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Dossier spécial d'IRIN sur les pourparlers de paix à Pretoria

Les tentatives de pourparlers entre les délégations du gouvernement burundais et des rebelles de la faction des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) dirigée par Pierre Nkurunziza, ont échoué la semaine dernière à Pretoria, en Afrique du Sud, mais quelque chose "d'assez important" s'est passé, a indiqué jeudi à IRIN un analyste de la situation au Burundi, Jan van Eck.

Selon M. van Eck, suite à des entretiens avec le vice-président sud-africain Jacob Zuma, il y aurait aujourd'hui des chances pour que le groupe rebelle des Forces nationales de libération (FNL) "commence à se joindre" aux négociations de cessez-le-feu avant la fin mai. "La délégation des FNL a exprimé son engagement vis-à-vis d'éventuelles discussions pour un cessez-le-feu mais elle a demandé un peu de temps pour tenir ses propres consultations internes avant de pouvoir commencer à traiter directement avec le gouvernement à la fin mai," a expliqué M. van Eck.

"Cela va permettre des négociations incluant tout le monde," a-t-il ajouté. "Le fait que tout le monde se soit rendu compte de la nécessité d'inclure les FNL dans les pourparlers laisse espérer qu'un cessez-le-feu durable sera un jour conclu," a-t-il dit, ajoutant qu'au vu de cette décision, il est possible que la médiation suspende "quelque temps" les négociations avec les ailes des FDD jusqu'à la fin mai.

Le groupe des FNL et le mouvement des FDD, qui est divisé en deux factions, l'une dirigée par Pierre Nkurunziza et l'autre par Jean-Bosco Ndayikengurukiye, n'ont pas signé l'accord de paix d'Arusha d'août 2000.

Des contacts préliminaires ont été établis et des discussions initiales ont eu lieu entre le gouvernement et les FDD, mais les efforts mis en oeuvre pour inclure les FNL ont le plus souvent échoué.

Le porte-parole des FDD aile Nkurunziza, Jean-Marie Ngendahayo, a indiqué jeudi à IRIN que les discussions d'une journée et demie avec le gouvernement n'avaient pas mené à grand chose.

Les discussions, qui devaient occuper le devant de la scène dans les manoeuvres diplomatiques ayant eu lieu la semaine dernière à Pretoria, avaient été prévues du 22 au 30 avril. Elles n'ont eu lieu que le 27 et une partie du 28, car une partie de la délégation des FDD était restée bloquée à Dar es Salaam, en Tanzanie, n'ayant pu récupérer ses documents de voyage détenus par les autorités tanzaniennes. Les délégués ont finalement été dépannés par le gouvernement sud-africain.

"Durant les courts échanges que nous avons eus avec le gouvernement, nous avons souligné qu'avant même de parler d'une cessation des hostilités, nous aimerions que ceux qui ont renversé la démocratie par un coup d'Etat et qui, en octobre 1993, ont assassiné le président élu démocratiquement, Melchior Ndadaye, avouent leurs motifs, car ce sont eux les responsables de la guerre qui déchire aujourd'hui le Burundi," a déclaré M. Ngendahayo.

"S'ils ne peuvent venir eux-mêmes à ces réunions, qu'ils donnent alors à l'armée l'autorité de répondre à cette question. Après ça, nous pourrons commencer à parler d'une cessation des hostilités, puis de la mise en application d'un cessez-le-feu," a-t-il ajouté.

"C'est le meilleur moyen d'empêcher de futurs coups d'Etat et assassinats. Nous ne faisons pas partie du gouvernement de transition et nous souhaiterions en finir avec les vrais responsables de la crise au Burundi avant de penser à tendre la main au gouvernement," a dit M. Ngendahayo.

Il a précisé que la délégation avait fait part du même message à l'équipe de médiation et à la mission du Conseil de sécurité de l'ONU, rencontrées lundi dernier. "Nous avons aussi fait part de notre grief concernant l'équipe de médiation de M. Zuma. Nous sommes assez frustrés par sa façon de faire", a-t-il ajouté.

"A l'heure même où nous parlons, notre délégation, qui devait quitter Dar es Salaam aujourd'hui [jeudi] a dû annuler ses réservations d'avion car elle n'avait pas de visa pour la Tanzanie; il lui a fallu en outre résoudre quelques problèmes d'ordre financier," a-t-il dit. "Les délégués voyageront demain [vendredi]".

En 1987, le major Pierre Buyoya a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat. Il a immédiatement introduit un processus de réforme destiné à garantir l'égalité des chances dans les domaines de l'éducation et de l'emploi, et la formation d'une armée ethniquement équilibrée. Des élections pacifiques ont eu lieu en juin 1993, et pour la première fois, un Hutu, Melchior Ndadaye, a été élu président. M. Ndadaye a gouverné seulement quatre mois avant d'être assassiné lors d'un autre coup militaire.

L'assassinat de M. Ndadaye a provoqué de violents massacres dans le pays - des violences commises par la nouvelle administration du Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) contre des civils tutsis, notamment dans le centre et au nord du pays. Tandis qu'environ 100 000 personnes ont été massacrées, les représailles de l'armée ont entraîné la mort de 100 000 autres civils, pour la plupart des Hutus, et la fuite de 380 000 civils en Tanzanie voisine, avait souligné un rapport de Save the Children-UK datant d'août 2001.

A l'issue de plusieurs années de tractations, un gouvernement de transition a été installé en novembre dernier, suite à un accord de paix signé en août 200 à Arusha par les partis politiques mais rejeté par les rebelles armés, notamment les FDD et les FNL.

En dépit de la mise en place de ce gouvernement, les combats continuent dans plusieurs parties du pays, entraînant le déplacement de milliers de personnes et faisant de nombreuses victimes. Les affrontements entre les troupes rebelles et les forces régulières se sont intensifiés depuis le 11 mars dans la province de Bujumbura Rural, à l'ouest du Burundi.

Dans un récent rapport publié par l'analyste du Burundi, Jan van Eck, l'insécurité incessante et la pauvreté accrue au Burundi forment un "mélange fatal" qui menace non seulement la survie du gouvernement de transition mais aussi l'ensemble du processus de paix.

A moins que les problèmes clés de la pauvreté et de la guerre ne soient réglés immédiatement, il est peu probable que le gouvernement burundais puisse continuer à faire appliquer l'accord d'Arusha, a indiqué M. van Eck. Il est encore moins probable que la seconde période de 18 mois de la transition, qui permettra à un chef hutu d'assumer la présidence, puisse voir le jour dans de telles conditions, a-t-il averti.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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