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Combats, incendies de réservoirs de carburant et peur à Tripoli

Mohamed Al-Jayer (far right) gives orders to firemen from the main fire brigade in Tripoli.
(IRIN)

La situation est grave en Libye. Depuis plus de quatre semaines, des fumées noires provenant de l'incendie d'un grand dépôt de carburant obscurcissent le ciel au-dessus des têtes des habitants de Tripoli, la capitale. Si la fumée s'est légèrement dissipée depuis juillet, les incendies de réservoirs de carburant, les coupures d'eau et les fréquentes fusillades prouvent que le pays traverse l'une des périodes les plus difficiles depuis la révolution de 2011.

Le feu, qui a touché huit réservoirs contenant 70 millions de litres de carburant, a commencé le 27 juillet, lorsqu'un missile a frappé l'une des cuves.

« Je n'ai jamais vu d'incendies aussi grands en 15 ans de métier, car il ne s'agit pas d'un incendie commun : c'est du pétrole qui brûle et les combats nous empêchent d'entrer sur le site de la compagnie pétrolière Brega [où se trouvent les réservoirs de stockage de carburant] lorsque nous devons intervenir », a dit à IRIN le responsable de l'autorité nationale de sécurité, le colonel Mohamed Al-Jayer.

Le premier réservoir qui a explosé a propagé le feu vers une cuve contigüe et les vents forts ont mis le feu à un troisième réservoir. Alors que les affrontements avec les milices gagnaient en violence, un deuxième missile a enflammé un quatrième réservoir le 1er août. Enfin, quatre autres cuves ont pris feu à cause de la chaleur dégagée par les quatre premiers incendies. Les pompiers ont alors été obligés de se retirer.

Jusqu'à 250 hommes – 150 de l'autorité nationale de sécurité et 100 autres de Brega – ont participé à la tentative d'extinction de l'incendie. Vingt-cinq camions de l'autorité nationale de sécurité et 15 de la compagnie pétrolière ont été utilisés, ainsi que 10 camions-citernes d'une capacité de 20 000 litres d'eau empruntés aux compagnies de distribution d'eau libyennes.

« Nous considérons que les incendies sont maintenant sous contrôle », a dit M. Al-Jayer. Le gouvernement italien avait dit être prêt à envoyer des bombardiers à eau si leur sécurité pouvait être garantie. Or, selon M. Al-Jayer, cela n'aurait fait que propager les incendies. « Aucun autre pays n'aurait pu faire mieux que nous dans des conditions similaires », a-t-il dit. Les pompiers de l'autorité nationale de sécurité et le personnel de Brega tentent maintenant de laisser le feu se consumer de lui-même.

Les combats qui se poursuivent à Tripoli et qui ont fait des centaines de morts au mois d'août ont empêché IRIN de rendre visite à la compagnie pétrolière Brega.

Craintes d'une explosion de gaz

« J'ai peur de sortir de chez moi à cause des fusillades et parce que je crains que les incendies reprennent et provoquent une explosion de gaz », a dit à IRIN une femme de 24 ans qui vit à 3 km du dépôt.

Le dépôt compte 21 réservoirs : 15 pour le pétrole et 6 pour le gaz. Sur les 7 réservoirs de pétrole qui ne sont pas actuellement en flammes, 3 sont pleins et les 4 autres contiennent 15 à 20 millions de litres de pétrole au total.

Le plus inquiétant est que trois des six autres réservoirs contiennent du gaz, à raison de 50 mètres cubes pour deux d'entre eux et 400 mètres cubes pour le troisième. « Je préfère ne pas penser aux conséquences dans l'éventualité où un réservoir de gaz serait directement touché par l'incendie ou par un autre missile », a dit le colonel. Les autorités ont demandé aux habitants vivant dans un périmètre de 5 km autour des incendies de quitter leurs maisons.

De nombreuses boutiques du centre de Tripoli sont fermées par crainte des violences et à cause du départ des travailleurs étrangers et des pénuries de carburant. Brega était l'un des plus grands dépôts de pétrole de Tripoli et les incendies ont déclenché une hausse des prix du pétrole sur le marché noir – de trois dinars libyens (2,45 dollars) les 20 litres de pétrole à 120 dinars (97,72 dollars). Le prix pour 20 litres est cependant redescendu à environ 60 dinars (48,86 dollars) à l'heure actuelle.

Les autorités ont fait parvenir des pétroliers au port pour augmenter l'approvisionnement afin de faciliter les activités commerciales. Certains commerces ont donc rouvert leurs portes cette semaine.

Ayman* est médecin au centre médical de Tripoli. Sa femme a quitté la capitale en juin à cause de l'insécurité (l’édifice du Parlement avait été pillé par des groupes armés en mai). Il a décidé de rester : « parce que c'est mon pays. Je devais aider mon peuple ». Selon lui, les choses sont cependant allées de mal en pis au fil des deux derniers mois. Cette semaine, il a décidé de quitter le pays pour rejoindre sa femme. « À un moment donné, il faut protéger sa propre vie et penser à sa famille », a-t-il dit.

Des combats pour se venger des élections ?

Des brigades des deux plus puissantes villes du pays – Zentan (à 170 km au sud de Tripoli) et Misrata (à 200 km à l'est) – participent aux affrontements armés qui secouent la capitale depuis le 13 juillet. Le 23 août, les combattants de Misrata et leurs alliés islamistes ont pris le contrôle de l'aéroport international, qui était aux mains des Zentanis depuis la mort de l'ancien dirigeant, Mouammar Kadhafi, en octobre 2011.

Les islamistes ont été battus dans l'élection générale du 25 juin, après avoir dominé dans les précédentes assemblées parlementaires. Selon Huda Mzioudet, chercheuse pour l'institut Sadeq, un groupe de réflexion libyen, l'opération militaire « Aube libyenne », coordonnée par la milice de Misrata et les islamistes, était une manière de « punir les électeurs libyens qui ont voté contre les islamistes, qui sont très influents à Misrata ». Les Misratis et les islamistes ont accusé les Zentanis d'être des « Kadhafistes », car la ville avait fait alliance avec des tribus qui soutenaient en grande partie M. Kadhafi pendant la révolution.

Il existe maintenant deux assemblées parlementaires : l'ancien Congrès général national et la Chambre des représentants, récemment élue et reconnue par la communauté internationale. Cette dernière a accusé le Congrès de siéger illégalement, mais le Congrès a répliqué qu'il avait relancé ses activités « pour protéger la souveraineté nationale », selon Omar Hmeidan, porte-parole du Congrès.

La Chambre des représentants, basée à Tobrouk (dans l'est du pays), a déclaré que l'opération « Aube libyenne » était l'oeuvre de « terroristes hors la loi » et a autorisé l'armée nationale à les prendre pour cible. Affaiblie, l'armée n'est cependant pas encore intervenue.

« Si une [force étrangère] tierce intervenait pour essayer de faire cesser les combats [à Tripoli et Benghazi], nous pourrions imaginer que la Libye tombe dans une vraie guerre civile », a dit Mme Mzioudet.

Benghazi, deuxième ville du pays, est également le théâtre de troubles. Des groupes djihadistes, dont la milice islamiste Ansar al-Sharia est la plus connue, et un groupe armé conduit par le général Khalifa Haftar, s'affrontent depuis la mi-mai.

La Chambre des représentants a lancé un appel à l'aide à la communauté internationale le 13 août pour « protéger les civils ». Cet appel est pour l'instant resté sans réponse.

*nom fictif

mg/jj/cb-ld


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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