1. Accueil
  2. Asie
  3. Népal

De l’importance des routes au Népal

A group of women working the fields in Banke District in Nepal's Mid-Western Region. About 80 percent of the population is dependent on agriculture as their source of livelihood (June 2012)
Women working the fields in Banke District, mid-western Nepal (June 2012) (Phuong Tran/IRIN)

Alors que plusieurs millions d’habitants des zones accidentées et montagneuses du Népal, touchés par l’isolement, n’ont pas accès aux soins de santé vitaux, aux marchés et à l’éducation, les experts indiquent qu’il est urgent d’investir dans l’aménagement des routes.

Selon la Banque mondiale, environ 7 000 km de routes ont été construites au Népal au cours de la dernière décennie, mais moins de la moitié des habitants ont accès à des routes praticables en tout temps. Des millions de personnes peinent à accéder à une alimentation saine et nutritive dans ce pays qui est l’un des plus dangereux (sur 161 pays évalués par l’organisation non gouvernementale ou ONG Save the Children) pour y soigner un enfant malade en raison de l’accès insuffisant des femmes et des enfants aux soins de santé.

Près de la moitié des 27 millions d’habitants que compte le Népal vivent dans des zones accidentées et montagneuses. Les habitants des montagnes (environ 7 pour cent de la population) ont les indices de développement les plus bas du pays. Le taux national de malnutrition des enfants de moins de cinq est de 41 pour cent ; dans les zones montagneuses, ce taux dépasse les 60 pour cent.

Montagnes et marchés

Selon un rapport rendu public en 2010 par le Programme alimentaire mondial (PAM), les coûts de transport sont l’un des facteurs les plus importants dans la détermination du prix des produits alimentaires dans les zones de montagne et l’accès aux routes est l’élément déterminant de ces coûts. De plus, le gaspillage des denrées alimentaires lors de leur transport, qui est lié à l’absence de routes ou au mauvais état des routes, peut avoir un impact sur la valeur marchande des produits agricoles.

Selon les derniers indicateurs de marché, un kilogramme de riz coûte l’équivalent de 0,38 dollars à Katmandou, mais il peut coûter jusqu’à trois fois plus cher sur les marchés de montagne du district de Dolpa (situé dans la zone de Karnali, à l’ouest du Népal) qui est difficilement accessible par la route.

Bien que le Népal compte 23 029 km de routes et que les chantiers de construction soient en constante augmentation, les experts ont demandé la construction de routes supplémentaires et surtout de routes de qualité.

Selon la dernière étude sur les niveaux de vie des Népalais en 2011, les habitants des zones rurales – et plus particulièrement des zones de collines et de montagnes – ne sont pas satisfaits des routes de la région.

Seulement 12 pour cent des Népalais, y compris ceux qui habitent dans les zones urbaines, considèrent que les routes de leur zone d’habitation sont « bonnes ».

Seulement 42 pour cent des routes népalaises sont bitumées ; les routes restantes sont en gravier – elles peuvent résister aux intempéries - et en terre – elles peuvent être endommagées par les précipitations saisonnières - selon les chiffres fournis par le gouvernement.

Retombées sur la santé

Les trajets sur des terrains difficiles ont été cités par les prestataires de services liés au VIH comme l’une des raisons pour lesquelles les patients ont du mal à respecter leurs régimes de traitement. Il faut parfois plus d’une journée de marche pour atteindre les établissements de soins de santé maternelle en raison du manque ou de la mauvaise qualité des routes dans les zones rurales du Népal ce qui, selon les médecins, peut se révéler fatal.

« Si les femmes ne réussissent pas à se rendre à temps dans un établissement de soins de santé, elles peuvent mourir ou développer une fistule », a dit à IRIN Shirley Heywood, une gynécologue qui travaille dans les zones rurales du Népal depuis dix ans pour l’International Nepal Foundation.

La fistule obstétrique est une maladie causée par un travail prolongé et obstrué ; elle se caractérise par la formation d’un trou dans le canal de naissance et par un écoulement continu de l’urine. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), environ 4 602 femmes népalaises souffrent d’une fistule ; 400 nouveaux cas sont enregistrés chaque année.

« J’ai soigné des patientes qui avaient été portées pendant plus de deux jours pour obtenir un traitement contre la fistule. J’entends tout le temps dire que nous devons augmenter nos capacités en matière de chirurgie de la fistule au Népal, mais je ne pense pas que cela soit le seul problème – la question de l’accès est très importante, et les routes jouent un rôle crucial », a dit Mme Heywood.

Selon les experts, il existe un lien entre le manque d’accès à des routes fiables et les faibles résultats scolaires, et notamment le fait que 35 pour cent des Népalais sont analphabètes.

Les bienfaits de l’accès

« Les routes relient les habitants aux marchés, ce qui s’est traduit par une amélioration des économies locales », a dit à IRIN Marco Cavalcante, responsable des programmes du PAM au Népal.

Les recherches ont montré que les producteurs agricoles bénéficient des routes, car elles leur permettent de réduire les temps de transport entre les fermes et les marchés, ce qui veut dire que la quantité de nourriture gaspillée pendant le transport diminue et que la quantité de nourriture disponible sur les marchés augmente.

La Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont indiqué que les routes bien construites et correctement entretenues jouent un rôle crucial dans la création d’un « environnement public propice » au développement et dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Les routes permettent d’atteindre les populations, ce qui offre d’autres avantages, a souligné M. Cavalcante. « Il existe également une composante protection sociale. Les personnes reliées aux routes peuvent accéder à une meilleure vie – hôpitaux, idées, technologies. Cela n’est pas toujours quantifiable », a-t-il dit.

Une rue à double sens

« La construction de routes ouvre la voie à une communication bidirectionnelle », a dit M. Cavalcante. « Une fois la construction de la route achevée, les populations peuvent accéder aux marchés et aux équipements modernes, aux technologies et les idées ont accès aux populations », ce qui peut avoir des impacts négatifs inattendus, préviennent les experts.

« Les influences extérieures ont un impact sur des aspects importants de la vie des gens et elles peuvent constituer un choc pour le système », a dit Jagannath Adhikari, scientifique agricole et auteur de plusieurs ouvrages sur le développement au Népal, ajoutant que les habitants des villages de la région orientale du Népal ont dit avoir noté que leurs enfants étaient perçus de manière plus positive dans la perspective d’un mariage depuis que leur village était relié à la route.

Un débat engagé en 2012 sur l’utilisation de semences de maïs hybrides fabriquées par Monsanto au Népal a mis en lumière les questions relatives à la prise en charge locale et l’influence des produits étrangers subventionnés sur les agriculteurs des zones rurales.

Selon Ramesh Adhikari, pédiatre, auteur d’une revue de la littérature sur le thème de la nutrition au Népal pour l’Agence des États-Unis pour le développement international, et spécialiste de la région de Karnali, une des zones du pays les plus touchées par l’insécurité alimentaire, « les villages isolés peuvent avoir des indicateurs de nutrition supérieurs à ceux des villages reliés au réseau routier, car le fait de ne pas avoir accès à un marché veut dire que les populations consomment les produits nutritifs qu’ils cultivent au lieu de les vendre ».

Il a ajouté qu’il était crucial que l’aménagement des routes soit associé à l’éducation pour préparer les communautés à bénéficier d’un accès qui leur a longtemps été refusé.

« Ce n’est pas parce que les villages isolés ont des indicateurs de nutrition supérieurs qu’il ne faut pas construire de routes pour eux – cela veut dire que le gouvernement devrait établir des programmes et des politiques d’éducation solides pour réguler les entreprises qui souhaitent vendre des produits aux nouveaux consommateurs à travers le pays », a-t-il conclu.

Au Népal, le PAM conduit des projets de développement de petites exploitations agricoles et de petites entreprises dans les communautés, tout en participant à l’aménagement des routes, pour les préparer à leurs nouveaux niveaux d’accès.

Pour le PAM, « les routes ne sont pas la panacée », elles sont un élément du développement des marchés, des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire – et elles offrent des solutions.

« Autrefois, quand une personne était malade, sa famille devait demander un prêt aux leaders politiques locaux pour pouvoir payer le billet d’avion jusqu’à Katmandou ou tout simplement pour planifier le vol ; aujourd’hui, il y a la route – il y a une concurrence, il y a différentes solutions », a dit M. Adhikari, le scientifique agricole.

Les rapports récents de Jumla, un district isolé de la région de Karnali, ont fait la chronique du déclin de la demande de riz fourni par les donateurs. Les autorités ont attribué cette évolution au fait que le district est désormais relié à une route, ce qui a engendré une concurrence en améliorant l’accès du consommateur à d’autres produits.

kk/ds/pt/cb-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

Help make quality journalism about crises possible

The New Humanitarian is an independent, non-profit newsroom founded in 1995. We deliver quality, reliable journalism about crises and big issues impacting the world today. Our reporting on humanitarian aid has uncovered sex scandals, scams, data breaches, corruption, and much more.

 

Our readers trust us to hold power in the multi-billion-dollar aid sector accountable and to amplify the voices of those impacted by crises. We’re on the ground, reporting from the front lines, to bring you the inside story. 

 

We keep our journalism free – no paywalls – thanks to the support of donors and readers like you who believe we need more independent journalism in the world. Your contribution means we can continue delivering award-winning journalism about crises.

Become a member of The New Humanitarian today

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join