"Les résolutions issues du dialogue deviendront lettre morte si les troupes rwandaises et ougandaises continuent d'occuper notre pays à la fin de ces négociations," a fait savoir le ministre congolais des affaires étrangères, Léonard She Okitundu, dans une déclaration sur la position de son gouvernement, au cours des pourparlers de Sun City.
En vertu de l'accord de cessez-le-feu de Lusaka - le document de base du dialogue - les choses devraient se dérouler selon la chronologie suivante: le dialogue national de 45 jours, suivi de la mise en place de nouvelles institutions (le lendemain), suivie du désarmement des "groupes armés" étrangers (dans un délai de 30 jours) pour finir avec le retrait des troupes étrangères (dans un délai de 90 jours).
"Le pays souffre de deux problèmes majeurs - une absence de légitimité dans son développement politique depuis l'indépendance, et la guerre d'agression lancée par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi," a ajouté le ministre.
"Les trois batailles que se sont livrées à grand renfort d'armes lourdes les armées rwandaise et ougandaise dans la ville de Kisangani suffisent à prouver que la guerre en RDC est une agression".
M. Okitundu a condamné les massacres perpétrés dans les "territoires occupés" et il a appelé à la création d'un tribunal pénal international pour la RDC. "La façon de résoudre l'absence de légitimité est d'organiser rapidement des élections libres, sous la houlette d'une commission indépendante. La transition devrait être aussi courte que possible. Le gouvernement préconise un régime présidentiel dans un Etat unitaire fortement décentralisé pendant la transition."
Le dialogue n'est pas une assemblée législative constituante, a souligné M. Okitundu. (Kinshasa a déjà créé une telle assemblée, composée de personnes désignées par le gouvernement, bien que M. Okitundu n'ait rien dit à ce sujet.)
Le ministre congolais à la présidence Katumba Mwanke a déclaré en fin de semaine que Joseph Kabila, âgé de 30 ans, devait rester président durant la période de transition. Il a envisagé des élections d'ici 18 à 24 mois. Les rebelles et les partisans de l'opposition pourraient être inclus dans le gouvernement, a-t-il ajouté, mais il appartiendrait au président de les désigner.
Une déclaration du mouvement rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) a souligné le besoin constant de paix en RDC. "En premier lieu, la communauté internationale et l'ONU doivent concentrer leurs efforts sur le désarmement complet de tous les groupes armés, en déployant une force d'intervention mandatée pour désarmer, pacifier et garantir la paix au Congo."
"La communauté internationale devrait offrir des garanties sous la forme d'institutions veillant à l'application de l'accord de paix, avec notamment la mise en place d'un comité d'arbitrage," a indiqué le RCD.
"Le dialogue doit conduire à une constitution de transition, à de nouvelles institutions et à la nomination de leurs responsables par cette assemblée (c'est-à-dire le dialogue), y compris du détenteur de la fonction de président." Le RCD a proposé la mise en place d'un état fédéraliste et d'une police fédérale. Il a parlé de "démocratie participative" après la transition mais n'a pas fait mention d'élections.
La déclaration du groupe rebelle du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) n'a pas non plus mentionné d'élections, bien qu'elle ait indiqué que "les citoyens doivent choisir leurs leaders de façon libre et transparente". Elle a appelé à une commission permanente pour lutter contre la corruption et à "l'instauration d'un système fédéral".
Le dirigeant du MLC, Jean-Pierre Bemba, a déclaré vendredi 15 mars qu'il n'avait pas confirmé sa candidature à la présidence durant la période de transition, mais il a bien confirmé sa candidature pour de futures élections. Les délégués du MLC ont indiqué qu'ils envisageaient des élections d'ici deux ans à deux ans et demi.
Jusqu'à présent, le seul homme politique présent au dialogue (hormis le président sortant Joseph Kabila) ayant clairement signifié sa candidature à la présidence durant la transition, est Etienne Tshisekedi, un vétéran de l'opposition congolaise et fondateur de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
Les organisateurs du dialogue ont indiqué que l'UDPS et le parti de l'ancien président Mobutu Sese Seko, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), étaient les deux seuls partis de l'opposition non armée pouvant revendiquer une popularité nationale. M. Tshisekedi a été élu premier ministre en 1992 par une entité cooptée similaire au dialogue. " Le non-respect du consensus obtenu en 1992 est la cause principale de l'actuelle crise politique," a-t-il déclaré.
L'UDPS propose une transition d'une durée de trois à cinq ans avant la tenue d'élections, ce qui signifie que M. Tshisekedi sera alors âgé de 74 ans.
Catherine Nzuzi Wa Mbombo, la dirigeante du MPR, a appelé à la démocratie et à un Etat de droit, ainsi qu'à l'incorporation de nouvelles forces militaires issues de l'ancienne armée de Mobutu.
Parmi les autres politiciens de l'opposition, les plus connus sont Antoine Gizenga, un vétéran du premier gouvernement installé après l'indépendance du pays, et François Lumumba, le fils du premier premier ministre élu démocratiquement mais ensuite assassiné en 1961.
M. Gizenga a appelé à un nouveau gouvernement coopté par les survivants du parlement élu en 1960 "en tant que seuls députés à avoir été élus dans des élections libres. Ces personnes sont donc aptes à coopter d'autres membres."
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