Cependant, ces mineurs encourent également un autre danger, moins visible mais tout aussi mortel que les éboulements ou autres accidents: c'est de la mine de Shinkolobwe qu'a été extrait l'uranium pour les bombes atomiques larguées sur les villes d'Hiroshima et Nagasaki pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Selon des experts, le risque d'irradiation pour les mineurs, leurs dépendants et les habitants des villages environnants existe toujours.
L'éboulement aurait provoqué sept morts, selon Eugène Diomi Ndongala, le ministre congolais des Mines. "Le reste a été sauvé de justesse", a-t-il affirmé vendredi 16 juin. Le maire de la commune voisine de Likasi, Petwe Kapande, a fait part, lui, de neuf mineurs tués. Cependant, de nombreux mineurs parlent de plusieurs de leurs collègues disparus dans l'éboulement.
La MONUC empêchée d'accéder à la mine sinistrée
La Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC) a dépêché une équipe d'enquête au Katanga, mais celle-ci a été empêchée d'accéder à Shinkolobwe, a indiqué Alexandre Essome, porte-parole de la MONUC.
"La délégation de la MONUC était allée là-bas pour voir quelle aide nous pouvions apporter sur le plan humanitaire et médical [...], mais les autorités du district du Haut-Katanga [dont Shinkolobwe fait partie] nous ont indiqué que nous n'étions pas autorisés à y accéder parce que nous n'avions pas prévenu à l'avance et que nous n'avions, selon elles, rien à voir dans cette affaire", a affirmé Essome.
L'équipe de la MONUC était composée d'experts humanitaires, de spécialistes en urgences médicales et de géologues. Selon Essome, son objectif était d'évaluer le risque de santé que constitue la mine.
Danger d'irradiation
"Nos experts géologues nous ont affirmé que la mine présente un danger d'irradiation" a indiqué Essome.
La mine a été scellée par le gouvernement Belge en 1956, et gardée par l'armée congolaise jusqu'en 1997. Depuis, le relâchement de la surveillance a permis à des mineurs improvisés d'exploiter illégalement la mine, principalement à la recherche de cobalt.
Le risque d'irradiation est réel, selon le professeur Loris Nda Bar Tung, un géologue de l'Université de Lubumbashi qui a étudié au scintillomètre le taux de radioactivité dans la mine et dans les carrières environnantes. Ce taux se situe, selon lui, entre 10.000 et 15.000 coups par secondes. "Ceci veut dire qu'il existe un grand danger pour les creuseurs artisanaux et leurs familles installées sur ce site [...], car un taux de 100 coups par seconde est déjà dangereux" affirme-t-il.
Certaines familles, dont des femmes enceintes et des enfants, dorment sur le site, et certains mineurs travaillent torses nus, pendant plus de 24 heures d'affilée dans les galeries souterraines, sans protection aucune. Selon Loris Nda Bar Tung, la radioactivité expose la population à la possibilité de développement de cancers des poumons, au vieillissement précoce, ainsi qu'au risque de stérilité et de déformations congénitales chez leurs enfants.
La MONUC recommande la sécurisation de la mine
Face à ce risque de santé publique, "La MONUC recommande que cette mine soit sécurisée et remise à une entreprise privée pour une exploitation plus disciplinée, et afin d'éviter [tout] trafic d'uranium", Essome a indiqué mardi.
Un diplomate qui n'a pas souhaité être nommé a indiqué mardi à IRIN que la mine de Shinkolobwe "ne représente pas de risque en terme de circulation d'uranium, seules des quantités infimes pouvant en être extraites, malgré les radiations".
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