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Controverse autour du plan de destruction des champs de pavots

Le président afghan Hamid Karzaï subit des pressions de la part des Etats-Unis, qui souhaitent le voir mettre en œuvre un plan controversé de lutte contre les stupéfiants. Ce plan devrait permettre de détruire les cultures de pavots afghanes par vaporisation de substances chimiques, ont confirmé plusieurs responsables du gouvernement jeudi.

« Nous subissons des pressions pour nous obliger à utiliser des produits chimiques afin de détruire les champs de pavots », a expliqué à IRIN Habibullah Qaderi, le ministre afghan de la Lutte contre les stupéfiants, alors qu’il se trouvait à Kaboul, la capitale.

En 2006, le président Karzaï a rejeté un plan du gouvernement américain consistant à procéder à l’épandage de produits chimiques sur les champs de pavots en vue d’endiguer la production d’opium en Afghanistan. Le ministère afghan de la Santé publique avait en effet invoqué des considérations sanitaires liées aux effets secondaires potentiels de ces produits chimiques sur les paysans et les habitants locaux.

« Dans les zones rurales, les populations dépendent des cours d’eau pour leur consommation d’eau ou pour se laver, entre autres. L’épandage de substances chimiques sur les champs de pavots contaminera l’eau, ce qui peut avoir de graves conséquences pour bon nombre d’habitants des régions rurales », a averti le ministère.

« Ces substances chimiques risquent également d’infecter d’autres plantes utiles ou d’affecter le bétail », a rapporté le ministère de la Santé publique à l’occasion d’un comité gouvernemental sur la lutte contre les stupéfiants.

Toutefois, selon un diplomate occidental, une délégation américaine doit bientôt présenter aux autorités afghanes de nouvelles propositions, concernant notamment un produit sans effets secondaires, qui pourrait être utilisé sans risque.

Une opposition à l’épandage moins catégorique

En 2007, selon les estimations de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la production d’opium afghane dépassera le niveau record atteint en 2006, soit 6 100 tonnes métriques.

« Le gouvernement n’a pas vraiment réussi à freiner la production de stupéfiants, et l’expansion annuelle de la production d’opium en est la confirmation », a concédé un haut responsable du ministère de la Lutte contre les stupéfiants sous le couvert de l’anonymat.

Au vu de l’expansion des cultures de pavot et des pressions constantes exercées par les Etats-Unis, certains fonctionnaires afghans, auparavant opposés à l’épandage de produits chimiques, ont aujourd’hui changé d’avis.

« Si nous constatons que les insurgés talibans et les terroristes continuent de tirer profit du trafic des stupéfiants et que nous nous rendons compte que notre stratégie ne permet pas de résoudre ce problème alors, en dernier recours, nous utiliserons les produits chimiques », a confirmé M. Qaderi, le ministre.

A Kaboul, toutefois, un diplomate britannique œuvrant en faveur de la lutte contre les stupéfiants s’est montré sceptique quant à l’utilité des épandages aériens ou terrestres de produits chimiques sur les champs de pavot.

« Ce n’est pas une solution afghane à leur problème et ce ne sera pas une solution durable non plus. Le Royaume-Uni ne soutient pas cette option », a ajouté le diplomate, qui a requis l’anonymat.

L’ambassade américaine à Kaboul a préféré ne pas s’exprimer sur ce sujet jusqu’à l’arrivée d’une délégation américaine qui rencontrera les autorités afghanes au cours des deux prochaines semaines.

Fonds de lutte contre les stupéfiants

Près de la moitié de l’économie nationale afghane repose sur l’argent illicite de l’opium.

Selon l’ONUDC, la production d’opium afghane a généré 3,1 milliards de dollars rien qu’au cours de l’année 2006. Bien que seule une petite part de ces revenus reste en Afghanistan, un grand nombre de paysans afghans disent avoir besoin d’une aide tangible pour trouver d’autres moyens de subsistance et pouvoir ainsi cesser de cultiver le pavot.

Pour répondre à ces demandes, le gouvernement afghan, soutenu par les Nations Unies et d’autres bailleurs de fonds, a créé à la fin de l’année 2005 un fonds d’affectation spéciale pour la lutte contre les stupéfiants, qui a néanmoins investi moins de 800 000 dollars, en 2006, dans la recherche de nouveaux moyens de subsistance.

« Nous sommes conscients des faibles capacités du gouvernement [ce qui] nous empêche d’investir davantage dans la recherche de moyens de subsistance alternatifs », a reconnu Wahidullah Shahrani, adjoint au ministre des Finances.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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