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L'ancien et le nouveau présidents interviennent devant le forum de réconciliation

L'ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié a invité tous les hommes politiques en Côte d'Ivoire à condamner le coup d'état qui l'a déchu du pouvoir en décembre 1999, à l'occasion de son premier discours public mardi à Abidjan, depuis son retour d'exil en France à la mi-octobre, prononcé devant un forum visant à la réconciliation nationale.

Le président en exercice, Laurent Gbagbo est également intervenu devant le forum mardi, mais deux autres dirigeants politiques, le général Robert Gueï - le successeur immédiat de M. Bédié - et le chef de l'opposition, Alassane Ouattara, ont décliné les invitations. Les deux personnalités ont invoqué des raisons de sécurité entre autres. M. Gueï a également invoqué les réparations incomplètes de son domicile, qui avait été saccagé en octobre, tandis que M. Ouattara a cité le fait qu'on ne lui avait pas donné un certificat de nationalité.

MM. Bédié et Gbagbo ont offert tour à tour leur analyse de l'actuelle crise politique en Côte d'Ivoire, où le clivage politique a exacerbé la tension religieuse et ethnique, et ont proposé des moyens de la résoudre. Le discours de M. Bédié était ponctué par des allusions au coup d'état, qu'il a décrit comme étant la cause profonde de la crise, mais il a minimisé la responsabilité de l'armée, en soulignant qu'elle avait été manipulée par les politiciens.

M. Bédié avait été déchu le 24 décembre 1999 lorsque ce qui avait commencé comme une protestation concernant des arriérés de salaires par des anciens soldats de maintien de la paix avait débouché sur le premier coup d'état dans le pays. Il s'est exilé en France où il a vécu 22 mois avant de retourner à Abidjan le 15 octobre.

L'ancien président a également défendu l''ivoirité', un concept qu'il a inventé mais qui, a-t-il expliqué, a été mal interprété pour des motifs politiques. « L'ivoirité est un contexte traduisant un projet culturel », a-t-il soutenu. « Il n'y a pas de communauté humaine sans identité culturelle ».

Le concept, a-t-il poursuivi, n'est pas une idéologie d'exclusion ou xénophobe visant à cloisonner les ressortissants nationaux et les étrangers, comme le proclament ses adversaires, comme il n'est pas non plus dirigé contre M. Ouattara, le chef du Rassemblement des Républicains (RDR), de l'opposition.

Une dispute autour de la nationalité de M. Ouattara divise depuis des années la classe politique ivoirienne, et s'est terminée avec le rejet de sa candidature aux élections présidentielles et législatives de l'an dernier sous prétexte qu'il n'avait pu prouver qu'il était né ivoirien de parents ivoiriens, l'une des conditions d'éligibilité. Ses détracteurs soutiennent que ses parents sont Burkinabé et qu'il était citoyen burkinabé, un autre motif invoqué pour sa disqualification. La décision de déclarer M. Ouattara inéligible, prise par la Cour constitutionnelle, avait conduit le RDR à boycotter les élections de l'année dernière.

M. Bédié a affirmé qu'il fallait se prévaloir de la loi ivoirienne pour résoudre le problème de M. Ouattara.

Il a également évoqué les atteintes aux droits de l'homme perpétrées durant la transition militaire de décembre 1999 à octobre 2000, ainsi que les nombreux conflits fonciers survenus ces dernières années entre des communautés ivoiriennes et entre des Ivoiriens et des étrangers. Le droit foncier doit être respecté si l'on veut mettre fin à de telles hostilités, a-t-il suggéré. Il s'est aussi prononcé en faveur de la création d'un bureau de l'immigration pour aplanir les problèmes qui, a-t-il dit, sont associés à la migration des étrangers en Côte d'Ivoire. Le bureau sera créé vers le début de l'année prochaine. Selon le dernier recensement, les étrangers représentent le quart des 15,3 millions d'habitants du pays.

M. Gbagbo a également mentionné le cas de M. Ouattara et la disposition de la constitution qui y est associée, tout en annonçant que celle-ci ne sera pas révisée durant son mandat, comme le souhaite le RDR. Il a ajouté que l'article de la constitution interdisant à quiconque ayant représenté un pays étranger de présenter sa candidature pour la présidence ou le parlement, avait été précisément créé pour éviter toute dispute telle que celle entourant la candidature de M. Ouattara aux élections.

Commentant le coup d'état, M. Gbagbo a souligné qu'il était le résultat de la lutte de pouvoir entre les 'héritiers' du défunt Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d'Ivoire. Le disparition de Houphouët-Boigny en 1993 avait déclenché une course au pouvoir entre M. Ouattara et M. Bédié, qui étaient à l'époque premier ministre et président du parlement respectivement, tandis que M. Gabgbo était le chef de file de l'opposition. M. Gueï était également un partisan de Houphouët-Boigny.

Le président ivoirien a attribué l'agitation qui a suivi les élections présidentielles d'octobre 2000, qui s'était soldée par la mort de centaines de personnes, au refus de M. Gueï d'admettre sa défaite et à un appel du RDR en vue de reprendre les élections. Plusieurs personnes sont mortes lorsque les forces de l'ordre avaient tiré contre des manifestants qui avaient forcé M. Gueï à renoncer au pouvoir un jour après avoir proclamé sa victoire aux élections. D'autres sont mortes durant la flambée de violence au cours de manifestations du RDR contre les élections au cours desquelles, selon les organisations des droits de l'homme, des habitants du nord -considéré comme le principal groupe de soutien du RDR - ont été pris pour cible par des membres des forces de l'ordre et par des sympathisants des partis rivaux.

M. Gbagbo a indiqué devant le forum que son objectif était de bâtir la démocratie dans le pays, non sur des compromis mais dans le respect de la loi et des règles de bonne gouvernance. Il a aussi déploré l'absence de MM. Gueï et Ouattara. En tant que président, a-t-il déclaré, il avait fait tout ce qu'il pouvait pour accéder à leurs demandes afin qu'ils puissent être à Abidjan.

Des dirigeants politiques, de la société civile et communautaires participent au forum, qui a commencé ses travaux en octobre et s'achèvera le 10 décembre.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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