Des civils allant vers le centre-ville, ont indiqué à IRIN que les rebelles du groupe Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) essayaient de déloger du pont stratégique les combattants gouvernementaux et qu'ils progressaient vers le centre de la capitale.
C'est la troisième fois depuis juin que le LURD se rapproche de la capitale. Au cours des deux dernières offensives, des centaines de civils ont été tués et au moins 100 000 personnes ont été déplacées. Certains des déplacés campent dans quelque 84 sites à l'intérieur de la ville, tandis que ceux venant des faubourgs ouest s'en étaient retournés chez eux. A deux reprises, les rebelles ont déclaré qu'ils se retiraient pour éviter une catastrophe humanitaire, mais le gouvernement a affirmé qu'ils avaient été repoussés.
Dans les localités de Duala, Caldwell et Logan, ainsi que le faubourg de Gardenersville, régnaient le chaos tôt samedi, au moment où d'interminables lignes de civils, déplacés pour la troisième fois en un mois, portant sur leurs têtes des matelas et d'autres maigres possessions, marchaient vers le cœur de la ville. Des enfants en larmes trottaient à leurs côtés.
Pendant toute la matinée de samedi, des bombardements à l'arme lourde étaient audibles depuis le théâtre des combats. Ils se sont apaisés en milieu de matinée avant de reprendre dans l'après-midi. Des miliciens alliés au gouvernement, entassés dans des pick-ups, ont quitté le centre-ville à vive allure, en direction de la ligne de front.
La panique régnait dans le centre-ville, les magasins ont fermé et la plupart des habitants sont restés terrés chez eux. Les stations d'essence n'ont plus de carburant et peu de véhicules circulaient sur les routes. Un responsable auprès de la société publique Liberia Petroleum
Refinery Corporation a déclaré à IRIN que les réserves d'essence qui restent dans le pays ne dureront qu'une semaine.
"Si aucun vaisseau n'arrive à quai à Monrovia dans une semaine avec du carburant, le pays sera complètement paralysé par manque de produits pétroliers ", a-t-il averti.
Furieux face à la résurgence des hostilités, plusieurs centaines de jeunes sont descendus dans les rues samedi matin, brandissant des pancartes pour manifester en faveur de la paix. Les forces de sécurité les ont dispersés en tirant en l'air et en cravachant quelques manifestants.
Le ministre libérien de la Défense, Daniel Chea, a fait un tour dans la ville tard dans la matinée. " J'essaie juste de les [manifestants] ramener à la raison pour qu'ils ne restent plus dans la rue. Il n'y a aucune raison qu'ils soient dans la rue alors que les tirs au mortier ne sont qu'à trois kilomètres et demie ", a-t-il déclaré aux journalistes.
Dans la capitale ghanéenne, Accra, où se poursuivent les pourparlers inter-libériens de paix, les différents groupes ont commencé à analyser le projet de document d'accord de paix global, soumis par les médiateurs ouest-africains vendredi. Plusieurs délégués ont répondu à IRIN qu'ils réagiraient lundi aux propositions contenues dans le document.
Les médiateurs espèrent que le document sera finalement approuvé le mardi 22 juillet.
Des sources de haut niveau, proches du Secrétariat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), sous l'égide duquel se déroulent les pourparlers, ont confié samedi à IRIN que les médiateurs ont proposé que les délégués à la Conférence de paix d'Accra choisissent un président et un vice-président pour diriger le gouvernement de transition.
La composition de la législature de transition, constituée de cinquante membres, d'un gouvernement de treize membres et des responsables du système judiciaire, sera finalisée au Liberia plus tard.
"La CEDEAO a tranché en faveur d'un système aux deux-tiers pour le gouvernement de transition après le départ du président Charles Taylor", a ajouté la source.
Il est attendu que l'actuel vice-président, Moses Blah, dirige le gouvernement intérimaire jusqu'en octobre 2003, après quoi il remettra les rênes du pouvoir à l'administration transitoire. Le gouvernement de transition restera au pouvoir pour un mandat d'un an, jusqu'à la tenue d'élections générales en octobre 2004, qui conduiront à l'investiture d'un gouvernement élu au Liberia en janvier 2005.
Les propositions stipulent également que les chefs des trois factions belligérantes, le gouvernement libérien, le LURD et le deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), seront inéligibles aux portefeuilles du gouvernement de transition. Toutefois, les membres de ces groupes répondant à certains critères pourront proposer leurs noms une fois que le processus de nomination aura démarré.
Pourtant, la clause 8 de l'accord de cessez-le-feu du 17 juin préconise que la restructuration des forces de sécurité, ainsi que le désarmement et la démobilisation de tous les combattants, soient abordés dans le document de paix global. Le projet actuel reste muet sur ces questions.
"Ces sujets sont encore en cours de négociation et seront traités ultérieurement ", a précisé la source à IRIN.
Un accord global aurait dû être conclu le 17 juillet, conformément à l'accord de cessez-le-feu signé le 17 juin, mais des désaccords entre les divers groupes libériens l'ont retardé. Le cessez-le-feu devait permettre à une force de maintien de la paix d'arriver au Liberia sous les auspices de la CEDEAO pour stabiliser la situation.
La CEDEAO envisage d'envoyer la semaine prochaine un premier détachement de 1 000 soldats pour sécuriser la capitale. L'arrivée de la force de maintien de la paix permettra le départ en exil au Nigeria du président Charles Taylor, comme l'exigent les rebelles, le président américain George Bush, et les délégués à Accra.
M. Bush a promis d'envoyer des soldats américains rejoindre ceux de la CEDEAO pour mettre fin à quatorze ans de guerre, mais à condition que M.Taylor, largement considéré comme responsable du chaos dans ce pays d'Afrique de l'Ouest fondé en 1847 par des esclaves américains affranchis, abandonne le pouvoir et quitte le pays. M. Taylor est également sous le coup d'une inculpation pour crimes de guerre du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU, à cause de son appui aux rebelles sanguinaires qui, de 1991 à 2001, ont tué, violé et amputé des civils durant la guerre civile dans ce pays voisin du Liberia.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions