Le porte-parole de la Croix-Rouge, Patrick Bawa, a confirmé qu'il y a eu plus de 1,000 blessés et quelque 200 morts à l'issue des affrontements entre chrétiens et musulmans.
La violence a éclaté il y a une semaine après que des militants musulmans ont protesté contre un article du journal 'Thisday', paru le 16 novembre, critiquant leur opposition à l'élection de Miss Monde, prévue au Nigeria. L'auteur de l'article, Isioma Daniel, a laissé entendre que le Prophète Mohamed aurait approuvé le concours de beauté et aurait même choisi l'une des reines de beauté pour épouse.
"Plus de 7 000 familles ont été déplacées par la violence, et si on multiplie ce chiffre par une moyenne de cinq personnes par famille, on arrive à plus de 30 000", a déclaré M. Bawa à IRIN.
Les forces de la sécurité nigériane ont maîtrisé la situation à Kaduna dimanche, bien que la tension soit encore forte dans la ville. M. Bawa a souligné que certains des habitants qui avaient fui leurs foyers ont commencé à retourner. La Croix-Rouge, a-t-il précisé, projette de procéder à une nouvelle évaluation des besoins dans la ville afin de déterminer le nombre de personnes qui ne sont pas encore revenues et leur souffrance actuelle.
Des travailleurs humanitaires à Kaduna ont déclaré que beaucoup de déplacés sont restés dans les casernes de la police et de l'armée où ils s'étaient réfugiés, craignant une recrudescence de la violence s'ils rentrent chez eux. Des milliers d'habitants, notamment des chrétiens du sud du Nigeria, sont entrain de quitter la ville et de retourner dans leurs régions d'origine, ont-ils informé.
La crainte d'une propagation de la violence religieuse dans d'autres parties du nord du Nigeria, à prédominance musulmane, s'est accrue après une fatwa (édit religieux) du Gouvernement pro-islamiste de l'Etat de Zamfara exhortant les musulmans à tuer M. Daniel.
Le quotidien 'New Nigerian', basé à Kaduna, a rapporté mardi que le gouverneur adjoint de Zamfara, Aliyu Shinkafi, a appelé les musulmans à tuer M. Daniel lors d'un rassemblement lundi à Gusau, la capitale de l'Etat. Il a remarqué que son cas s'apparentait à celui de l'écrivain Salman Rushdie, condamné à mort par le défunt leader iranien l'Ayatollah Khomeini.
"A l'instar de Salman Rushdie, le sang du journaliste de 'ThisDay' peut être versé", aurait souligné M. Shinkafi.
Le Gouvernement fédéral a qualifié la fatwa comme étant sans effet. " La constitution est la loi suprême du pays, et les lois ne prévoient en aucun cas que quelqu'un ayant fait ce que 'Thisday' a fait soit tué ", a déclaré aux journalistes le ministre de l'Information, Jerry Gana.
Une formule flexible de la chari'a existe depuis des décennies dans le nord du Nigeria. Or il y a deux ans, Zamfara a introduit une version plus rigide du code musulman. Onze autres Etats lui ont emboîté le pas, exacerbant la tension avec le sud, à majorité chrétienne.
Plus de 2 000 personnes sont mortes à l'issue de la violence interreligieuse à Kaduna il y a deux ans, lorsque le Gouvernement de cet Etat a tenté d'introduire la stricte chari'a.
La décision des autorités de Zamfara d'imposer la sentence de mort à l'encontre du journaliste de 'Thisday' contrevient à celle du National Supreme Council for Islamic Affairs, qui avait accepté les maintes excuses publiées par le journal pour avoir fait paraître l'article incriminé.
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