La cité d'un million d'habitants qui subissent une grave pénurie de nourriture et d'eau potable, s'est mise à couvert, mais plusieurs cas de victimes civiles ont été rapportés.
Sept personnes déplacées qui avaient trouvé refuge à Newport High School, dans le quartier diplomatique de Mamba Point, ont été tuées sur le champs lorsqu'un obus de mortier a atteri dans l’enceinte. Une autre personne a été tuée par l'explosion d'une rocket près des bureaux de Médecins Sans Frontières Belgique (MSF-Belgique), a relaté Hani Khalifa, Chef de Bureau de l’organisation.
Environ 30 obus ont éclaté autour de Mamba Point où l’ambassade des Etats-Unis (USA) et les Nations-Unies (ONU) ont leurs locaux, et deux autres sont tombés près de la station de radio catholique Veritas, précédemment endommagée par les bombardements de la semaine dernière.
L’ONU a, une fois encore, appelé les deux parties à respecter l’accord de cessez-le-feu signé le 17 juin, mais les préparatifs pour l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix continuaient d’évoluer très lentement.
Une accalmie dans les combats, jeudi matin, avait permis à plusieurs personnes de se hasarder dehors, à la recherche de nourriture et d’eau potable qui se font rares ; cependant les combats entre les forces gouvernementales et le mouvement rebelle des Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie (LURD) ont repris avec rage plus tard dans la journée.
“[Nous] ne nous battons plus uniquement pour [le Président Charles] Taylor, mais aussi pour notre propre survie. Vendredi ou samedi, nous allons reprendre Freeport au LURD,” a déclaré aux reporters le Général Roland Duo, Commandant de l’armée libérienne sur la ligne de front.
D’intenses combats se déroulaient vendredi autour des deux ponts menant à l’île de Bushrod, où est localisé le port détenu par les rebelles. Les forces gouvernementales avaient essayé de se frayer un chemin sur les ponts de Stockton et de Tucker, qui relient l’île à un périphérique contournant le nord et le centre-ville de Monrovia. Les résidents de ce secteur ont rapporté que les rebelles semblaient prendre de l’avance sur les troupes du gouvernement.
Des sources, en zone sous contrôle des rebelles à Monrovia, ont raconté que les combattants du LURD s’étaient introduits dans les entrepôts de Freeport, et avaient commencé à emporter du riz. Une partie avait été distribuée aux civils nécessiteux, tandis que l’autre était vendue à moindre coût dans la rue.
Quand au prix du riz en zone gouvernementale à Monrovia, il a plus que doublé, depuis que le LURD a lancé sa dernière offensive contre la ville la semaine dernière. Le mouvement rebelle a, en effet, attaqué la cité par trois fois en trois mois.
Le Représentant de la Fédération Mondiale Luthérienne (LWF), Charles Pitchford, a décrit la situation à Monrovia de “choquante”, avec des déplacées dans la ville en proie à une cruciale pénurie de nourriture et d’eau potable. Plusieurs ont consommé de l’eau de pluie recueillie dans des seaux.
A New York, le Conseil de Sécurité s’est inquiété de la reprise des hostilités. Le Président du Conseil, l’Espagnol Inocencio Arias, a indiqué que le Conseil avait accueilli avec satisfaction les tractations présageant le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix au Liberia. Par contre, les membres du Conseil “ont insisté” que toutes les parties au conflit honorent le cessez-le-feu et s’engagent à signer un accord de paix consensuel, dès que possible.
M. Arias a également réclamé que le Président Charles Taylor “honore sa parole de quitter le Liberia, afin que le gouvernement de transition puisse être installé, et la paix restaurée.”
M. Taylor a convenu de démissionner et a accepté l’offre d’asile du Nigeria, mais, a spécifié qu’il ne quittera le pays qu’après l’arrivée de la force de maintien de la paix.
Le Nigeria a offert deux bataillons de son armée comptant 1500 hommes pour diriger la force d’avant-garde des soldats de la paix au Liberia. Cependant, leur déploiement a été reporté, suite aux combats en cours à Monrovia, et aux discussions chevronnées concernant le montant que les USA et les pays occidentaux veulent octroyer pour le financement de l’opération.
Jacques Klein, Représentant Spécial pour le Liberia du Secrétaire-Général de l’ONU, M. Kofi Annan, a informé les journalistes, jeudi à New York, qu’un bataillon proviendrait des troupes nigerianes en activité à la mission de l’ONU en Sierra Leone (UNAMSIL).
M. Klein a precisé qu’il espérait que les Nigerians pourraient se déployer dans 7 ou 10 jours, ajoutant que les plans de l’opération devraient être finalisés d’ici Lundi.
Il a en outre confirmé que le gouvernement des USA avait fait don de 10 millions de dollars pour soutenir financièrement le déploiement, mais a exprimé son impatience face au délai imparti pour finaliser l’envoi : “nous nous tenons entre deux choix : espoir et désastre. J’espère que nous pouvons rapidement lever les troupes, arrêter les tueries et stabiliser la situation,” a-t-il déclaré.
“La population se meure de choléra, de dysenterie, de déshydratation, pendant que les organisations humanitaires se font voler leurs vehicules, et que les officiers de douane imposent des pots-de-vin élevés pour l’importation de matériel et accessoires médicaux. C’est là ce que nous devons contrôler,” a commenté M. Klein.
Les officiels de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’ONU et les USA ont eu une rencontre jeudi, dans la capitale sierra leonaise, Freetown, pour discuter du déploiement des troupes d’avant-garde nigerianes. Cependant, la décision finale précisant quand envoyer les troupes a été reportée à la semaine prochaine.
Le Chef d’Etat-Major du Nigeria, le Lieutenant-Général Marin Luther Agwai, a affirmé à la presse à Freetown : “il est juste question d’une première étape de la réunion. Une autre rencontre est prévue à Accra lundi. Après cela, je suis certain que nous saurons exactement quand les premières troupes entreront à Monrovia”.
Interpellé sur ce report qui risquerait d’augmenter les souffrances de la population civile au Liberia, M. Agwai a répliqué : “qu’est-ce qui est mieux ? Se précipiter pour y aller et commettre beaucoup d’erreurs ou s’assurer que tout est fait, et fait correctement ? Nous pensons que la meilleure chose est qu’une fois sur place, nous délivrons”.
Il a ajouté que la CEDEAO ne pouvait supporter financièrement un tel déploiement de troupes, et qu’elle attendait toujours de Washington plus de fonds.
“Nous sommes en discussion avec les Américains. Ils ont déjà avancé 10 millions de dollars, et j’ai cru comprendre que des échanges sont en cours”.
M. Agwai a précisé que le gros de la force internationale africaine de maintien de la paix, qui compterait 5000 hommes, pourrait être envoyé pour une durée indéterminée. “ Nous voulons que la force y reste aussi longtemps que possible pour avoir la paix, la stabilité, les élections, le désarmement ; tout ce qui pu être fait en Sierra Leone, nous le voulons pour le Liberia”.
Le Général Daniel Opande, Commandant Nigerian de UNAMSIL, a confirmé que le bataillon nigerian NIBATT 15, basé à Makeni, au centre de la Sierra Leone, ferait partie de l’avant-garde. Il a ajouté que son déploiement n’affecterait aucunément les plans de sécurité pour la Sierra Leone où sont actuellement basés 13000 hommes de la force de la paix de l’ONU.
Le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (UNHCR) a demandé aux gouvernements de suspendre pendant 6 mois, le retour obligatoire des Libériens dont le demandes d’asile ont été rejetées. Le Canada, relevait-on, avait annoncé cette mesure mercredi.
“La montée du conflit a provoqué le déplacement à large échelle de la population et l’effondrement complet de la loi et de l’ordre à travers le pays,” a constaté le HCR dans une note consultative envoyée aux gouvernements.
Les Libériens, stipulait-elle, faisaient face à une brutale et systématique violation des droits de l’homme, comportant des tueries extra-judiciaires, la torture, les viols et violences sexuelles, les disparitions et les conditions cruelles de détention arbitraire.
“Nous demandons aux gouvernements de la région ouest-africaine de continuer à reconnaître les Libériens comme réfugiés selon la Convention de 1969 de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ratifiée par tous,” a rappelé le HCR.
“En d’autres lieux, hors d’Afrique, où la Convention de l’OUA ne peut s’appliquer, nous appelons les gouvernements à garantir la protection des demandeurs d’asile Libériens,” a-t-il encore recommandé le HCR. “Ceux qui ne sont pas reconnus comme réfugiés doivent toujours bénéficier de dispositions complémentaires de protection.”
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