La recherche de la stabilité au sein de l'Union du fleuve Mano a abouti à des résultats mitigés en 2001. Tandis que des progrès significatifs ont été accomplis en Sierra Leone, surtout dans le domaine du désarmement, les combats dans le nord-ouest du Liberia, aux abords des frontières avec la Guinée et la Sierra Leone, se sont intensifiés durant l'année mentionnée.
Des observateurs affirment que l'insécurité grandissante au Libéria constitue une sérieuse menace à la paix au sein de l'Union du fleuve Mano, qui a été créée en 1974 en tant que mécanisme visant au renforcement de l'intégration sous-régionale, mais qui n'a pas accompli grand chose à cet égard.
Le premier trimestre de 2001 a vu des mouvements massifs de population entre les trois pays du fleuve Mano, y compris la Guinée. A mesure que les forces guinéennes se battaient contre des "dissidents" armés, des dizaines de milliers de réfugiés et de Guinéens ont été forcés à quitter des régions du sud, notamment dans le Bec de perroquet (une languette de territoire guinéen jouxtant la Sierra Leone et le Libéria).
Il a été indiqué que les "dissidents" ont été épaulés par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), qui viennent de mettre fin à dix ans de conflit avec le gouvernement de la Sierra Leone, et que le gouvernement du Libéria a été accusé d'appuyer. En guise de représailles, les troupes guinéennes ont occupé des positions dans le nord et le nord-ouest de la Sierra Leone, contrôlés par le RUF. Ceci a conduit au déplacement de beaucoup de civils, ce qui a incité Human Rights Watch (HRW) à exhorter la Guinée, à la fin février, à cesser ce qu'elle a qualifié d'agressions transfrontalières tous azimuts contre la Sierra Leone.
La Guinée a aussi accusé le Libéria de soutenir et d'héberger ses dissidents. Le gouvernement Libérien a rétorqué par des accusations similaires contre son homologue guinéen, alors que les combats faisaient rage dans le comté de Lofa, dans le nord-ouest du Liberia, entre les forces gouvernementales et les rebelles, provoquant ce qui a été décrit comme le plus important déplacement dans ce pays depuis la fin de la guerre civile de 1989-1996. Des dizaines de milliers de Libériens ont été forcés à abandonner leurs foyers. Vers la mi-juillet, la Commission libérienne pour le rapatriement et la réinstallation des réfugiés [Liberian Refugee, Repatriation and Resettlement Commission (LRRRC)] a enregistré plus de 32 000 personnes déplacées de Lofa et vivant dans des camps, et a estimé que plus de 10 000 autres se trouvaient dans la capitale, Monrovia.
D'autres ont fui vers la Guinée, vers la Côte d'Ivoire et vers la Sierra Leone où, pendant le premier trimestre de l'année, le RUF ne s'est pas empressé de rendre ses armes, en dépit d'un cessez-le-feu signé en novembre 2000 avec le gouvernement à Abuja, au Nigéria. Le processus de désarmement a été interrompu en mai 2000, lorsque le RUF avait pris en otage quelque 500 Casques bleus de l'ONU.
"La résistance continue du RUF à désarmer et à permettre au gouvernement d'étendre son autorité à des régions contrôlées par les rebelles demeure un profond motif d'inquiétude", a indiqué en mars 2001 le Secrétaire-Général de l'ONU, Kofi Annan, dans son neuvième rapport au Conseil de sécurité sur la Sierra Leone.
Cependant, un tournant a été marqué durant le deuxième trimestre de l'année, à la suite d'une réunion, début mai, à Abuja, au Nigéria, durant laquelle des représentants du gouvernement de la Sierra Leone, du RUF, de la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et des Nations Unies ont révisé l'Accord de cessez-le-feu d'Abuja (novembre 2000). Une réunion de suivi, tenue le 15 mai, a permis la conclusion d'un accord entre le gouvernement sierra léonais, le RUF et la MINUSIL, en vue de la relance du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion en Sierra Leone (DDR).
A mesure que le processus de désarmement avançait, la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) s'est graduellement déployée dans les anciens fiefs rebelles dans le nord et dans l'est, tandis que l'autorité de l'Etat était progressivement rétablie dans certaines de ces anciennes régions inacessibles. Mais le désarmement ne s'est pas déroulé sans écueils. Il devait en effet s'achever en novembre 2001 mais a accusé des retards qui ont servi à mettre en exergue la nature difficile de ce processus.
En novembre-décembre, le processus a été bloqué pendant trois semaines dans l'est du pays car le commandement du RUF était insatisfait des résultats d'une conférence de consultation nationale relative aux élections.
Ultérieurement, le RUF a lié la continuation du processus de désarmement à certaines conditions, notamment la libération des membres du RUF détenus, y compris le dirigeant du mouvement, Foday Sankoh, détenu depuis mai 2000.
Le RUF a ensuite été persuadé par Oluyemi Adeniji, Représentant spécial du Secrétaire-Général de l'ONU, de suspendre ses exigences jusqu'à la fin du processus de désarmement, a révélé M. Annan dans son rapport au Conseil de sécurité de l'ONU le 13 décembre.
Un autre retard s'est produit à cause des combats, à la fin décembre, entre des membres du RUF et la milice pro-gouvernementale Forces de défense civile (CDF) à Koidu, déclenchés par un désaccord concernant la date initiale de l'interdiction des extractions de diamants dans la région.
Les retards ont fait que la fin de l'opération de désarmement a été repoussée à fin décembre, puis à début janvier 2002. Nonobstant, au 5 janvier, plus de 45 000 ex-combattants avaient rendu leurs armes, bien plus que les 26 000 initialement escomptés. En conséquence, le programme de DDR a était confronté à un manque de financement, d'après le Comité national de la Sierra Leone pour le désarmement, la démobilisation et la réinsertion (NCDDR-anglais).
Le Secrétaire exécutif du NCDDR, Francis Kai-Kai a indiqué à IRIN au début de janvier 2002 que son comité révisait son budget pour refléter les chiffres plus élevés, et que le montant exact du déficit actuel sera connu vers la fin du mois.
Des observateurs régionaux et internationaux expriment leur satisfaction devant l'amélioration de la sécurité en Sierra Leone, mais soulignent en revanche que l'importance du financement durant la période qui suit le désarmement ne peut être amoindrie.
"J'ai l'impression que les choses sont en bonne voie, que le désarmement progresse d'une manière satisfaisante", a déclaré à IRIN le nouveau secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), Mohamed Ibn Chambas.
Toutefois, le processus de réadaption doit être centré sur la re-formation, sur la mise en place de l'infrastructure, sur l'octroi d'avantages et de capacités qui permettent aux ex-combattants de mener des existences normales et productives, et "ceci va constituer un défi majeur", a relevé M. Chambas, qui occupera son poste à la mi-février.
Le processus, a-t-il ajouté, nécessitera des ressources que la Sierra Leone ne possède pas, et la "communauté internationale doit demeurer engagée dans le processus de transition, depuis le port des armes… jusqu'à la réinsertion dans la société".
Dans son rapport de la mi-décembre, l'International Crisis Group (ICG), une organisation de réflexion et d'analyse sise à Bruxelles, a averti qu'il "est bien trop tôt pour déclarer que le danger est passé"en Sierra Leone. Dans un rapport intitulé 'Sierra Leone: Ripe for Elections?', elle a ndiqué que la "situation en matière de sécurité est encore précaire et que le processus électoral est entouré d'incertitude".
Zainab Bangura et Alimamy Koroma, des chefs de file de la société civile qui ont participé aux négociations de paix qui ont abouti à l'accord de 1999, qui a préparé le terrain pour la fin de la guerre civil en Sierra Leone, sont tombés d'accord pour dire qu'il y a eu des avancées, mais restent sur leurs gardes.
D'un côté, certains chefs traditionnels - pas tous - sont retournés dans leurs régions et l'autorité du gouvernement est lentement rétablie dans les régions anciennement contrôlées par le RUF, avait rappelé à IRIN à la fin décembre Mme Bangura, présidente de l'organisation non gouvernementale Campagne pour une bonne gouvernance [Campaign for Good Governance]. D'un autre côté, a-t-elle observé, "beaucoup de membres du RUF ont désarmé mais rôdent encore et n'ont pas été réinsérés dans leurs communautés". Elle a aussi informé que certains réfugiés et déplacés rechignaient encore à retourner dans leurs régions d'origine.
Mme Bangura a le sentiment que le "principal problème va provenir du Libéria"où les combats se sont intensifiés en décembre. « S'il n'y a pas de paix au Libéria, il ne saurait y avoir de paix en Sierra Leone ». Pis encore, a-t-elle remarqué, « certains combattants du RUF sont allés au Libéria », et il reste encore trop d'armes disponible en Sierra Leone ».
"Si la situation continue à se détériorer au Libéria, elle se détériora en Sierra Leone, notamment autour de la période des élections, qui sont susceptibles de polariser le pays", a poursuivi Mme Bangura. "C'est la raison pour laquelle nous sommes tous inquiets devant le fait que les élections aient lieu au milieu du processus de paix".
Les combats au Libéria sont aussi une source d'inquiétude pour M. Koroma, le secrétaire général du Conseil interreligieux de la Sierra Leone. "Je peux dire en toute confiance que nous avons fait des progrès et nous devons tous apprécier les progrès dans le désarmement et la sécurité", a-t-il indiqué à IRIN à la fin décembre. "Les événements au Libéria sont néanmoins troublants, même si nous ne nous attendons pas à une invasion, mais nous devons être préoccupés".
M. Koroma scrute aussi les élections du milieu d'année. "Les prochaines élections feront ou briserons la paix", a-t-il affirmé. Elles contribueront à la longue marche vers l'instauration d'une paix durable tant qu'elles ne seront pas conduites d'une manière qui alimente le mécontentement", a-t-il souligné.
L'une des conditions majeures préalables à la paix en Sierra Leone est la bonne gouvernance, d'après M. Koroma. "Il faut une bonne gouvernance car ce sont les mêmes raisons - la corruption, la marginalisation - qui ont été utilisées pour justifier les soulévements antérieurs. Il ne doit pas y avoir de marginalisation d'aucune tribu, il doit y avoir une reddition de comptes appropriée, et les rebelles alors ne peuvent pas l'utiliser comme justification pour briser la paix.
La nécessité de se prémunir contre l'exclusion politique s'applique à la région toute entière, selon Napoléon Abdulai, du Programme pour la coordination et l'assistance à la sécurité et au développement [Programme for Coordination and Assistance on Security and Development (PCASED)], un programme administré par le PNUD et basé à Bamako, au Mali.
"Les prochaines élections en Sierra Leone, en Guinée et au Libéria doivent être traitées avec précaution si l'on veut éviter une guerre", a-t-il déclaré à IRIN. "Des conditions en vue d'élections libres et justes doivent être mises en place de sorte que tous les partis puissent y participer et que tous les partis puissent accepter les résultats, créant ainsi un climat politique en vue d'une politique inclusive".
"Il y a encore beaucoup trop d'armes entre les mauvaises mains", a-t-il ajouté. Une autre condition préalable à la paix, a-t-il poursuivi, est la collecte volontaire d'armes et le micro-désarmement pour garantir la récupération de toutes les armes qui se trouvent entre les mains d'acteurs non étatiques.
Les espoirs de paix en 2002 dans la région du fleuve Mano dépendent également de la volonté politique des dirigeants des trois nations. Les leaders Ouest Africains et autres ont tenté en vain, à la fin de l'an 2000 et au début de 2001, de les encourager à tenir une rencontre au sommet. Cependant, un groupe de femmes des trois pays, le Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix (MARWOPNET) a fait la navette entre les trois nations pour rencontrer leurs dirigeants et pour les inciter à accepter de tenir un sommet.
Ceci a été suivi en août par une réunion à Monrovia des trois ministres des Affaires étrangères. Des signes de détente ont pointé à la veille de la rencontre lorsque le gouvernement Libérien a accepté d'accueillir à nouveau les ambassadeurs guinéen et sierra léonais, qu'il avait déclarés persona non grata au début de l'année.
Les ministres des Affaires étrangères et de la sécurité des trois pays ont tenu ultérieurement une série de réunions dans le dessein de préparer le sommet proposé, qui devait avoir lieu en janvier 2002.
Dans une déclaration le 9 janvier, le Conseil de sécurité a indiqué que ses membres "soulignent l'importance de la stabilité régionale et encouragent des contacts de haut niveau au sein de l'Union du fleuve Mano en vue de l'amélioration des relations entre les payus de la région"
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