Des soldats fidèles au président libérien Charles Taylor ont déclaré que les forces rebelles s'étaient rassemblées à Klay Junction, à 38 km au nord-ouest de Monrovia, pour un possible assaut contre la capitale. Plusieurs centaines de personnes ont été tuées et plus de 100 000 autres sont restées sans abris à la suite des deux attaques rebelles contre la ville le mois dernier.
Lundi, des combattants pro-gouvernementaux visiblement tendus, arrêtaient tous les véhicules civils à un barrage érigé à Iron Gate, à 13 km au nord-ouest de la ville sur l'axe menant à Klay Junction. Iron Gate se trouve trois kilomètres après le pont St Paul, reliant la ville à l'Ile de Bushrod où est situé le port d'eau profonde de Monrovia.
Des commandants militaires postés à Iron Gate ont indiqué à IRIN qu'ils ont reçu des renseignements signalant que des forces du groupe rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) se massaient à Klay pour un autre assaut éventuel contre la capitale. " Nous ne prenons pas cela à la légère ", a affirmé un commandant.
Par ailleurs, des sources proches du ministère de la Défense ont informé IRIN que de nouveaux combats avec le LURD se déroulaient lundi à Boilu, dans le comté de Lofa, dans le nord du Liberia, près de la frontière avec la Guinée. Elles ont également fait état d'affrontements avec le deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), à Tapeta, dans le comté de Nimba, au centre-nord du Liberia.
Le ministre de la Défense, Daniel Chea, a indiqué à l'agence de presse Reuters que des combats ont lieu avec les forces de MODEL dans le port de Greenville.
Des diplomates ont déclaré que le fragile accord de cessez-le-feu, signé le 17 juin aux pourparlers de paix au Ghana, risquait de s'effrondrer une nouvelle fois à cause du bras de fer entre M. Taylor, qui refuse de démissionner et de partir en exil avant l'arrivée d'une force internationale de maintien de la paix, et le LURD, qui a menacé de s'en prendre à tout soldat de la paix qui débarquerait au Liberia avant le départ de Taylor.
Les gouvernements africains et européens n'ont cessé de faire pression sur les Etats-Unis pour diriger la force internationale d'intervention au Liberia, qui serait composée de 5 000 hommes. Le Liberia a été fondé en 1847 par des esclaves américains affranchis. Or, en dépit du fait qu'une équipe militaire américaine d'évaluation se trouve depuis plusieurs jours au Liberia pour recueillir des informations, le président Bush n'a pas encore confirmé qu'il était prêt à envoyer des soldats américains dans le pays.
Le président nigérian Olusegun Obasanjo, qui a offert un asile temporaire à Taylor si celui-ci renonce au pouvoir, s'est déplacé dimanche à Conakry pour s'entretenir de la situation avec le président guinéen Lansana Conté, largement considéré comme le principal soutien du LURD.
M.Obasanjo, qui était accompagné par Abdulsalami Abubakar, le médiateur des pourparlers inter-libériens de paix, a déclaré par la suite que M. Conté avait donné son plein appui aux démarches de la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) tendant à ramener la paix au Liberia.
Ce pays de trois millions d'habitants vit depuis près de quatorze ans dans un état de guerre civile quasi permanent.
"Maintenant, nous allons agir rapidement pour préparer le terrain de sorte que le président Taylor tire avantage de l'offre d'asile ", a déclaré M. Obasanjo à la presse à l'issue de l'entretien.
Un diplomate à Conakry a commenté à IRIN : "C'est bien que le président Obasanjo soit venu voir en privé le général Conté sur cette question... Je pense que la Guinée a une forte prise sur le LURD qu'elle peut utiliser pour inciter les rebelles à donner une chance à la paix au Liberia ".
Des diplomates aux pourparlers de paix d'Accra ont annoncé que le premier contingent de 1 000 soldats de maintien de la paix de la CEDEAO arriverait probablement à Monrovia la semaine prochaine, mais qu'on ignorait encore quel pays fournirait des troupes. Le Nigeria, qui a joué un rôle proéminent dans les précédentes opérations de maintien de la paix au Liberia, a mis en alerte deux bataillons de l'armée la semaine passée, en vue d'un déploiement éventuel dans le pays.
Une Equipe de vérification conjointe était supposée établir les positions des combattants sur le terrain avant l'arrivée des premiers soldats de la paix. Cependant, l'équipe constituée de représentants du gouvernement et des rebelles, ainsi que d'observateurs militaires étrangers, est bloquée depuis une semaine en Sierra Leone, attendant une autorisation pour commencer sa tâche. Des sources diplomatiques ont informé que le Nigeria avait accepté de fournir deux hélicoptères pour permettre à l'équipe de librement se déplacer Lliberia.
La sécurité était visiblement renforcée lundi à Monrovia. Des combattants pro-gouvernementaux ont patrouillé l'île de Bushrod dans des pick-ups, clignotants en marche, provoquant la panique chez les habitants locaux.
D'autres combattants fidèles au gouvernement, menaçaient de leur côté de provoquer un chaos à Monrovia s'ils ne recevaient pas une indemnité promise de 72 dollars chacun, avant le départ de M. Taylor.
"S'ils ne nous donnent pas notre argent, on va mettre cette ville sens dessus dessous ", a déclaré Jacob Mombo, porte-parole d'un groupe de 250 combattants pro-Taylor, qui attendent toujours leur paiement.
Les gouvernement et les rebelles se sont mutuellement reprochés d'avoir déclenché les derniers affrontements.
Le commandant militaire du MODEL, le général Boi Bleaju Boi, a indiqué à des agences de presse internationales que les forces gouvernementales avaient attaqué à maintes reprises les positions de ses forces dans le sud-est et le centre du Liberia.
Kabineh Jan'eh, principal représentant du LURD aux pourparlers de paix au Ghana, a démenti quant à lui avoir connaissance des récents combats.
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