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Les rebelles invitent les civils à quitter les faubourgs ouest de Monrovia

Un calme précaire régnait mardi matin dans la capitale Monrovia, mais les rebelles qui se battent pour destituer le président Charles Taylor ont exhorté les civils à s'éloigner des faubourgs de l'ouest où des combats acharnés se sont produits tout au long de la semaine passée.

Des habitants de Monrovia ont indiqué par téléphone à IRIN à Abidjan que le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) avait encore le contrôle de plusieurs faubourgs de l'ouest de Monrovia, notamment de Duala et Virginia, ainsi que du pont stratégique Saint Paul, qui se trouve à environ 12 km du centre-ville.

"Le LURD contrôle ces faubourgs et a fait passer le mot pour que la population ne s'aventure pas dans ces zones ", a affirmé un habitant.

Les forces de Taylor ont apporté l'artillerie lourde à Monrovia pour essayer de déloger les combattants du LURD de Duala, mais les habitants ont confirmé l'échec de l'assaut. Entre-temps, les forces du LURD ont traversé les marécages et ont progressé en direction du nord pour ouvrir un nouveau front à l'est de la capitale, ont-ils ajouté.

Des échanges de tirs ont éclaté lundi après-midi près de Paynesville, un faubourg situé à l'est, mais la zone était calme mardi.

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Nana Akuffo-Addo, et Mohammed Ibn Chambas, secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), se sont rendus en avion à Monrovia mardi pour des entretiens urgents avec Taylor en vue d'un cessez-le-feu. Au préalable, ils ont effectué une visite en Guinée, qui selon des diplomates, prêterait main forte au LURD.

En attendant, des milliers de déplacés ont vécu une autre journée de misère dans les rues, sous la pluie, sans nourriture ou abris. Environ 1 000 réfugiés sierra léonais déplacés se sont regroupés dans les locaux du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), pour demander à retourner dans leur pays, ont indiqué des agents humanitaires. D'après le HCR, quelque 15 000 réfugiés de la guerre civile de 1991 à 2001 en Sierra Leone vivent encore au Liberia.

Les ambassades étrangères et les organisations internationales ont déjà évacué tout leur personnel international de Monrovia. Des responsables auprès de l'ambassade de France à Abidjan ont informé que 534 personnes ont été évacuées par des hélicoptères lundi sur le navire de guerre français au large des côtes libériennes. Le navire devait arriver mercredi à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Le Ghana a annoncé qu'il s'apprêtait à dépêcher un navire militaire et plusieurs avions pour évacuer tous ses ressortissants.

L'aéroport international Robertsfield était également bondé de civils - pour la plupart, membres de la grande communauté commerçante libanaise au Liberia - qui essaient de quitter le pays sur des vols charters. Pratiquement tous les services aériens à destination de Monrovia ont été suspendus.

Les pourparlers inter-libériens de paix entre Taylor et les rebelles devaient reprendre au Ghana mercredi. Les négociations à Akosombo, à 100 km au nord de la capitale Accra, ont été gelées par la recrudescence des combats autour de Monrovia, quelques heures après leur inauguration formelle le 4 juin. Le Ghana et la CEDEAO, à la tête des efforts tendant à une solution négociée de la guerre civile au Liberia, ont tous les deux appelé à un cessez-le-feu avant la reprise des pourparlers.

Le LURD, qui se bat depuis 1999 pour renverser Taylor, s'est présenté à l'ouverture des pourparlers de paix au Ghana. Quant au deuxième mouvement rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), ce n'est qu'à la fin de la semaine dernière qu'il a envoyé des délégués à Akosombo. Ces délégués sont principalement des chefs militaires. Chambas a déclaré à IRIN, lors d'une halte en Sierra Leone lundi, que deux des dirigeants politiques du MODEL devaient arriver des Etats-Unis avant la reprise des pourparlers.

Chambas s'est dit profondément préoccupé par l'escalade des hostilités à Monrovia. "Nous y allons en personne, Nana Akuffo Addo et moi-même, pour voir si nous pouvons appeler les deux côtés à cesser les combats, à faire taire les armes, pour que les négociations puissent démarrer ".

Le responsable de la CEDEAO a révélé qu'une délégation du LURD, composée de trois membres, avait fait le voyage avec lui et Addo à Conakry pour prendre contact avec la direction du mouvement rebelle " aussi bien là-bas qu'à Monrovia ". Chambas a ajouté : " Il faut que tous les côtés cessent les hostilités maintenant, de façon à ce que les pourparlers d'Akosombo puissent commencer… le temps est venu pour que les Libériens s'assoient et règlent ce problème qui a été une source de difficulté notamment pour les pays de l'Union du fleuve Mano et pour l'Afrique de l'Ouest tout entière ".

Comme quasiment tous les travailleurs humanitaires expatriés ont été évacués du Liberia, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA) a tenu une réunion mardi à Monrovia avec le personnel des agences nationales de secours pour tenter de faire face à la situation actuelle. " La réunion vise à coordonner la réponse aux besoins de milliers de personnes déplacées, qui se sont réfugiées dans l'enceinte du stade Samuel Doe et dans des écoles ", a indiqué à IRIN-Abidjan Ali Muktar Farah, directeur des opérations d'OCHA au Liberia.

Environ 5 000 personnes se sont réfugiées dans le stade lundi soir, mais beaucoup d'autres continuent d'y affluer, a noté Farah. Des milliers d'autres sont hébergées dans des écoles et dans des bâtiments vides. Selon les Nations Unies, depuis le 5 juin lorsque les combats se sont intensifiés dans les alentours, quelque 100 000 personnes déplacées par la guerre civile ont fui les camps où elles vivaient dans les banlieues de Monrovia.

Le Secrétaire-Général de l'ONU Kofi Annan, s'exprimant par le truchement de son porte-parole lundi à New York, a instamment invité toutes les parties au conflit à protéger les civils. L'escalade alarmante des affrontements entre les rebelles et les forces gouvernementales au Liberia, a-t-il souligné, a de graves répercussions sur les personnes, déjà bien désespérées, vivant tant à l'intérieur que dans les environs de Monrovia.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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