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Les tensions entre les îles de l’archipel restent vives

La crise qui oppose le gouvernement de l’Union des Comores aux autorités locales d’Anjouan, qui ont pris le contrôle de l’île la semaine dernière à la suite d’affrontements sanglants, menace de compromettre les élections prochaines et l’unité de l’archipel des Comores.

Les îles d’Anjouan et de Mohéli avaient déclaré leur indépendance par rapport à la Grande Comore en 1997, mais la crise de sécession a été résolue par un accord négocié en 2001 par l’Organisation de l’unité africaine, précurseur de l’Union africaine (UA).

L’accord prévoyait que chacune des trois îles semi-autonomes qui composent les Comores ait son propre gouvernement et son propre président, et se voit confier à tour de rôle la présidence de l’Union.

Mercredi dernier, les forces de sécurité de l’île d’Anjouan, loyales envers Mohamed Bacar, le président sortant de l’île, ont attaqué et forcé à battre en retraite l’armée du gouvernement fédéral, qui avait investi les bâtiments fédéraux situés à Mutsamudu, la capitale de l’île, pour y mettre en place un gouvernement local provisoire. Deux soldats du gouvernement fédéral auraient été abattus au cours des échanges de tirs et de roquettes.

Les Comores ont connu 19 coups d’Etat, tentés ou réussis, au cours des trois dernières décennies. M. Bacar a pris le pouvoir sur l’île d’Anjouan à la suite du coup d’Etat de 2001, mais il a été élu président de l’île un an plus tard, pour un mandat de cinq ans.

Francisco Madeira, envoyé spécial de l’UA, est arrivé aux Comores samedi pour aider à résoudre la confrontation. Il a sévèrement dénoncé les affrontements, rappelant le passé politique instable de l’archipel et soulignant d’autant plus le succès des élections présidentielles tenues il y a un an dans l’Union.

« Ce problème est très regrettable, M. Bacar a eu recours aux armes et nous désapprouvons et condamnons vigoureusement son acte », a dit à IRIN M. Madeira, qui préside une délégation composée de membres des Nations Unies, de l’Union africaine, de représentants français, libyens, malgaches et chinois.

« Nous travaillons ensemble à la rédaction d’un protocole d’intention à soumettre à toutes les parties. Nous sommes sur la bonne voie. L’objectif est de ne pas laisser cet incident compromettre les prochaines élections », a-t-il ajouté.

Une crise aux racines très profondes

Les élections présidentielles de l’Union tenues en avril 2006, date à laquelle la présidence de l’Union a été transférée de l’île de la Grande-Comore à Anjouan, visaient à mettre un terme aux conflits et à la méfiance interinsulaires qui caractérisent le paysage politique des Comores, ancienne colonie française, depuis la déclaration d’indépendance en 1975.

Ahmed Abdallah Sambi, originaire d’Anjouan et affectueusement surnommé « l’Ayatollah », a remporté la présidence de l’Union par une victoire écrasante.

« Les causes sous-jacentes [des tensions] sont très profondes mais l’élément déclencheur immédiat de la situation actuelle à Anjouan est le différend constitutionnel portant sur la fin du mandat de cinq ans du président Bacar », a expliqué Opia Kumah, coordinateur résident des Nations Unies aux Comores, soulignant ainsi les rivalités profondes qui opposent les îles entre elles.

Selon une décision de la Cour constitutionnelle des Comores, M. Bacar devait se retirer à la fin de son mandat, qui s’est achevé le 14 avril. La décision prévoyait qu’un président et son cabinet seraient provisoirement nommés pour assumer le pouvoir sur l’île en attendant que les élections, qui doivent commencer le 10 juin prochain, aient été tenues sur chacune des trois îles.

M. Sambi, président de l’Union, a choisi Kaabi Houmadi pour assumer provisoirement la présidence d’Anjouan ; ce dernier a annoncé la composition de son cabinet la semaine dernière.

M. Bacar a dénoncé cette mesure, et lorsque les forces armées de l’Union ont tenté d’investir les bâtiments gouvernementaux destinés à accueillir le nouveau cabinet, les forces de sécurité de l’île, loyales à M. Bacar, ont ouvert le feu.

« La communauté internationale, et notamment les Nations Unies, ont beaucoup investi pour assurer l’unité du pays. Aucune des îles ne devrait perturber le processus de réconciliation, qui constitue l’unique garantie de développement et de lutte contre la pauvreté aux Comores », a déclaré M. Kumah.

D’autre part, « Anjouan fait partie intégrante de l’union nationale », a rappelé M. Madeira. « Les forces anjouanaises doivent désormais être intégrées [au sein de l’armée nationale] – il doit s’agir uniquement de forces de police, non plus d’une armée ».

Il a appelé le gouvernement de l’Union des Comores et celui de l’île d’Anjouan à résoudre leurs différends promptement.

« Nous devons à présent revenir aux bases : organiser les élections, s’assurer que M. Bacar se retire du pouvoir, lever le couvre-feu et libérer les soldats capturés », a-t-il dit.

Bien que le port et l’aéroport d’Anjouan restent fermés, M. Madeira s’est montré optimiste, affirmant que la crise serait bientôt résolue. Un compromis pourrait même être obtenu d’ici la fin de la semaine, a-t-il ajouté.

Le colonel Said Hamza, le commandant de l’armée fédérale, aurait été renvoyé et remplacé par un chef provisoire.

tdm/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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