Cependant, l'identité des fomentateurs du putsch qui ont attaqué le palais présidentiel et ont réussi à interrompre pendant vingt-quatre heures les émissions de la radio et télévision nationale, reste un mystère.
"Officiellement, rien n'a été dit. Nous savons seulement qu'il s'agissait d'officiers et de sous-officiers d'une unité de l'armée ", a déclaré mardi une source proche de l'Agence mauritanienne d'information (AMI) dans un entretien téléphonique avec IRIN en Côte d'Ivoire.
"Nous ne savons pas qui étaient derrière le putsch ni leurs motifs ", a souligné un diplomate proche de l'ambassade de France.
Pourtant, de nombreuses informations issues de ce pays saharien de moins de trois millions d'habitants, ont mentionné le colonel de l'armée, Saleh Ould Hanena, renvoyé de l'armée pour sa participation présumée dans une précédente tentative de coup de force, comme l'un des principaux meneurs.
"Le nom qu'on évoque le plus souvent est celui de l'ex-colonel Saleh Ould Hanena, ancien chef de formation à l'étranger au quartier général de l'armée ", a précisé un diplomate.
Ould Taya, lui-même arrivé au pouvoir après un putsch militaire il y a dix-neuf ans, a confirmé dans une intervention à la radio nationale lundi après-midi, que le soulèvement avait été jugulé.
Mardi, les boutiques et les commerces, ainsi que plusieurs administrations publiques, avaient à nouveau ouvert, et la plupart des missions diplomatiques ont repris le travail. Cependant, personne ne répondait au téléphone dans le palais présidentiel, pilonné par des fusils mitrailleurs et par des tirs d'obus durant la tentative de putsch. IRIN n'a pas non plus réussi à entrer en contact avec plusieurs ministres.
Des patrouilles de l'armée étaient visibles dans les rue alors que le gouvernement cherche à arrêter les mutins encore en fuite.
Le gouvernement a confirmé que le chef de l'état major de l'armée, Mohamed Lemine Ould N'Diayane, un aide de camp qui avait la confiance du président, a été tué dans les combats. Aucune information n'a été fournie sur les autres victimes qui ont péri dans les affrontements.
Une source proche de l'agence de presse nationale a indiqué que les insurgés avaient libéré tous les prisonniers incarcérés dans la prison de Nouakchott.
Certains analystes ont établi un rapport direct entre le putsch et la récente campagne d'arrestations lancée par Ould Taya contre des militants islamistes et contre des personnalités de l'opposition en général, au lendemain de l'invasion américaine de l'Irak. Au cours du dernier mois, de nombreux islamistes radicaux, ainsi que des militants de l'opposition, ont été appréhendés. Les autorités ont également fermé l'hebdomadaire arabophone Al-Raya, l'accusant de subversion.
D'autres analystes spéculent que la tentative de putsch était davantage motivée par une lutte intestine entre des personnalités au sein de l'establishment militaire mauritanien.
Lors de son accession au pouvoir, Ould Taya avait d'abord entretenu des relations étroites avec le président irakien, Saddam Hussein. Mais il a pris ses distances vis-à-vis de Baghdad après l'invasion du Koweït par l'Irak en 1991, et a privilégié les relations avec les Etats-Unis et avec Israël. En 1999, la Mauritanie est devenue le troisième pays de la Ligue Arabe à établir des relations diplomatiques avec l'Etat hébreu, une démarche très impopulaire dans son pays.
Des diplomates occidentaux ont déclaré que cette dernière tentative de destituer Ould Taya a été une surprise, mais qu'elle n'a pas été couronnée de succès car les insurgés n'étaient pas bien organisés et la majeure partie de l'establishment militaire était restée loyale au président, âgé de 68 ans.
Au fil de la décennie écoulée, il a légalisé les partis d'opposition, mais les tenait en laisse. Ils ont boycotté les élections présidentielle de 1997 pour protester contre le régime de fer de Ould Taya, et on s'interroge sur leur participation ou non aux prochaines présidentielles, prévues en novembre.
"Quoique qu'il est difficile de dire qu'un putsch est un événement insignifiant, il ne devrait faire reculer aucun des efforts du gouvernement ", a commenté un haut diplomate occidental.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions