Dans un rapport intitulé: "La Sierra Leone après les élections: Politique comme d’habitude’’, l’ICG a indiqué que « beaucoup de questions se posent au sujet de la probité du processus électoral de mai et du degré de fraude et de coercition qui l’ont entourées ».
"[Il] a révélé de dangereuses divisions potentielles entre l’armée et le Parti populaire de la Sierra Leone de M. Kabbah, au pouvoir. Une grande majorité des forces de l’ordre a voté en faveur de ses opposants, ce qui est révélateur d’une certaine animosité entre la branche exécutive et les forces armées », a commenté l’ICG. Les élections, a-t-il ajouté, prouvent que les tensions ethniques demeurent significatives.
"[Il] faudrait un gouvernement plus inclusif. Le parti de M. Kabbah a fait un raz-de-marée dans le sud et l’est tandis que son principal adversaire, le parti du All People's Congress, a conservé son fief dans le nord. Les résultats laissent la Sierra Leone dangereusement près d’un parti unique, avec une branche exécutive et un parlement lourdement dominés par le parti au pouvoir », a précisé l’ICG.
Il a noté que M. Kabbah n’a pas fait grand-chose pour constituer un cabinet à large spectre, inclusif et tendant à promouvoir les objectifs de la réconciliation nationale.
Le nouveau gouvernement, a-t-il poursuivi, dispose de six mois avant la saison sèche, alors que le conflit peut reprendre, pour réformer les forces de sécurité. "Il existe encore de considérables points d’interrogation concernant l’aptitude des forces de sécurité à protéger le pays et la capacité des milices locales à défier leur autorité ».
L’ICG a souligné que la communauté internationale devrait continuer à protéger le processus de paix en Sierra Leone. "La reprise du conflit chez son voisin, le Liberia, renforce la nécessité du maintien de la Mission de l’ONU en Sierra Leone et des équipes britanniques militaire et de la police », a-t-il préconisé. « Le président Charles Taylor du Liberia nourrit des ambitions de déstabilisation régionale et dispose des instruments pour les réaliser, notamment les insurgés du RUF (Front révolutionnaire uni) et les milices Kamajor se trouvant actuellement à l’intérieur du Liberia, qu’il peut à nouveau diriger contre les structures de paix encore fragiles en Sierra Leone ».
Le rapport a exhorté M. Kabbah à promouvoir la réconciliation et à combattre la corruption. « La priorité de la communauté internationale a été jusqu’à présent d’assurer « la première sécurité », mais maintenant elle doit être aussi rigoureuse en exigeant une meilleure gouvernance et une responsabilisation du gouvernement », a-t-il indiqué. « Fermer les yeux sur les pratiques de corruption du parti au pouvoir ne ferait que produire un terrain fertile pour un nouveau conflit ».
Le mandat de l’ONU en Sierra Leone doit demeurer robuste et bien centré, tandis qu’un groupe de contact, composé du Nigéria, du Royaume-Uni, de la France et des Etats-Unis, doit être mis sur pied pour « aligner toutes les positions sur les crises interdépendantes qui embrasent la région du fleuve Mano [Guinée, Liberia et Sierra Leone] et en particulier, pour amener toutes les parties prenantes dans la guerre civile au Liberia autour de la table de la paix », a recommandé l’ICG.
Il a également appelé à offrir des financements aux institutions clé en Sierra Leone – la nouvelle Commission contre la corruption, le Tribunal spécial et la Commission de la vérité et de la réconciliation – et a instamment prié le gouvernement à séparer le poste de Procureur de la République de celui du ministre de la Justice « afin de limiter l’influence politique sur les décisions judiciaires ».
Le rapport complet est disponible sur:
http://www.crisisweb.org/projects/showreport.cfm?reportid=698
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