« Nous avons décidé de surseoir à notre médiation car il est difficile d’aider un pays alors qu’il anime une rébellion sur son territoire », a déclaré lundi à IRIN Ahmat Allami, Conseiller du président Déby et médiateur dans la crise du Darfour.
Dans un communiqué publié vendredi, les autorités tchadiennes ont accusé le Soudan d’avoir « continué à entretenir, armer, financer » près de 3 000 rebelles tchadiens établis au Soudan, à 25 km de la frontière, dans la région de Maktiar non loin de la ville soudanaise d’El Geneina.
Un conflit oppose depuis deux ans le gouvernement soudanais soutenu pas des milices arabes à des rebelles non arabes dans la région du Darfour. Il a provoqué le déplacement de près de 1,8 millions de personnes, dont 200 000 se sont réfugiées au Tchad voisin.
Le Tchad, qui a en commun certaines ethnies avec le Soudan, sert de médiateur depuis plus d’un an dans la crise qui oppose les rebelles du Darfour au gouvernement de Khartoum.
L’an dernier, un accord de cessez-le feu avait été conclu entre les parties sous l’égide de l’Union Africaine, mais avait été aussitôt violé.
Un énième sommet sur la crise du Darfour qui devait avoir lieu le 20 avril à Charm el-Cheikh en Egypte en présence du Tchad, de la Libye, du Nigeria, du Gabon et du Soudan a été reporté à fin avril ou en mai, à la demande de certains dirigeants, a indiqué lundi l’agence de presse égyptienne MENA.
Selon Allamy, l’existence de la rébellion composée des milices arabes Djandjawids et d'éléments arabes tchadiens soutenue par Khartoum n’est pas nouvelle.
« Nous avons signalé cela dès le début de la crise… les Soudanais nous ont toujours dit qu’ils empêcheraient l’action d’une rébellion hostile au pays. Mais aux dernières nouvelles, le nombre [de rebelles] ne fait que s’accroître », a-t-il déclaré.
« Est-ce impuissance ou politique délibérée pour faire pression sur le Tchad ? Nous avons le sentiment que les services spéciaux soudanais se servent des rebelles tchadiens pour lutter contre les rebelles soudanais et leur font miroiter la possibilité de déstabiliser le Tchad », a ajouté Allami.
Dans un communiqué publié vendredi, l’Ambassade du Soudan à N’djamena a démenti ces accusations, en déclarant que le Soudan n’avait « aucun intérêt à déstabiliser un pays ami et frère ».
Pour les diplomates présents dans la capitale, les accusations de N’djamena sont fondées.
« Si aujourd’hui N’djamena parle de rébellion entretenue par le Soudan, l’information ne peut qu’être avérée. Il s’agit là d’une mesure de rétorsion prise par El Bashir pour punir Déby qu’il a toujours soupçonné d’intelligence avec les rebelles zaghawa du Darfour », a déclaré à IRIN un diplomate occidental qui a requis l’anonymat.
Les accusations tchadiennes surviennent alors que l’opposition politico-militaire tchadienne tente de s’organiser à l’approche du référendum constitutionnel du 6 juin qui décidera de la possibilité pour le président Déby de briguer un troisième mandat. Les prochaines élections auront lieu en 2006.
Pendant ce temps, à la frontière entre le Soudan et le Tchad, la tension monte, et inquiète les observateurs présents sur le terrain.
« Des renforcements ont été envoyés vers le sud-est, ce qui ne présage pas de quelque chose de normal. On ne sait ce qui va se passer », a déclaré à IRIN un travailleur humanitaire.
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