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Taylor veut l'arrivée des soldats de la paix avant de quitter le pouvoir

Le président libérien Charles Taylor a déclaré vendredi qu'il ne se plierait à l'exigence américaine d'abandonner le pouvoir et de quitter le pays qu'après l'arrivée dans le pays en proie à la guerre d'une force de paix dirigée par les Etats-Unis.

Des manifestants ont envahi les rues de la capitale Monrovia pour le deuxième jour consécutif afin de réclamer le départ immédiat de M. Taylor. Des soldats ont ouvert le feu sur un groupe de plus de 500 manifestants, blessant plusieurs d'entre eux, mais ceux-ci ont continué leur marche vers l'ambassade américaine, chantant " Le Royaume de Taylor doit chuter ; Taylor le Satan doit partir ".

Le président aux abois à déclaré aux chefs de l'Eglise, à l'occasion d'un entretien à la résidence présidentielle, qu'il désirait que les soldats de paix internationaux arrivent au Liberia avant qu'il ne parte et ce, aux fins de favoriser une " transition sans heurts du pouvoir ".

Les chefs de l'Eglise lui avaient remis un communiqué appelant à la paix au Liberia, qui vit depuis quatorze ans dans un état de guerre civile quasi permanente.

"Il est tout à fait logique que les soldats de la paix arrivent dans cette ville avant que je parte. Je ne lutte pas pour rester au pouvoir ", a déclaré M. Taylor. " Ce pour quoi je me bats maintenant, c'est pour qu'il y ait une transition de sorte que la colère, la frustration, la tromperie et d'autres choses encore ne s'incrustent pas ".

Ancien chef de guerre, M. Taylor qui a été élu président en 1997 a poursuivi: "Je n'arrive pas à comprendre pourquoi le gouvernement américain insiste que je ne sois plus ici avant l'arrivée des soldats au Liberia. Je ne nourris aucune haine pour les Américains. Mon grand-père venait d'Amérique. Je saluerai et j'accueillerai la présence des soldats américains".

Il est attendu que Washington annonce en fin de semaine l'envoi au Liberia de 500 à 1 000 soldats issus de sa force en Europe. Mais des diplomates ont indiqué que le refus de M. Taylor de démissionner, en dépit de l'offre du Nigeria de lui offrir un havre sûr, retardait la décision des Etats-Unis.

Des responsables nigérians ont confié à IRIN que le président Olusegun Obasanjo avait offert un asile temporaire à Taylor au Nigeria, dans le but de lui donner du temps pour trouver un autre pays d'exil.

L'agence nationale libyenne de presse Jana, a informé que M. Obasanjo s'était entretenu par téléphone avec le leader libyen Muammar Gadhafi sur la situation au Liberia. La Libye a dispensé une formation militaire à M. Taylor et à ses partisans avant qu'ils lancent une rébellion en 1989 qui les a finalement hissés au pouvoir. Les diplomates l'évoquent comme éventuel pays d'exil permanent pour le dirigeant libérien.

La porte-parole de M. Obasanjo, Remi Oyo, a affirmé à IRIN que Obasanjo et Taylor ont eu un entretien téléphonique vendredi, mais que les menus détails concernant son exil sont encore à l'étude.

"Il ne va pas venir immédiatement, mais la possibilité qu'il vienne dans les meilleurs délais existe", a-t-elle laissé entendre, ajoutant que M. Taylor ne quitterait pas Monrovia avant lundi.

Une source proche du ministère nigérian des Affaires étrangères a indiqué : " Les discussions concernant l'asile de Taylor au Nigeria n'ont pas encore pris fin. Plusieurs propositions sont en train d'être considérées entre Taylor et Abuja, notamment celle relative à la durée du séjour de Taylor au Nigeria.".

Un des chefs de l'Eglise qui a rencontré M.Taylor a rapporté à IRIN : "Il a affirmé qu'il était prêt à partir dès que possible, mais à condition que les soldats de la paix soient ici".

M. Taylor a indiqué durant la rencontre que s'il ne partait pas en bonne et due forme, les rebelles du mouvement Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), qui ont lancé deux offensives contre la capitale le mois derniers, ainsi que les soldats loyalistes et les sympathisants politiques de M.Taylor, risquaient de mettre Monrovia à feu et à sang.

Commentant la sommation faite par le président américain George Bush pour qu'il quitte le Liberia, M. Taylor a souligné: "Si Dieu veut que je quitte ce pays dans le futur, rien ni personne n'y pourra rien". Des officiels ont déclaré à IRIN qu'à la demande de M. Bush, le dirigeant libérien avait eu des consultations avec ses hauts fonctionnaires et ses combattants les plus fidèles.

Jeudi, M. Bush a réitéré sa sommation que M. Taylor quitte le pays et a déclaré aux journalistes à Washington : "Il est indiscutable que la première étape de toute politique efficace, que nous y participions ou non, est que Charles Taylor s'en aille. Taylor doit partir. La condition préalable à tout progrès au Liberia est sa démission - que lui-même renonce ".

L'ambassadeur britannique auprès des Nations Unis, Sir Jeremy Greenstock, qui dirige une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU en tournée en Afrique de l'Ouest, a commenté jeudi en Sierra Leone que la situation au Liberia était "extrêmement mauvaise et fragile ".

"Nous ne pouvons croire que le cessez-le-feu résistera sans un accord politique préalable sur ce qu'il faut faire par la suite", s'est exclamé M. Greenstock. "Tout le monde veut que M. Taylor s'en aille, même le gouvernement du Liberia semble admettre qu'il s'agit juste d'une question d'arrangements et de temps et de ce qui va se produire par la suite".

M. Greenstock a ajouté qu'au milieu de ces événements, "les conditions de vie du peuple libérien sont très désagréables et nous voulons que les agences humanitaires retournent au Liberia pour s'occuper de la population et apporter des approvisionnements".

Le gouvernement libérien a signé le 17 juin à Accra, la capitale ghanéenne, un accord de cessez-le-feu avec le LURD et avec un autre groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL) lors des pourparlers inter-libériens de paix. Cependant, les combats ont à nouveau éclaté après que Taylor se soit rétracté sur sa promesse de démissionner et que le LURD ait lancé un nouvel assaut contre Monrovia, dont la population d'1 million d'habitants souffre d'une pénurie de nourriture et d'eau à boire.

Le LURD s'est replié il y a une semaine et les armes se sont tues depuis. Les pourparlers de paix d'Accra devaient reprendre vendredi.

M. Taylor a été inculpé par un Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU, pour les crimes de guerre commis alors qu'il apportait son appui aux rebelles durant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2001). Il a également été accusé d'attiser le conflit en Guinée et en Côte d'Ivoire.

M. Taylor a déclaré vendredi : "Si je suis la raison du conflit au Liberia, je vais me retirer. Désormais, je me considère comme le facilitateur de la paix. Je ne lutte pas pour rester au pouvoir. Ce pour quoi je me bats maintenant c'est pour qu'il y ait une transition normale, que la colère, la frustration et d'autres choses encore ne s'incrustent pas ".

Acculé, le dirigeant libérien a demandé la levée, avant son départ, de son inculpation pour crimes de guerre. Le président John Kufuor du Ghana a invité l'ONU à lever l'inculpation.

De son côté, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a exhorté vendredi au maintien de l'inculpation.

"Si des troupes américaines sont envoyées au Liberia, elles ne doivent faire aucun marché incluant une levée de l'inculpation… Laisser filer Taylor rendrait les choses plus difficiles, pas plus faciles, pour ramener une paix durable au Liberia", a souligné dans un communiqué Janet Fleischman, directrice au Bureau d'HRW à Washington, chargée de l'Afrique.

"En revanche, nous devrions réfléchir à comment tirer avantage de l'inculpation de Taylor pour amener toutes les personnes responsables de crimes de guerre au Liberia à rendre des comptes", a préconisé Mme Fleischman. "Toutes les parties impliquées dans les pourparlers de paix au Liberia doivent respecter le Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Il faut livrer Taylor au tribunal pour qu'il soit jugé ".


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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