"L’écrasement de la mutinerie dans la région de Diffa ne doit pas pousser le gouvernement à tirer le rideau sur la situation précaire dans laquelle vivent les soldats au Niger ; eux aussi sont victimes des lois antisociales dictées par les institutions de Bretton Woods », a souligné dans un communiqué dimanche la Coordination des organisations de la société civile.
Le 31 juillet, des soldats à Diffa, N'Guigmi et N'Gourti, situés dans l’est du pays, ont pris le contrôle de leurs casernes et ont détenu plusieurs responsables civils, de la défense et de la sécurité, pour réclamer de meilleurs conditions de vie et le paiement de leurs arriérés d’indemnités. D’après le gouvernement, ils auraient également exigé la démission du chef de l’état-major des forces armées.
Cependant, les troupes loyalistes ont reconquis Diffa, à 1500 km à l’est de Niamey, le 3 août, et N'Guigmi, à 130 km plus à l’est, le 6 août. Vendredi, le ministère de la Défense nationale a rapporté que les loyalistes avaient repris N'Gourti, à environ 250 km à l’est de Diffa, "sans se heurter à aucune résistance ». Les otages civils et militaires retenus pas les mutins ont été graduellement remis en liberté ou libérés à l’issue d’une contre offensive des forces loyalistes.
Le ministère de la Défense a fait savoir que quelque 217 mutins avaient été appréhendés, notamment 29 à Niamey, où une tentative de mutinerie a été rapidement maîtrisée le 5 août. Soixante-douze autres ont disparu. Ils pourraient se trouver au Nigeria et les autorités du Niger ont sollicité leur extradition. Deux soldats sont morts durant les accrochages à Diffa et deux autres ont été blessés à Diffa et à Niamey.
Le ministère a fait savoir qu’une enquête a été ouverte concernant les mutineries et qu’elle sera menée dans le respect de la loi et des règlements militaires en vigueur.
De son côté, la coordination des organisations a indiqué que le phénomène d’agitation au sein de l’armée, qui a démarré au début des années 1990 et continue depuis « montre clairement la persistance d’un profond malaise dans l’armée que les différents régimes ont été incapables de transformer en une institution républicaine qui respecte l’ordre démocratique ».
"Une remise en cause des droits démocratiques établis ne peut être complètement éliminée dans notre pays étant donné l’incapacité des autorités politiques à assumer leurs responsabilités envers les citoyens, notamment envers les soldats, mais également à cause de leur manque de courage politique à entamer une sérieuse réforme de l’institution militaire et de leur penchant à empêcher et à vouloir politiser toute manifestation de mécontentement au sein de la dite institution », ont ajouté les ONG.
Il est dans l’intérêt de la nation d’entreprendre « des mesures courageuses de réforme en vue de transformer les forces armées du Niger en une institution républicaine respectueuse de l’ordre démocratique », ont-elles souligné.
Selon des sources militaires, un simple soldat perçoit 24 000 francs CFA (environ 35 dollars) par mois, ce qui équivaut au prix d’un sac de 100 kg de millet dans la Région de Diffa. Les soldats reçoivent également six barres de savon par trimestre et un uniforme militaire tous les six mois.
La Coordination des forces démocratiques (CFD), coiffant des groupes de l’opposition, a appelé à une réflexion approfondie sur le malaise de l’armée et a critiqué ce qu’elle estime être « une tradition d’instrumentalisation d’une frange de l’armée par une certaine classe politique qui crée une atmosphère nuisible et constitue un facteur d’instabilité ».
Les autres facteurs d’instabilité, a-t-elle noté, sont la corruption, le favoritisme, l’exclusion, le manque d’indépendance du système judiciaire et le gaspillage des maigres ressources du pays.
Alors que la CFD a condamné les mutineries "comme moyen de faire des doléances », elle n’en a pas moins blâmé le gouvernement pour le soulèvement des soldats et a rejeté un appel des partis au sein de la coalition au pouvoir visant à faire juger les mutins par un tribunal militaire.
Dans un communiqué adressé aux médias le 7 août, l’Alliance des forces démocratiques avait invité le gouvernement à mettre sur pied dès que possible « une cour martiale, comme cela est prescrit par les règlements militaires, pour juger les soldats coupables de rébellion contre l’autorité de l’Etat, ainsi que leurs complices, conformément aux règles de l’armée ».
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