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Face à une opposition divisée, le camp du président Compaoré se prépare à la victoire

A deux jours de l’élection présidentielle au Burkina Faso, le camp du président sortant Blaise Compaoré, qui est au pouvoir depuis 18 ans et fait face à une opposition divisée, se prépare à la large victoire annoncée par des sondages, en dépit des contestations sociales qui agitent les rues du pays.

« Notre objectif ce n’est pas la victoire de notre candidat au premier tour, c’est déjà un acquis au vue de la mobilisation des militants et de la popularité de notre candidat mais plutôt, c’est de faire en sorte que le taux soit élevé », a déclaré Salif DIALLO, le Directeur de campagne du président Compaoré, à la télévision nationale la semaine dernière.

Douze candidats sont en lice pour le premier tour du scrutin présidentiel du 13 novembre dans ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest qui compte près de 13 millions d’habitants.

La candidature du président sortant Blaise Compaoré, un ancien officier de la marine qui est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’état en 1987, a été validée par le Conseil constitutionnel le mois dernier.

Cette dernière était contestée par les membres de l’opposition qui soutenaient que le président, élu en 1991 et 1998, contrevenait à l’article 37 de la constitution qui stipule que tout Burkinabé qui a exercé deux mandats présidentiels ne peut se présenter une troisième fois.

En 1997, l’Assemblée nationale a supprimé la limite de rééligibilité puis l’a rétablie trois ans plus tard.

Le Conseil constitutionnel a donc estimé que la modification ne s’appliquait pas rétroactivement et que le président Compaoré pourrait à nouveau briguer deux mandats.

Déboutés de leur seul point de convergence, les partis de l’opposition fragmentée ne sont pas parvenus à s’unir derrière un candidat commun, laminant un peu plus leurs chances, déjà maigres face à un candidat qui a reçu le soutien de 26 partis sur la centaine officiellement reconnus.

Tandis que le chef de file de l’opposition à l’Assemblée nationale, Gilbert Ouédraogo, président de l’Alliance pour la Démocratie et la fédération /Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) a choisi de soutenir la candidature de Blaise Campaoré, les 15 partis de l’opposition réunis sous la bannière d’Alternance 2005 ont désigné trois candidats.

L’avocat et ancien député Bénéwende Stanislas Sankara, de l’Union pour la Renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS), et le député Philippe Ouédraogo, du Parti pour la démocratie et le socialisme (PDS) sont toujours en course tandis que l’avocat Hermann Yaméogo, de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), s’est retiré de la course pour protester contre l’acceptation de la candidature de Compaoré.

La grogne sociale, enjeu des élections

Alors que les douze candidats en quête des voix des quatre millions d’électeurs inscrits sur le fichier électoral multipliaient les rassemblements politiques dans le pays, les 26 et 27 octobre, à l’appel de 17 centrales syndicales et syndicats autonomes, de nombreux fonctionnaires burkinabé à travers le pays ont observé une grève.

Ils réclamaient, notamment, l’augmentation des salaires et pensions, et la réduction des taxes sur les produits de grande consommation, tels le pétrole, l’eau et l’électricité.

« La grève a été un véritable succès, car nous avons enregistré un taux de participation de près de 73% », a déclaré à IRIN Mathias Liliou, secrétaire général de la Confédération Syndicale Burkinabé (CSB).

Le Burkina Faso est le troisième pays le plus pauvre au monde, selon l’index de développement humain des Nations unies, et près de 80 pour cent de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

Le pays n’a pas échappé à l’inflation consécutive à la hausse vertigineuse du prix du baril de pétrole en début d’année, qui s’est ensuite répercutée sur le prix des transports et de la vie en général.

« Notre lutte est purement syndicale et non politicienne.

Nous luttons contre la vie chère et la vie chère n’a pas de couleur politique », a précisé M. Liliou de la CSB.

Certains candidats se sont engouffrés dans la brèche ouverte par le mouvement social pour critiquer le président sortant.

« Les grèves du 26 et 27 octobre organisées par les syndicats démontrent que les citoyens en ont marre du gouvernement », a précisé le candidat de l’UNIR/MS Sankara la semaine dernière à l’occasion de sa tournée électorale dans la ville de Gaskinde, au nord du pays.

En dépit de ces joutes oratoires, l’opposition ne parvient pas à ébranler le président Compaoré, qui jouit d’une confortable avance sur ses challengers.

Un sondage d’opinion réalisé le mois dernier à travers le pays par le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD), une organisation locale, a crédité le président Compaoré de 69 pour cent des intentions de vote, loin devant Sankara, qui a reçu 3,7 pour cent des intentions de vote.

Le candidat Compaoré tient fermement les rênes du pouvoir et de l’armée.

Son parti est le seul implanté dans les 45 provinces du Burkina Faso et dispose de militants dans les hameaux de villages.

Le CDP dispose en outre de moyens financiers bien supérieurs à ceux des autres partis, comme en attestent les hélicoptères et véhicules tout terrain qui sillonnent le pays, en appui à sa candidature.

Au regard des crises traversées par la Côte d’Ivoire et le Togo voisin, le président burkinabé, que ses critiques qualifient de dictateur, passe pour le garant de la stabilité du pays.

Pour Michel Bazié, un chef d’entreprise à Bobo-Dioulasso, seconde ville du pays qui compte 12 millions d’habitants, « durant les dix dernières années, le Burkina a fait un bond qualitatif, dans les domaines de l’éducation, des infrastructures et surtout de la stabilité.

Face à la crise ivoirienne, on a vu un Blaise Compaoré serein qui a su se comporter afin de nous éviter le pire. Alors, pour tout cela, je trouve que c’est lui l’homme de la situation et moi je n’hésiterai pas à voter pour lui ».

Le Burkina Faso subit de plein fouet les répercussions du conflit en Côte d’Ivoire, qui accueille depuis des décennies des millions de Burkinabés. Près de 365 000 ressortissants burkinabés précédemment installés dans le pays divisé en deux sont retournés dans leur pays d’origine, qui peine à les réintégrer, selon les Nations unies.

Qu’il soit l’homme de la situation ou non, Compaoré profite également des énormes dissensions existant au sein de l’opposition, morcelée par l’adoption en 2001 d’un système de représentation proportionnelle.

Selon l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI) basé à Washington, le système burkinabé de représentation proportionnelle a eu pour résultat direct « la fragmentation continue de l’opposition avec des idéologies politiques ambiguës et des plates-formes ayant peu de substance thématique ».

« A défaut de bons mécanismes de coordination ou de résolution de conflits, les politiciens ont eu tendance à régler leurs différends en créant des nouveaux partis politiques qui, souvent, ne sont que l’expression de conflits et rivalités personnels entre les dirigeants », indique un rapport de l’organisation basée à Washington et publié l’année dernière.

Une opposition divisée

Bien qu’il ait été crédité de moins de quatre pour cent des intentions de vote, Bénéwende Stanislas Sankara est le candidat de l’opposition le mieux placé dans le sondage du CGD.

Le député de 46 ans originaire du nord du Burkina Faso, comme le président sortant, se réclame de l’idéal sankariste, du nom du président marxiste assassiné en 1987, lors de la prise de pouvoir du président Compaoré.

Se présente également le député Philippe Ouédraogo, président du parti pour la Démocratie et le Socialisme (PDS), ingénieur des mines à la retraite âgé de 63 ans.

Ram Ouédraogo, impresario, manager et producteur, se présente sous les couleurs du Rassemblement des Ecologistes du Burkina (RDEB).

Il jouit d’une certaine notoriété acquise en 1998, lorsqu’il était arrivé second, loin derrière le président Compaoré, au scrutin présidentiel.

Les candidats Norbert Michel Tiendrébeogo, président du Front des Forces Socialistes (FFS), et Nayabtigungou Congo Kaboré, du Mouvement pour la Tolérance et le Progrès (MTP), se réclament eux aussi de l’idéal Sankariste.

Soumane Touré, président du Parti Africain pour l’Indépendance (PAI), l’ancien ministre et député Ali Lankoandé, Laurent Bado, du Parti pour la Renaissance (PAREN), et Emile Pargui Pare, président de l’Alliance socialiste (AS) sont également de la partie.

Les candidats Gilbert Bouda et Toubé Clément Dakio, peu connus sur la scène politique, sont indépendants.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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