[Cet article ne reflète pas nécessairement le point de vue des Nations Unies]
Les 3 540 candidats en lice pour les 111 sièges parlementaires aux élections de dimanche au Burkina Faso appartiennent à 30 partis politiques, soit le plus grand nombre de partis ayant jamais participer à des élections dans cette nation d'Afrique de l'Ouest.
Les partis d'opposition avaient boycotté les élections présidentielles en 1998, et les municipales en l'an 2000. Cette fois cependant, ils se sont également jetés dans la course.
Les élections étaient prévues pour le 28 avril mais le gouvernement les a reportées au 5 mai à cause du faible taux d'inscription des électeurs. Quelque trois millions d'électeurs potentiels se sont finalement inscrits, et le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Moussa Michel Tapsoba, espère qu'ils se déplaceront en grand nombre dimanche.
"Je demande à ces trois millions d'électeurs, qui ont bravé tous les problèmes pour s'inscrire, de montrer leur volonté de contribuer au processus démocratique dans notre pays en votant dimanche », a déclaré M. Tapsoba à IRIN. "C'est un dimanche. Je leur demande donc de faire l'effort d'aller voter », a ajouté M. Tapsoba, un membre de la société civile qui a été nommé à la tête de la CENI en 2001 pour cinq ans.
Aux élections de dimanche, c'est la première fois qu'un bulletin unnique sera utilisé dans des élections au Burkina Faso. La mesure a été approuvée en 2001 par l'Assemblée nationale, où le Congrès pour la Démocratie et le Progrès) au pouvoir détient 101 sur les 111 sièges.
Les partis opposants ont fait campagne pendant des années en faveur de l'introduction d'un seul bulletin. Lors des élections précédentes, les électeurs recevaient des bulletins représentant tous les partis ou les candidats présidentiels. Ils devaient ensuite déposer dans l'urne le bulletin correspondant au candidat ou au parti de leur choix.
"Le bulletin unique est un avantage car, durant les dernières élections, les électeurs retournaient avec les autres bulletins juste pour toucher de l'argent pour voter pour l'un ou l'autre des partis, mais cette fois-ci, ce n'est pas possible », a expliqué l'opposant politique Herman Yameogo.
"C'est une réforme politique fondamentale qui aidera au renforcement de la transparence », a affirmé M. Yameogo, qui dirige l'Alliance pour la Démocratie et le Progrès/Rassemblement africain pour la démocratie).
Les conditions de participation aux élections n'ont jamais été meilleures au Burkina Faso, a ajouté M. Yameogo, dont le parti, avec trois sièges, est l'un des plus grands partis d'opposition au parlement. « Il existe aujourd'hui une meilleure organisation pour la démocratie », a-t-il relevé.
Comme c'est la première fois que le bulletin unique sera utilisé dans le pays, la CENI a prié ceux parmi ses membres qui vont être déployés dans les centres de vote d'aider les électeurs en cas de besoin.
Le Conseil supérieur de l'information (CSI) a adopté cette année une stratégie permettant à tous les partis une participation équitable dans les médias, en particulier à la radiodiffusion et télévision nationale. Il a fait en sorte que le gouvernement verse de l'argent aux médias publics pour couvrir les activités de tous les partis politiques et qu'il interdise aux partis de payer le temps d'antenne, une démarche qui vise à empêcher les groupes disposanto d'importantes ressources, notamment le CDP au pouvoir, de jouir d'un avantage injuste.
C'est la première fois que trois élections parlementaires consécutives ont été organisées sans que le pays soit troublé par un coup d'état militaire. Il y a eu cinq coups d'état depuis l'indépendance, le plus récent en 1987. Après le rétablissement du régime constitutionnel en 1990, des élections parlementaires ont eu lieu en 1992 et 1997.
Les nombreux partis opposants espèrent tirer profit de l'érosion du pouvoir du CDP, majoritaire à l'Assemblée nationale depuis dix ans. Ils désirent en particulier capitaliser sur des problèmes tels que l'assassinat en 1998 du journaliste indépendant, Norbert Zongo, qui avait déclenché une agitation sociopolitique sans précédent dans le pays.
L'année dernière, le président Blaise Compaoré a demandé pardon pour tous les crimes commis au nom de l'Etat depuis l'indépendance de la France en 1960 comme condition pour apaiser la tension dans le pays.
"Il existe une soif de changement dans le pays, partout la population veut voir quelque chose de différent et ceci semble aller à l'encontre du parti au pouvoir », a déclaré Mamadou Kaboré, un candidat de l'Union pour la Renaissance/Mouvement sankariste(UNIR/MS).
"Même si les gens sont prêts à pardonner, ils ne peuvent oublier tout ce qui s'est produit comme les scandales politiques et économiques, ainsi que les atteintes aux droits de l'homme », a poursuivi M Kaboré, dont le parti porte le nom de Thomas Sankara, le prédécesseur immédiat de M. Compaoré, tué pendant le putsch de 1987.
Roch Marc Christian Kaboré, secrétaire général du CDP, admet que "les élections actuelles ont lieu dans un contexte tout à fait nouveau ».
"Je pense sincèrement que le souhait de notre CDP aujourd'hui est que nous ayions un parlement qui soit bien plus équilibré afin qu'il puisse mieux représenter les opinions diverses dans le pays », a ajouté M. Kaboré, considéré par beaucoup comme un modéré. "Il y a un besoin de stabilité et de renforcement de la démocratie dans notre pays et nous espérons avoir plusieurs partis au sein de la prochaine assemblée ».
Il a indiqué que même si le CDP nécessitait une majorité pour garantir l'application du programme politique de M. Compaoré, il était important « d'avoir une représentation relativement importante de l'opposition pour permettre l'expression des idées variées développées dans le pays ».
Les observateurs internationaux de la Francophonie (organisation mondiale des pays de langue française) et l'Observatoire européen des élections surveilleront les élections aux côtés de 2 000 observateurs nationaux, a annoncé la CENI.
La CENI a assigné 44 000 personnes aux 10 902 centres de vote pour garantir le bon déroulement des élections. Le coût des élections, selon la commission, est de 6,5 milliards de francs CFA (un peu plus de 8,6 millions de dollars).
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