Ce retour a été permis par le retrait mardi soir des troupes dissidentes du Général Laurent Nkunda et du Colonel Jules Mutebutsi hors de la capitale de la province du Sud-Kivu. Les dissidenrts avaient affirmé que leur but était de secourir les Banyamulenge, des tutsis congolais selon eux victimes d’exactions. Nkunda a plus tard reconnu que ces rumeurs étaient exagérées.
La MONUC a ré-affirmé dans son communiqué de mercredi son intention de patrouiller dans la ville, ainsi que dans ses alentours, pour continuer à porter assistance à la population civile. La Mission a exprimé sa confiance dans le fait que la présence de l’armée contribuerait à restaurer l’ordre et l’état de droit. Elle affirme avoir repris ses patrouilles afin de mettre fin aux pillages et de prévenir d’éventuels règlements de comptes entre résidents.
Selon Sébastien Lapierre, porte-parole de la MONUC à Bukavu, "les troupes de Mutebutsi se sont retirées au sud du [fleuve] Ruzizi, et en direction d’Uvira". Les forces gouvernementales sont rentrées dans la ville mercredi matin, sans avoir à affronter les dissidents. Elles opèrent sous le commandement du Général Mbuza Mabe, nommé à la tête de la 10ème région militaire de la RDC par le Gouvernement de Transition à Kinshasa, capitale de la RDC.
Une partie de la population a accueilli avec enthousiasme le retour de l’armée, qui s’était retirée de Bukavu suite à la prise mercredi 2 juin de la ville par les dissidents.
Les opérations humanitaires interrompues
Les pillages qui ont eu lieu pendant les affrontements de la semaine dernière et qui ont suivi le retour en ville de l’armée ont provoqué une situation humanitaire préoccupante, a signalé mercredi Hamadoun Toure, porte-parole de la MONUC à Kinshasa. "Le dépôt du Programme Alimentaire Mondial (PAM ) a été pillé. Si bien qu’il n’y a maintenant plus de vivres à donner à la population, qui en a un besoin urgent", selon lui.
Pendant les affrontements, les troupes de la MONUC ont protégé un grand nombre de résidents menacés par les combats, et les ont escortés jusqu’aux locaux de la Mission, selon Lucia Alberghini, représentante du Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA ) à Bukavu. Quelques 1.279 personnes déplacées ont ainsi été abritées, puis transférées dans un camp établi au collège Alfajiri. Elles avaient commencé à regagner leur domicile mercredi, affirme-t-elle.
Selon Roy Maheshe, responsable local des urgences pour OCHA, "Les déplacés qui rentrent sont des gens qui avaient peur de la présence des hommes de Mutebutsi. Maintenant, d’autres personnes arrivent, ce sont ceux qui ont peur de l’armée qui est arrivée", ajoute-t-il. Ces nouveaux déplacés abrités à leur tour dans les locaux de la MONUC étaient au nombre de 139 mercredi soir et la situation sécuritaire a conduit la plupart des agences humanitaires à évacuer leur personnel de la ville pendant le week-end, selon Alberghini. .
Werner Vansant, directeur des opérations de l’International Rescue Comittee (IRC) en RDC, a affirmé mercredi à IRIN depuis Kinshasa que le personnel humanitaire expatrié de son ONG qui a été évacué samedi vers Kigali, au Rwanda voisin, ne rentrerait pas immédiatement à Bukavu.
Léon Mbalabala, coordinateur local de la Croix rouge, confirme les difficultés rencontrées par les agences humanitaires. "Etant donné que la foule est partout dans la ville, nous ne pouvons pas faire notre travail et donner un nouveau bilan, nous attendons de le faire dans les heures qui viennent", affirmait-il mercredi.
De même, Malteser, l’organisation humanitaire allemande de l’ordre catholique de Malte, rapportait mardi avoir suspendu certaines de ses activités au Sud-Kivu. Cependant, le personnel local de l’organisation continue à apporter des soins médicaux à 700 familles de Bukavu victimes de violences sexuelles. Malteser soutient 88 centres de soins et 28 centres de nutrition à Bukavu, couvrant 840 000 personnes dans la region.
Intervention diplomatique
Les combats de la semaine dernière avaient conduit le gouvernement du président de la RDC Joseph Kabila à solliciter une intervention militaire francaise. Un responsable du ministère francais des affaires étrangères a confirmé à IRIN que Paris discuterait cette éventualité avec ses partenaires européens.
Cependant, le ministre belge des affaires étrangères, Louis Michel, a écarté cette possibilité mardi: "Je pense qu'il existe encore un espace diplomatique pour résoudre la crise […] sans devoir nécessairement penser à une solution de ce type-là," a-t-il dit en faisant allusion à une force internationale du type de l’opération Artemis, déployée en juin 2003 en Ituri, au Nord-Est de la RDC. "Les conditions ne sont pas présentement réunies pour l'envoi d'une telle force, mais nous devons nous battre pour renforcer les moyens de la MONUC", a-t-il affirmé.
Le ministère belge des affaires étrangères confirmait en revanche mardi à IRIN l’invitation lancée aux présidents congolais, rwandais et burundais de se réunir à Bruxelles prochainement pour discuter de la crise.
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