[L'Union du fleuve Mano comprend la Guinée, la Liberia et la Sierra Leone]
Le Liberia fait face à une crise économique et humanitaire en raison de la poursuite des combats entre les forces gouvernementales et les combattants rebelles, a constaté le Groupe d'experts, mais la levée des sanctions aurait pour effet de laisser ses populations civiles encore « davantage à la merci des forces non constituées, des milices armées et d'un appareil sécuritaire abusif ».
Le panel, présidé par Kishore Mahbubani, a soumis son dernier rapport au Conseil de sécurité le 24 octobre. Ses autres membres sont Atabou Bodian (Sénégal), Johan Peleman (Belgique), Harjit S. Sandhu (Indie) et Alex Vines (Royaume-Uni).
"Depuis le dernier rapport en avril, le conflit au Liberia a continué à s'étendre, la violence gagnant la Guinée et la Sierra Leone », ont indiqué les experts. « Les récents événements en Côte d'Ivoire [où des rebelles opèrent depuis le 19 septembre] mettent également en lumière combien la région reste fragile ».
Les experts ont affirmé que des mercenaires étaient actifs dans la MRU. « Le panel a recueilli de nombreux témoignages selon lesquels des groupes de mercenaires en provenance de la Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée, de la Gambie, du Ghana et du Burkina Faso offraient leurs services aux divers groupes de belligérants de la région de l'Union du fleuve Mano. Ces déplacements d'hommes armés continuent de s'accompagner de mouvements d'armes et de munitions à travers les frontières », informe le rapport.
Le Liberia viole l'embargo sur les armes - panel
Le Liberia continue à violer l'embargo de l'ONU sur les armes, affirme le rapport. Le pays a reçu au total plus de 200 tonnes d'armes et de munitions de la Yougoslavie, livrées par six avions-cargos en juin, juillet et août. Ces armes ont été fournies par un négociant d'armes domicilié à Belgrade, précise le panel.
"Pour éviter que ne soient détecter ces transports d'armes, un système complexe de double documentation » a été mis sur pied. Officiellement, les armes avaient été envoyées au Nigeria et les autorisations de vol et états de chargement correspondants ont été délivrés pour permettre aux avions-cargos de se rendre à Lagos. En même temps, des demandes d'autorisation de vol ont été déposées pour permettre aux mêmes avions de se rendre au Liberia, mais avec l'indication sur leurs états de chargement que les armes à leur bord étaient du « matériel de forage minier » destinée à une mine de diamants de Monrovia ».
Plusieurs sociétés fictives et d'intermédiaires y ont participé, ajoute le panel. Il a exhorté les négociants d'armes à se conformer au Moratoire sur la livraison d'armes aux pays de l'Union du fleuve Mano. Il a appelé à l'établissement d'un groupe de contact de l'ONU pour élaborer les modalités de délivrance d'un certificat d'utilisateur final normalisé.
Les LURD ont également continué à recevoir des armes. « Les différentes factions des LURD [ont] reçu de nouveaux ravitaillement en armes et munitions », stipule le rapport. « Leurs fiefs et positions ne peuvent être réapprovisionnés que par voie routière à partir de la Guinée, de la Côte d'Ivoire, et peut-être de la Sierra Leone voisines. Les opérations menées par les LURD au cours du premier semestre de 2002 autorisent à penser qu'elles sont assez bien entraînées, ravitaillées en armes, dirigées et commandées ».
Le Liberia, a-t-il souligné, a continué à héberger d'ex-rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) de la Sierra Leone. « L'effectif du RUF au Liberia est de 1 250 à 1500 homme, fonctionnant en unités d'élite militaire. Ils sont entretenus par le gouvernement et constituent toujours une importante part du dispositif militaire du Liberia », ont encore rapporté les experts.
Les combats au Liberia ont entraîné de multiples déplacements internes de centaines de milliers de Libériens qui s'ajoute à l'exode de 200 000 autres vers des pays voisins. « Les Libériens vivent constamment dans la peur, non seulement à cause de l'insurrection des LURD, mais également de l'enrôlement forcé, des mauvais traitements, des pillages, de l'extorsion ou d'autres sévices venant des unités armées indisciplinées que déploie le Gouvernement », affirme le rapport.
Disparité des chiffres concernant les exportations de bois
Le Groupe d'experts a constaté que le trafic illicite des diamants libériens dans les Etats voisins avait diminué, en dépit de l'absence d'un régime de certification crédible. Cependant, il existe des disparités concernant les exportations de bois. La Banque centrale du Liberia a indiqué qu'en 2001, les exportations de bois ont représenté 59,5 millions de dollars. Pourtant en mars 2001, le chiffre officiel des exportations a été de de 4,6 millions de dollars et les grumes sciées n'ont représenté que 510.000 dollars. « Une comparaison des chiffres fournis par la Banque centrale du Liberia et ceux fournis par la Forestry Development Authority (FDA) font apparaître d'importantes disparités s'élevant à 6 millions de dollars en 2000 et 19 610 000 de dollars en 2001 », est-il noté dans le rapport.
Au sujet des achats d'armes par le gouvernement, le panel signale : « Pratiquement toutes ses recettes semblent être consacrées aux opérations militaires, ce qui a contribué à créer des situations humanitaires difficiles».
Il estime également que l'interdiction de voyage imposée aux hauts responsables a été enfreinte et que des personnes figurant sur la liste ont été vues en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. « On a continué à voir des responsables libériens à l'aéroport d'Abidjan, où les autorités locales semblent ne pas prendre au sérieux l'interdiction de voyager les concernant », a-t-il rapporté.
Les sanctions comme prétexte
De l'avis du panel, le Gouvernement libérien a utilisé l'imposition de sanctions pour excuser, à travers à une campagne de propagande, son incapacité à améliorer les services. « De nombreux Libériens sont persuadés que leur marginalisation et certaines de leurs difficultés économiques sont dues en partie aux sanctions de l'ONU », remarque le rapport.
Toujours selon les experts, la crise économique ne fera que s'approfondir. « Le produit intérieur brut réel ne pourra que diminuer en 2002 car l'activité économique est profondément contrariée par la guerre. L'extension des hostilités a retenti sur la production de caoutchouc, de bois d'oeuvre et de diamants. En 2001, la production de cacao [n'avait pas dépassé ] 451 000 dollars, et celle de café 26 400 dollars. En 2002, les exportations de n'auraient pas dépassé 15 300 dollars», ont-ils affirmé.
Le panel a informé que le prix des denrées de première nécessité a continué à augmenter, le chômage touche environ 85 pour cent de la population environ, et le paiement des fonctionnaires publics est des plus irréguliers. En septembre 2002, la plupart des fonctionnaires ont reçu des arriérés correspondant à la période de novembre 2001.
Le rapport intégral et d'autres documents pertinents sont disponibles en anglais à: http//:wwww.un.org/Docs/sc/committees/Liberia
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