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Réouverture des écoles et des commerces de Kisangani malgré la tension

Un lourd climat de tension continue de peser sur Kisangani au nord-est de la
République démocratique du Congo (RDC), 17 jours après que les combattants rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) eurent écrasé une révolte menée par certains membres du groupe qui s'étaient emparés d'une station de radio officielle le 14 mai dernier, à partir de laquelle ils appelaient les habitants de la ville à chasser tous les Rwandais du pays.

Les marchés et les écoles ont rouvert ainsi que le pont surplombant la
rivière Tshopo, où de très nombreuses personnes ont trouvé la mort dans les
heurts entre camps rivaux. Néanmoins, un grand nombre de civils et de
soldats, craignant pour leur vie, sont restés cachés. Les arrestations se
poursuivent et, à la nuit tombée, les rues sont désertes dans cette ville de
700 000 habitants située en Province Orientale.

Le quartier de Mangobo à Kisangani, théâtre des premières manifestations
anti-rwandaises, reste sous le joug du RCD-Goma. On ne connaît pas encore le
bilan exact des victimes de ces dernières attaques au cours desquelles des habitants anti-rwandais auraient tué cinq personnes présumées rwandaises.

Selon plusieurs sources de la ville, il pourrait y avoir jusqu'à 159 morts
et 85 blessés.

Les événements du 14 mai ont entraîné une rapide réaction de la part du
courant dominant du RCD-Goma ce jour là. Le commandant congolais de la 7ème
brigade du RCD-Goma a repris la station de radio vers 8 heures 30, heure locale. Selon des témoins et des travailleurs humanitaires, Uhuru Airlines et Air Victoria ont organisé, de 14 à 16 heures, quatre vols avec un
appareil Antonov-12 pour envoyer en renfort à Kisangani 216 soldats du
RCD-Goma et de l'armée rwandaise.

Puis des représailles ont éclaté à l'encontre des mutins et des policiers
entraînés par l'ONU. La majorité d'entre-eux ont trouvé la mort le long de la rivière Tshopo d'où on a repêché ultérieurement des dizaines de corps
décapités et éventrés. Des massacres arbitraires de civils ont eu lieu dans
les quartiers de Mangobo et de Makiso.

Les habitants imputent ces atrocités et le pillage de nombreuses habitations
aux troupes rwandaises et aux combattants congolais du RCD-Goma. Ils ont expliqué que des soldats, s'exprimant en kinyarwanda, ont molesté un prêtre belge et lui ont volé tous ses biens. Cependant, un porte-parole du gouvernement rwandais, Joseph Mutatoba, a démenti le 27 mai la participation du Rwanda à cette échauffourée, qualifiant les multiples accusations à l'encontre de son pays de « non fondées » et réitérant la déclaration de Kigali selon laquelle le Rwanda ne maintient aucune troupe à Kisangani.

Lorsque les premiers heurts ont éclaté, le gouverneur de Kisangani,
Jean-Pierre Bilusa, en a attribué la responsabilité à la société civile, lui
interdisant immédiatement la poursuite de ses activités. Cependant, lorsque
sont apparus les premiers signes d'accalmie, le chef du RCD-Goma, Adolphe Onusumba a rencontré six dirigeants de la société civile, notamment Dismas Kitenge du Groupe Lotus, qui s'était réfugié à Kisangani dans l'enceinte de la mission de la paix de l'ONU en RDC.

Lors de cette rencontre, M. Onusumba a annoncé qu'il levait l'interdiction
sur les activités de la société civile étant entendu que ses éléments
respecteraient la législation en vigueur dans la ville contrôlée par le
RCD-Goma. Le chef du RCD-Goma a, par ailleurs, présenté ses condoléances à
tous ceux qui avaient perdu des membres de leur famille lors de cette
récente flambée de violence. Il a également exhorté les soldats du RCD-Goma qui avaient pillé des habitations à restituer les biens volés à leurs
propriétaires.

Les circonstances entourant les causes de cette mutinerie restent floues. La
société civile rejette la version officielle des événements que donne le
RCD-Goma selon laquelle il y aurait eu une mutinerie dans ses rangs. La
société civile faisait allusion à une « provocation », affirmant que les «prétendus mutins » n'avaient aucune chance de réussir, a confié à IRIN un membre de la société civile sous couvert de l'anonymat. « Il est très étrange qu'ils aient pu s'emparer de la radio sans déclencher d'échanges de coups de feu, et que le RCD n'ait pas encore donné de nom ou de visage à ces mutins, » a-t-il ajouté.

Interrogé à Bruxelles, le porte-parole du RCD-Goma, Kin-Kiey Mulumba, n'a
pas exclu la possibilité que certains soldats du RCD-Goma aient pu jouer un
rôle dans ces massacres. « S'il y a des extrémistes au sein du RCD, ils
doivent être clairement être dénoncés et isolés de façon à ne pas éteindre
le feu de l'espoir, » a-t-il précisé. Il a réitéré l'appel du RCD-Goma pour
la création d'une commission d'enquête internationale sur cet incident « de
manière à savoir qui a fait quoi et de punir les coupables ».

Quelques analystes émettent des doutes sur la responsabilité de l'aile
politique du RCD-Goma. Ils pensent que le mouvement a pu être victime d'un
complot visant à détruire sa crédibilité pour empêcher la démilitarisation effective de Kisangani.

Ces récents événements ont conduit notamment à l'annulation du symposium de la paix, que devait présider l'archevêque de Kisangani, Monseigneur Pasinya Monsengwo, une rencontre qui aurait permis d'attirer des observateurs internationaux dans cette ville.





This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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