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Les crises mondiales favorisent la visibilité des dons privés destinés à l’aide

A handful of money, UK sterling coins.
(PlayPennies)

L’augmentation des besoins humanitaires dans le monde – de la crise syrienne aux conflits en République centrafricaine et au Soudan du Sud – pose des défis en matière de financement de l’aide humanitaire et met en lumière l’importance croissante des dons privés en termes de diversité et de flexibilité de la réponse d’urgence, indique un rapport rendu public le 29 avril par le programme d’aide humanitaire mondial du groupe de réflexion britannique Development Initiatives’.

En 2012, les dons privés (les dons du secteur privé /des entreprises privées, les dons individuels ainsi que les dons des fondations et des sociétés, en d’autres termes les dons qui ne sont pas issus des bailleurs publics) représentaient près de 25 pour cent du budget total de l’aide humanitaire. Environ 4,1 milliards de dollars provenaient de sources privées, non étatiques, soit une baisse de 26 pour cent par rapport à l’année 2010, marquée par une levée de fonds record de 5,6 milliards de dollars. Ces chiffres témoignent de l’instabilité du financement privé de l’aide humanitaire qui est généralement plus efficace en cas de catastrophes naturelles que d’urgences complexes.

Les financements humanitaires traditionnels ne suffisent plus pour répondre aux besoins croissants. L’année dernière, les Nations Unies ont connu le plus haut niveau de besoins financiers non satisfaits en réponse à leurs appels depuis dix ans, selon le rapport.

« Si l’on se penche sur l’aide humanitaire, et plus généralement l’aide au développement, les dons privés représentent une somme relativement importante », a dit Chloe Stirk, chargée de plaidoyer à Development Initiatives et auteure du rapport.

« Malheureusement, il n’y a pas de vraie base de données [sur ce type de financement], alors nous avons essayé de quantifier le niveau global de financement humanitaire provenant de particuliers, de fondations, d’entreprises et de sociétés ».

Le rapport, qui a examiné les informations relatives au financement de 75 organisations non gouvernementales (ONG) et de six agences des Nations Unies, a conclu que la majorité des dons privés (82 pour cent) viennent de particuliers. La contribution des fondations, comme la Fondation Bill et Melinda Gates, au financement privé de l’aide humanitaire est d’environ 7 pour cent. Les entreprises privées et les sociétés nationales représentent environ chacune 5 pour cent.

« Les particuliers qui ouvrent leur portefeuille et donnent 10 dollars ou 10 000 dollars deviennent une source majeure de financement humanitaire, en particulier pour plusieurs ONG internationales », a dit Steven A. Zyck, chercheur universitaire au sein du Groupe de travail sur les politiques humanitaires de l’Institut du développement d’outremer (Overseas Development Institute, ODI).

« Aujourd’hui, près d’un quart des fonds alloués à l’aide humanitaire sortent de la poche de donateurs particuliers, et ce chiffre va continuer de croître ».

Selon M. Zyck, l’une des raisons pour lesquelles le financement privé augmente est que les entreprises, et en particulier les entreprises de téléphonie mobile et les sociétés émettrices de cartes de crédit, ont facilité les dons en cas de crise. Il est aujourd’hui aussi facile de faire un don que d’envoyer un message par téléphone. Lorsque les Philippines ont été frappées par un cyclone l’année dernière, le Disasters Emergency Committee (DEC), qui lève des fonds pour 13 ONG internationales basées au Royaume-Uni, a réussi à collecter 155 millions de dollars de dons – dont la quasi-totalité a été versée par le secteur privé.

« Une grande partie de notre argent provient et continue de provenir de dons de particuliers qui répondent, individuellement et collectivement, avec une grande générosité aux urgences survenues à l’étranger qui sont très médiatisées », a dit Brendan Paddy, chef des communications du DEC. Les agences des Nations Unies sont elles aussi plus dépendantes des contributions des donateurs privés, car les budgets publics et institutionnels (comme ceux des institutions multilatérales) sont globalement en baisse, notamment en raison de contraintes budgétaires.

Une baisse de 7 pour cent des financements d’origine institutionnelle a été enregistrée entre 2010 et 2012, et si moins d’un pour cent du budget total de l’aide des Nations Unies en 2008 provenait des financements privés des entreprises, ce chiffre a atteint près de 15 pour cent en 2012, selon le rapport.

Augmentation de la part des financements privés dans les budgets des ONG

La part des financements privés dans les budgets des ONG - qui se sont toujours davantage appuyées sur les dons privés que les Nations Unies – est également en augmentation. Entre 2010 et 2012, la part des financements privés provenant des particuliers dans les budgets des ONG est passée de 78 pour cent à 88 pour cent, selon Development Initiatives.

Médecins Sans Frontières (MSF) – l’une des ONG observées dans le cadre de l’étude – est l’organisation qui a reçu le plus de financements privés en 2102, environ 90 pour cent de ses ressources provenant de fonds privés.

« Pour nous, chez MSF, cela a toujours été important, mais nous avons constaté qu’une part croissante de nos ressources provenait de donateurs privés ces dernières années », a dit Jordi Passola, coordinateur en charge de la collecte de fonds à MSF International. « Je pense que l’élément clé est que nous avons commencé à donner la priorité aux financements privés plutôt qu’aux financements institutionnels, car nous nous sommes rendus compte que cela nous permettait d’être plus réactif pour répondre aux urgences et intervenir de manière indépendante ».

Les avantages par rapport aux bailleurs publics

Contrairement aux sources de financement public, qui imposent en général des contraintes sévères déterminant comment, où et quand l’argent est dépensé, les dons privés sont globalement plus flexibles, plus fiables et à long terme. Cela veut dire que les agences peuvent donner la priorité à certains besoins, qui peuvent ne plus être pris en compte par les gouvernements, et intervenir en l’espace de quelques heures ou de quelques jours, alors qu’il faut parfois des semaines ou des mois pour obtenir une subvention publique.

« Les délais sont plus souples, donc les organisations sont plus libres d’utiliser les fonds issus de dons privés jusqu’à trois ans après une crise, tandis que les subventions institutionnelles sont en général accordées pour une période de 12 mois consécutifs », a dit Mme. Stirk. « Ils [les dons privés] peuvent aussi être utilisés pour combler des lacunes dans les secteurs qui n’ont pas reçu suffisamment de financements publics et qui ont donc davantage de besoins non satisfaits ».

Si certains au sein de la communauté humanitaire ont des doutes sur le rôle du secteur privé, alors ils passent à côté d’une opportunité phénoménale et ils limitent leur efficacité

Après le tremblement de terre de 2010 en Haïti, par exemple, le processus d’appel consolidé (PAC) a été financé à seulement 46 pour cent par les donateurs étatiques en 2012 contre 73 pour cent en 2011. Comparativement, Haïti a été le principal bénéficiaire des dons réalisés par les entreprises privées et les particuliers en 2012.

Insuffisances

Les agences d’aide humanitaire indiquent que l’un des inconvénients des financements provenant du secteur privé est qu’ils ont tendance à être plus volatils. « Les financements privés augmentent plus rapidement lors de ce que l’on appelle une mégacatastrophe, mais ils diminuent aussi bien plus rapidement après une mégacatastrophe », a dit Mme. Stirk.

Elle a indiqué que les donateurs privés sont trois fois moins susceptibles de donner de l’argent pour répondre aux crises chroniques ou liées au conflit que de donner de l’argent pour répondre aux catastrophes naturelles.

« Il est bien entendu beaucoup plus facile de lever des fonds après un tremblement de terre, par exemple … et il peut être très difficile d’expliquer aux gens pourquoi nous avons besoin d’argent pour ces deux types de crise [catastrophes naturelles et urgences complexes] », a dit M. Passola de MSF.

« Mais dans notre cas, notre avantage est que 90 pour cent de nos ressources proviennent en grande partie de particuliers … qui donnent [à un fonds général] de façon régulière. C’est cet argent qui nous permet de réaliser des interventions importantes en RCA, par exemple ».

Besoin de transparence

Les experts indiquent que, étant donné que les financements privés continuent d’augmenter, il est nécessaire que les organisations utilisent l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA) pour publier les renseignements relatifs aux dons privés, comme le font les bailleurs publics. Cela permettra de renforcer la redevabilité, d’améliorer les efforts de coordination de l’aide humanitaire et d’accroître l’efficacité d’utilisation des ressources. Il est difficile d’évaluer le montant des financements versés par les donateurs privés, de connaître la destination exacte des financements et de quantifier l’impact qu’ils ont, en raison du manque de cohérence des rapports.

« A vrai dire », a dit M. Zyck, « la collecte systématique et en temps réel de données reste faible au sein de la communauté humanitaire et cela a entravé l’apprentissage empirique de ce qui fonctionne et des approches plus ou moins économiques pour sauver des vies et atténuer les souffrances ».

Aller de l’avant

Selon les experts, les marchés émergents devraient devenir une source de financements privés plus importante à l’avenir, et plus particulièrement les pays BRIC et MINT [Mexique, Indonésie, Nigeria, Turquie]. Hormis les quelques philanthropes importants de la région du Golfe, la majorité des donateurs privés sont actuellement basés dans les pays occidentaux, a dit M. Zyck. Il a ajouté que le secteur humanitaire doit apprendre à travailleur plus efficacement avec le secteur privé, en particulier avec les entreprises, et à établir des relations solides avec elles – avant qu’un conflit ou qu’une catastrophe ne frappe.

« Si certains au sein de la communauté humanitaire ont des doutes sur le rôle du secteur privé, alors ils passent à côté d’une opportunité phénoménale et ils limitent leur efficacité », a dit M. Zyck.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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