Au bout de deux mois d'enquête dans la région des Grands Lacs et ses environs, notamment dans l’est de la RDC, une équipe d'experts de l’ONU sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et d'autres formes de richesses en RDC, a présenté le rapport préliminaire de ses conclusions au Conseil de sécurité.
L’équipe estime avoir développé une meilleure compréhension des rôles variables des armées étrangères et groupes armés divers, étrangers et congolais, dans l’exploitation des ressources du pays, ainsi que dans la guerre qui s’y poursuit toujours.
Recourant à diverses stratégies pour détourner des revenus à des fins d'enrichissement personnel ou pour financer des armées étrangères, que ce soit pour conserver leur appui contre des groupes rivaux, ou bien pour financer la poursuite des opérations militaires en cours, leur effet immédiat a été de "contribuer à l'effondrement des économies locales et à la détérioration de la situation financière de la grande majorité de la population locale", affirme le rapport.
Pendant ce temps, le tribut humanitaire causé par cette exploitation ininterrompue se répand largement, surtout dans l’est de la RDC. "Les populations locales, notamment les enfants, sont conscrits et contraints de travailler à l'extraction des ressources par des troupes étrangères stationnées dans les diverses régions", signale le rapport.
Diverses armées auraient, selon des allégations, eu recours à d’autres tactiques comme la destruction des infrastructures de production agricole, pour forcer les gens à participer aux travaux d’extraction, causant en partie un accroissement de l’insécurité alimentaire.
"Les taux très élevés de malnutrition sont alarmants", note le rapport. "Même si les niveaux de mortalité varient beaucoup d’un endroit à l’autre, en fonction de l’ampleur du conflit et de la disponibilité des services médicaux, ils comptent généralement parmi les plus élevés du monde".
Par ailleurs, le président ougandais, Yoweri Museveni, dont les militaires auraient été impliqués à maintes reprises dans le pillage des ressources de la RDC, a rapidement écarté de la main les accusations portées contre son pays. "On nous dit que nous sommes allés au Congo à cause de ses richesses. Où est-elle cette richesse? Lorsque j’y vais, tout ce que je vois, c’est beaucoup de pauvreté et de forêts", a déclaré en conférence de presse M. Museveni samedi, des propos rapportés par Reuters.
"Nous avons en Ouganda trop de minéraux que nous n’avons pas encore réussi à extraire", a-t-il poursuivi. "Comment aurions-nous accès au capital nécessaire pour extraire des minéraux en RDC, alors que durant les 16 dernières années, nous n’avons pas réussi à obtenir les 125 millions de dollars américains nécessaires pour exploiter les plus de 230 millions de tonnes métriques de phosphates qui se trouvent en Ouganda?"
Le Conseil de sécurité doit normalement discuter le rapport de l’équipe d’experts cette semaine. L’équipe d’experts a repris ses activités le 18 février, après une interruption de plusieurs mois. Son mandat actuel de six mois prévoit qu’il fournisse une évaluation et des recommandations sur les actions que pourraient adopter le Conseil de sécurité, la communauté internationale, de même que les pays dans lesquels ces richesses transitent ou aboutissent, pour aider à mettre un terme au pillage des ressources naturelles de la RDC.
Le 19 décembre dernier, alors que le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, réclamait le renouvellement du mandat de l’équipe d’experts, on pouvait lire ce qui suit dans une déclaration publique du Conseil: "Le Conseil de sécurité note avec inquiétude que le pillage des ressources naturelles et autres formes de richesses de la République démocratique du Congo se poursuit sans relâche. Il condamne énergiquement ces activités qui prolongent le conflit dans le pays, entravent le développement économique de la RDC et exacerbent les souffrances de sa population".
L’équipe d’experts, qui s’est assemblée à trois occasions depuis qu’elle a débuté ses travaux, en septembre 2000, a estimé dans ses précédentes conclusions que plusieurs pays s’étaient compromis, notamment le Rwanda et l’Ouganda.
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