Les sources ont informé IRIN par téléphone, de la capitale mauritanienne Nouakchott, que entre 30 et 40 conspirateurs, dont 20 officiers supérieurs, sont maintenus en détention.
Le procureur général a découvert suffisamment de preuves contre les inculpés, démontrant leur participation à la tentative de coup d’état, qui a abouti à deux jours intenses de combats à Nouakchott, ont-ils ajouté.
Environ 90 autres soldats, interpellés pour nécessité d’enquêtes sur le coup d’Etat avorté contre le Président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, ont été relâchés au début du mois d’août.
M. Taya, qui s’est emparé du pouvoir au cours d’un coup d’Etat 19 ans auparavant, a indexé les extrémistes islamistes comme responsables du soulèvement militaire.
La tentative de renversement du régime a été précédée de six semaines de traque des radicaux islamistes, durant lesquelles 63 imams et militants de l’opposition ont été arrêtés ,et un hebdomadaire interdit de parution.
Tous les civils ont été relâchés le 25 août, mais les charges continuent de peser sur eux. Elles vont de l’accusation d’avoir reconstitué un parti politique interdit et dissous, à celle de conspirer pour déstabiliser la sécurité de l’Etat.
Le professeur de droit et défenseur des droits de l’homme, Cheikh Saad Bouh Kamara a déclaré mercredi, que toutes ces personnes avaient simplement été arrêtées pour leurs opinions et convictions politiques. Il a affirmé qu’elles avaient été relaxées pour manque de preuves.
Human Rights Watch a accueilli avec satisfaction la libération des prisonniers politiques mercredi. Cependant, l’organisation se demande si le harcèlement gouvernemental persistant que subit l’opposition, permettrait à cette nation désertique de 2,5 millions d’habitants, d’organiser des élections présidentielles libres et justes le 7 novembre 2003.
Peter Takirambudde, le Directeur de la division Afrique au siège de cette organisation des droits de l’homme à New York, a expliqué dans une lettre ouverte au Président Taya : « Si le climat actuel de harcèlement contre les membres de l’opposition et les restrictions de liberté persistent, nous ne croyons pas qu’elles [les élections] puissent être libres et transparentes. »
M. Taya devrait affronter cette fois Mohamed Khouna Ould Haidallah, un adversaire de taille qui fut l’ancien chef d’état-major renversé en 1984 par Taya. Une grande coalition, allant des libéraux réformateurs aux islamistes fondamentalistes s’est engagée à le soutenir.
M, Kamara a confié qu’il ressentait les mêmes préoccupations que Human Rights Watch concernant la transparence des élections. Il a averti que « les mains invisibles » du gouvernement pourraient manipuler le scrutin, avant de noter que le rôle d’observateurs locaux et internationaux restait encore à être déterminé.
“Je soutiens les conclusions de Human Rights Watch, mais non le raisonnement. Au-delà de l’arrestation de citoyens, il existe d'autres facteurs qui pourraient discréditer les élections», a souligné le professeur à IRIN.
“Plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement sont allés battre campagne à l’intérieur du pays, et les ministères de la Défense, des Finances et de la Justice sont impliqués dans l’organisation des élections», a fait remarquer Kamara. « Le gouvernement n’a pas encore approuvé la présence d’observateurs internationaux. Seront-ils acceptés, les organisations locales n’ayant pas encore reçu l’autorisation de superviser le scrutin ? ».
Deux des présumés instigateurs de la tentative de coup d’état de juin, les officiers Mohamed Ould Hannena et Mohamed Ould Cheikna, sont toujours en fuite.
Mardi, la chaîne de télévision Al-Jazeera du Qatar a diffusé un enregistrement vidéo qui montrait deux hommes, annonçant la formation d’une organisation appelée ‘Les Chevaliers du Changement’. Ils pressaient les forces armées mauritaniennes de se joindre au groupe, dont l’objectif est d’apporter « une transformation démocratique pacifique » de l’ancienne colonie française, maintenant devenue une république islamique.
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