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IRIN focalise sur les conflits entre les autochtones et les colons

[Cet article ne reflète pas nécessairement le point de vue des Nations Unies]

Les violences qui ont éclaté le Jour de l'An entre des pasteurs Fulani et des communautés locales dans le Plateau de Mambilla, dans le nord-est du Nigeria, sont les dernières d'une série de conflits violents entre les allogènes et les autochtones, qui ont déchiré le nord et le centre du pays au cours des dernières années.

Des litiges fonciers entre les communautés anciennement établies et les nouveaux arrivants sont la principale cause de l'agitation ethnique et religieuse qui a fait des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés. Les disputes au sujet des terres étaient au centre de la violence entre les Tiv et les Azéris, de langue Haoussa, qui a déchiré l'Etat de Nasarawa en juin. Les accrochages en septembre entre les chrétiens locaux et les musulmans Haoussa-Fulani à Jos, la capitale du Plateau dans le centre du pays, et entre les Tiv et les Jukun dans l'Etat de Taraba en octobre, ont aussi été déclenchées par des disputes similaires.

Reconnaissant ces faits, le président Olusegun Obasanjo a chargé une commission spéciale qu'il a établie en octobre dernier d'enquêter sur les causes des troubles ethniques et religieux, et de s'employer à rechercher une solution aux problèmes posés par la question des allogènes et des autochtones.

Certains analystes font toutefois remonter les problèmes à la nature du Nigéria moderne: une agglomération de nationalités ethniques variées qui doit encore devenir une nation. « Alors que les contacts entre ses 250 ethnies au moins étaient antérieures aux conquêtes coloniales, le Nigéria d'aujourd'hui est un mosaïque de peuples parfois disparates rassemblés par l'empire britannique plus par commodité administrative que pour aucun autre objectif», a souligné à IRIN l'historien Nengi Gbalafuma.

En fait, le Nigéria a été décrit par le politicien Obafemi Awolowo comme une "simple expression géographique ».

Mais quels que soient ses défauts, les héritiers de cette nation-état moderne de plus de 120 millions d'habitants ont eu à faire face au difficile défi de fondre ce kaléidoscope de peuples en une nation cohésive. Cette tâche a été rendue d'autant plus difficile car les ethnies variées ont tenté jalousement de garder leur territoire précolonial. Et la chose dont les dirigeants de l'Etat avaient le plus besoin a fini par devenir celle qui leur manquait cruellement: une définition claire des droits de la citoyenneté.

Avec le retrait du colonialisme dans les années 1950, le Nigéria a été administrativement scindé en trois régions autonomes, correspondant aux sphères d'influence de ses plus grandes ethnies: Haoussa-Fulani dans la région du nord, Yorouba dans la région occidentale, et Igbo dans la région orientale. La région centrale, avec ses 150 minorités ethniques, faisait partie de la région septentrionale, ce qui a donc jeté les fondements du conflit futur.

Les Britanniques ont forgé une solide alliance avec le Caliphat de Sokoto, formé par des chefs de file du jihad Fulani au début du XIXeme siècle, sous leur système de régime indirect qui a cédé l'autorité aux monarques locaux. Par la création de la Région du Nord, le contrôle sur les groupes minoritaires du centre, notamment sur de nombreux groupes qui avaient réussi à résister à la conquête islamique pendant des siècles, est revenu aux émirats. Les dirigeants coloniaux ont aussi activement découragé les activités des missionnaires chrétiens dans le nord, ainsi que l'introduction de l'éducation occidentale.

D'un autre côté, le sud du Nigéria (les régions orientale et occidentale) a acquis l'éducation occidentale relativement tôt, du fait des longues années de contact avec les Européens. Vers le début des années 1950, la plupart des administrateurs aidant les colonisateurs à gérer le service public dans la Région du Nord étaient des gens du sud. Cependant, dès que les régions ont obtenu l'autonomie en 1954, le nord a entrepris une « politique de nordisation », qui a eu pour résultat une purge massive des originaires du sud employés dans la région.

"Entre janvier 1954 et août 1958,
2 148 originaires du sud au total ont été relevés de leurs fonctions du service public dans le nord et ont été encouragés à postuler pour un emploi dans le sud auquel ils appartiennent », écrit Olawale Albert dans son ouvrage récent 'Fédéralisme et restructuration politique au Nigéria ['Federalism and Political Restructuring in Nigeria']. La politique a continué durant les années 1960 et a servi à renforcer le concept de s'accrocher à sa région autochtone à l'exclusion des « étrangers ». « Même dans le cadre des dispositions politiques actuelles », ajoute M. Albert, « il n'existe aucune loi ou politique spécifique qui rende obligatoire pour aucun Etat de la fédération d'employer des 'étrangers' d'autres Etats ».

La division consécutive de la structure en trois régions et la création de nouveaux Etats a non seulement libéré les groupes minoritaires de la région du centre de l'influence immédiate Haoussa-Fulani, mais elle leur a aussi réinculquer le concept de leur propre foyer national, exclusif. Ceci a été accentué par les tendances migratoires des Haoussa-Fulani, qui sont principalement des commerçants et des cultivateurs. Pendant plusieurs décennies, ils ont formé de grandes communautés au sein des habitants originaux de la région centrale. Comme ils ont souvent été plus riches et ont acquis une influence politique supérieure à cette des habitants locaux, le ressentiment n'a pas tarder à croître.

L'une des premières indications signalant que les griefs avaient atteint des niveaux explosifs a été la flambée de violence qui s'est produite en 1992 à Zangon Kataf, dans l'Etat de Kaduna au nord, entre les peuples Kataf locaux et les allogènes de langue Haoussa. Elle a été déclenchée par une tentative des Kataf de réclamer le principal marché de la communauté en le transférant hors du quartier Haoussa.

Au cours des deux années écoulées, ce type de violence entre les allogènes et les autochtones est devenu plus fréquent. Certains analystes voient dans l'introduction du code strict de la chari'a islamique depuis la fin de 1999 par plusieurs Etats du nord du Nigeria à prédominance musulmane Haoussa-Fulani un nouveau catalyseur de tels conflits.

"Avec l'arrivée de la chari'a, les non musulmans sont simplement davantage sur leurs gardes et même le plus léger malentendu pourrait aboutir à la violence », a affirmé à IRIN Wilson Bawa, un spécialiste en sociologie à l'Université de Jos.

D'autres analystes estiment qu'un autre facteur est en jeu: l'avancée du Désert du Sahara en direction du sud. « Une pression accrue s'exerce autour des terres à mesure que les cultivateurs et les pasteurs quittent la ceinture aride et se déplacent plus au sud au-delà du désert vers la savanne du centre de la Guinée », a indiqué à IRIN Usman Bako, qui a fait des études d'agronomie à l'Université de Zaria, dans l'Etat de Kaduna.

Les plus touchés par l'avancée du désert sont les pasteurs fulani qui, durant des siècles, ont librement parcouru le Sahel, plus vert auparavant, à la recherche de pâturage pour leur bétail, a-t-il souligné. A l'inverse des Fulani urbains, qui ont embrassé l'islam, conquis les anciennes cités-états Haoussa, fusionné avec leurs classes dirigeantes et adopté leur langue (jusqu'à devenir indistincts de leurs hôtes Haoussa), les Fulani nomades continuent leur errance.

Et, comme les pâturages ne cessent de s'amenuiser, ils se retrouvent chaque fois plus en conflit avec les communautés agricoles sédentaires.





This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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