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La violence dans le Darfour a fait 30 000 déplacés en octobre

L’envoyé spécial des Nations Unies au Darfour a de nouveau exprimé ses préoccupations face à la situation sécuritaire et humanitaire dans la région du Soudan où la violence a fait au moins 30 000 déplacés parmi la population civile, et provoqué la mort de sept travailleurs humanitaires.

Dans une déclaration devant le Conseil de sécurité des Nations Unies à New York, le 27 novembre, Jan Eliasson a indiqué que le meurtre des sept travailleurs humanitaires soudanais était la plus lourde perte en vies humaines enregistrée depuis juillet 2006 et que compte tenu des déplacements de population du mois d’octobre, le nombre total de déplacés cette année était d’environ 280 000.

Depuis 2003, les combats opposant les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices alliées aux groupes rebelles du Darfour ont fait 200 000 morts et plus de 2,2 millions de déplacés.

« Les conflits intercommunautaires autour du problème foncier et des ressources en eau continuent et persistent », a déclaré M. Eliasson devant le Conseil de sécurité. « Le risque d'insurrection au sein de la population arabe est de plus en plus grand et pourrait aussi donner lieu à un débordement sur [la région voisine du] Kordofan ».

Le 26 novembre, l’International Crisis Group (ICG) a publié un rapport mettant en garde contre les nouvelles dynamiques observées dans la crise du Darfour et les risques d’insurrection au sein de la population arabe.

« Les dissensions entre communautés arabes ont ajouté à la précarité de la situation sur le terrain », a déclaré l’ICG dans son rapport, Darfur's New Security Reality [Nouvelles réalités sur la sécurité au Darfour]. « Désormais, les [communautés arabes] risquent fort de s’insurger, et pourraient former des alliances avec les groupes rebelles à prédominance non arabe », a ajouté l’ICG.

D’après M. Eliasson, les organisations humanitaires continuent de rencontrer des difficultés pour accéder aux populations dans le besoin, et la tension dans les camps des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) est de plus en plus vive.

« Les attaques des troupes gouvernementales à l’intérieur des camps et les nombreux accrochages autour et dans les camps ont entraîné de nombreuses pertes en vie humaine, la destruction d’habitations et donné lieu à des violations des droits humains », a-t-il ajouté. « Le récent déplacement forcé de PDIP dans le sud du Darfour est particulièrement inquiétant ».

« Les conflits intercommunautaires autour du problème foncier et des ressources en eau continuent et persistent »
En outre, a-t-il fait remarquer, la situation sécuritaire et humanitaire du Darfour a eu un impact sur le déploiement de la force conjointe ONU/UA (Nations Unies/Union africaine) de maintien de la paix censée être entièrement opérationnelle au début de l’année 2008.

Dans un compte-rendu fait conjointement avec M. Eliasson, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les opérations de maintien de la paix, a expliqué au Conseil de sécurité que les premiers éléments du soutien renforcé (heavy support package) aux forces de la Mission de l’UA au Soudan (AMIS) avaient été déployés et comprenaient une unité de 140 agents de police du Bangladesh et 135 hommes de l’unité du génie de l’armée chinoise.

Les représentants ont toutefois affirmé que le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles du Darfour étaient tous deux responsables des « sérieux retards » enregistrés dans les opérations de déploiement de l’UNAMID, la force hybride UA-ONU.

« Pendant que l’Union africaine et les Nations Unies continuent de faire pression sur les différentes parties pour qu’elles avancent dans leurs négociations, le déploiement d’une force de maintien opérationnelle doit nécessiter l’engagement constant du Conseil et le soutien actif du gouvernement du Soudan », a déclaré M. Guéhenno.

Retards dans le déploiement de la force hybride

A quelques semaines du transfert de la mission de l’AMIS à l’UNAMID, prévu fin décembre, M. Guéhenno a noté que la force hybride manquait encore d’importants moyens de transport, notamment d’une unité lourde et semi-lourde de transport comprenant 18 hélicoptères ; et d’une unité légère d’hélicoptères tactiques.

En outre, a précisé M. Guéhenno, le gouvernement soudanais qui hésite à accepter la présence d’unités non africaines, ne s’est toujours pas prononcé sur la liste des pays contributeurs aux troupes de l’UNAMID.

En réponse à ces observations, Abdalmahmood Mohamad, ambassadeur du Soudan au Nations Unies a toutefois fait remarquer que son pays avait fait des efforts pour remplir ses obligations en vue du déploiement de l’UNAMID et que bon nombre de problèmes avaient déjà été réglés, notamment la définition des principales capacités opérationnelles de la force internationale.

M. Mohamad a ajouté que des tractations étaient en cours pour parvenir à un accord concernant le statut des forces et que son gouvernement avait fourni un soutien logistique et mis en place un comité ministériel chargé de faciliter le déploiement de l’UNAMID.

Les pourparlers de paix

Concernant les pourparlers de paix du mois d’octobre qui se sont déroulés en Libye, et dont font partie désormais les réunions consultatives de Khartoum, du Darfour et de Juba, M. Eliasson a indiqué que le processus de paix du Darfour était irréversible.

« On ne peut plus revenir en arrière », a-t-il affirmé. « Il est important de maintenir le cap et la dynamique politique ».


Photo: Derk Segaar/IRIN
Combattants d'un groupe rebelle du Darfour
Selon lui, les récents progrès dans les pourparlers de Juba, la capitale du Sud Soudan, sont encourageants puisque le Mouvement de libération populaire du Soudan (People's Liberation Movement, SPLM) a permis aux groupes rebelles du Darfour de fusionner et de constituer deux grands groupes – des représentants de 11 factions distinctes travaillent à la reconstitution du Mouvement/armée de libération du Soudan (Sudan Liberation Movement/Army, SLM-A), et cinq autres factions ont accepté de se réunir au sein du Front uni de résistance (United Resistance Front, URF).

« Ces deux groupes se sont engagés à harmoniser leurs positions sur les problèmes abordés pendant les pourparlers », a expliqué M. Eliasson.
« Les représentants envisagent maintenant de retourner au Darfour pour prendre contact avec les commandants de leurs unités et d’autres factions sur le terrain en vue de renforcer leur alliance ».

Des tractations sont encore en cours au sein du Mouvement de libération du Soudan-Unité (SLM-Unity) du Darfour pour revoir et harmoniser les positions, a précisé M. Eliasson.

« A l’issue de ces tractations, nous espérons avoir deux ou trois groupes d’interlocuteurs, au lieu des nombreuses factions avec lesquelles nous avons travaillé au cours de l’année dernière », a souhaité M. Eliasson. « Il y a des points positifs qu’il convient toutefois d’apprécier avec une certaine prudence. Les efforts d’unification restent fragiles ».

Lire aussi : SOUDAN: « Risque élevé » d’insurrection arabe au Darfour - ICG
 
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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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