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