Un convoi de gros camions, chargés d'armes lourdes dont des anti-aériens et des propulseurs de grenades, a fait le tour de la ville en début d'après-midi, avec des soldats lourdement armés, accrochés de part et d'autre des véhicules.
Certains camions ont pris la direction de l'autoroute de Bouaké menant au nord. Des combattants en plus grand nombre, lourdement armés et revêtus de tenues de combat, faisaient des patrouilles dans les rues, expliquant aux civils qu'ils étaient à la recherche de personnes infiltrées.
Bouaké est le siège des rebelles, qui se font appeler "Forces Nouvelles". Ils ont le contrôle de la moitié Nord du pays, depuis le déclenchement des hostilités avec le gouvernement en septembre 2002. Bien qu'ils aient signé un accord de paix avec le gouvernement en janvier, il n'y a pas eu de rapprochement réel entre les deux camps.
Le 23 septembre, les rebelles sont sortis du gouvernement d'unité national, alléguant que le Président Laurent Gbagbo avait laissé ses ministres sur la touche, et n'avait aucune intention sérieuse d'appliquer l'accord de paix orchestré par la France.
Mardi, le chef d'état-major de la principale organisation rebelle, le Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), le Colonel Soumaila Bakayoko, a signalé que les rebelles avaient déclaré l’"état d'urgence", et avaient rappelé tous les commandants militaires du MPCI à Bouaké, à cause d'un "acte de guerre" signé par le chef d'état-major ivoirien, le Général Mathias Doué, et le Président Laurent Gbagbo.
L'acte, a-t-il réclamé, engageait l'armée à reprendre le combat contre les rebelles.
"La déclaration de Doué au cours de la cérémonie commémorant les soldats tués au front et celle de Gbagbo qu'il en finirait avec nous dans peu de temps, nous ont poussé à mettre nos hommes en alerte", a souligné à IRIN, Bakayoko, un déserteur de l'armée ivoirienne à Bouaké.
Discourant samedi à la cérémonie commémorative des soldats et policiers tués dans le conflit, le général Doué a averti que "la guerre peut reprendre à tout moment". Bakyoyoko a ajouté qu M. Gbagbo avait tenu un discours lors du mini-sommet des chefs d'Etats de la CEDEAO à Accra le 12 novembre, dans lequel il affirmait que son armée était bien équipée et pouvait refouler les rebelles dans deux semaines.
Selon Bakayoko, ces déclarations appellent à la guerre. Il a affirmé que l'armée ivoirienne avait fait de Bouaké et de la ville de Man, plus à l'Ouest, leurs cibles immédiates.
Cependant le porte-parole de l'armée ivoirienne, Aka N’goran, a rejeté les accusations des rebelles. Il a relevé que les allégations des rebelles contre le Générale Doué étaient "complètement fausses", ajoutant que l'armée était toujours engagée dans le processus de paix.
Le Colonel Georges Peillon, porte-parole du contingent français fort de 4000 hommes chargés de veiller au respect du cessez-le-feu entre les combattants, et de s'interposer entre l'armée et les rebelles, a souligné à IRIN que les Français avaient entendu les déclarations des rebelles. Cependant, ils ignoraient vraiment ce qu'ils comptaient entreprendre.
Les troupes françaises ont été déployées après l'éclatement de la rébellion et forme depuis un tampon entre les deux camps. Elles ont récemment intensifié leurs opérations à Bouaké, suite à l'attaque d'une banque dans la ville.
En dépit de la sécurité renforcée à Bouaké, Bakayoko a annoncé que le Secrétaire-général des "Forces Nouvelles", Guillaume Soro, s'était envolé pour Accra, au Ghana voisin, pour discuter des préparations d'une réunion pour la paix avec le gouvernement et d'autres partis politiques ivoiriens.
Le Premier Ministre Seydou Diarra, qui dirige le gouvernement d'unité nationale, a rencontré Soro au Burkina Faso samedi, et a accepté que les différents partis impliqués dans le processus de paix se rencontrent cette semaine, pour essayer de désamorcer la situation actuelle.
M. Diarra n'a pas précisé quand se tiendrait la réunion, mais le Président Blaise Compaoré du Burkina Faso a informé les journalistes qu'il avait sollicité l'expérience du Président John Kufuor, afin d’organiser la rencontre. M. Kufuor est le Président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
La CEDEAO, qui a organisé un autre sommet sur la Côte Ivoire la semaine dernière, avec les chefs d'Etat des pays voisins, espère qu'une autre réunion avec toutes les parties au conflit pourrait être utile, en particulier après celle de la semaine passée qui n'a rien donné.
Bien qu'aucun combat n'ait été répertorié pendant les six derniers mois, le processus de paix en Côte d'Ivoire parait avoir perdu tout dynamisme ces derniers mois, les problèmes s'étant compliqués avec le départ des ministres rebelles du gouvernement en septembre.
Le désarmement prévu il y a trois mois n'a toujours pas commencé. Bakayoko a révélé à IRIN, mardi, que les rebelles ne désarmeraient pas tant que le Premier Ministre Seydou Diarra ne recevrait pas les pleins pouvoirs de M. Gbabgo, et tant que les ministres de la Défense et de la Sécurité ne seraient pas choisis par tous les partis signataires des accords de Marcoussis, initiés par la France en janvier.
A Paris, le Président français Jacques Chirac a réitéré lundi, la nécessité d'appliquer “rapidement et totalement” les accords de Marcoussis. Son appel a été précédé de celui de l'Union Européenne, qui, a spécifié la semaine passée qu'elle continuerait de suspendre son aide à la Côte d'Ivoire, à moins de constater un réel "progrès" dans le processus.
Le pays ouest-africain le plus prospère a sombré dans un tumulte politique en septembre 2002, suite à une tentative de coup d'état manqué. Les soldats rebelles ont pris le contrôle des régions du Nord et de l'Ouest, divisant le pays en deux. Le conflit de 14 mois a mené cette ancienne colonie française, premier pays producteur de cacao au monde, au bord de l'effondrement économique.
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