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En Syrie, les maladies se propagent alors que les systèmes WASH se détériorent

A displaced man sleeps in Syria. Many communal shelters are poorly equipped, lacking furniture and access to basic hygiene
(Contributor/IRIN)

Dans la petite ville de Salqin, dans le gouvernorat d’Idlib, au nord-est de la Syrie, trois membres du mouvement rebelle islamiste Ahrar al Sham sont alités, touchés par une maladie contagieuse qui se caractérise par une inflammation des intestins.

« Nous vivons ensemble et maintenant, nous souffrons de la même maladie », a murmuré le commandant de la cellule, Hamza Abdurrahman, la gorge endolorie. « Le médecin nous a dit que nous avions la typhoïde parce que nous avons bu de l’eau sale. »

Le nombre de cas a augmenté ces dernières semaines dans cette région rurale qui borde la frontière turque, a dit M. Abdurrahman à IRIN.

« Il n’y a pas d’eau courante, alors les gens boivent l’eau des puits ou des rivières ». Le seul moyen d’éviter cela est d’acheter de l’eau aux camions-citernes, ce qui coûte très cher. « Il faut payer environ 35 dollars pour remplir le réservoir sur son toit. C’est ce qui pose problème aux pauvres. »

Après deux ans de conflit, les maladies liées à l’eau se multiplient en Syrie, aggravant encore davantage la crise humanitaire. Des cas de typhoïde — une infection causée par la salmonelle — ont été signalés, ainsi que des cas d’hépatite A, une infection virale du foie extrêmement contagieuse.

Selon Elizabeth Hoff, représentante de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Syrie, la propagation des infections s’explique par plusieurs facteurs. L’un d’entre eux est que les pompes à eau ne fonctionnent plus en raison de la pénurie d’électricité et de combustible. L’absence d’eau potable qui en résulte s’accompagne dans certaines régions d’une défaillance presque totale du système d’égout et de gestion des déchets, a-t-elle ajouté.

Les habitants sont donc contraints de boire l’eau des rivières ou des puits, qui peut être contaminée par des matières fécales. La situation est d’autant plus grave que le risque d’infection coïncide avec l’effondrement du système de santé. Selon l’OMS, plus de la moitié des hôpitaux syriens ont subi des dégâts. Plus d’un tiers sont hors service. De nombreux médecins ont quitté les villes assiégées et les médicaments font souvent défaut. 

« Les problèmes s’accumulent, » a dit Mme Hoff à IRIN. « Cette crise aura sans aucun doute des conséquences très graves. »

Hépatite, typhoïde

L’OMS a recensé 800 cas d’hépatite en Syrie et 2 500 cas de typhoïde dans le seul gouvernorat de Deir-er-Zor, majoritairement sous contrôle des rebelles, au nord-est du pays.

À Apamea, une ville d’environ 10 000 habitants du gouvernorat d’Hama, Hasan Hamidi est l’un des deux seuls médecins restants.

« Avant le début du conflit, je diagnostiquais quatre ou cinq cas d’hépatite A par an », a-t-il dit. « Maintenant, c’est quatre ou cinq par jour et la plupart des personnes atteintes sont des enfants ». Lorsque le centre médical où exerçait M. Hamidi a été bombardé, il a ouvert un petit cabinet dans une maison particulière. Le manque d’équipement et de médicaments l’empêche cependant de soigner ses patients.

« Je n’ai pas de médicaments contre l’hépatite A, alors je dois me contenter de dire à mes patients de rester couchés et de suivre un régime faible en gras. »

Les patients atteints d’une forme bénigne de la maladie guérissent généralement, a-t-il dit. Pour les cas les plus graves, par contre, la situation devient souvent critique.

« Le taux d’infection actuel est selon moi un signal d’alarme »

« La ville d’Hama compte plusieurs hôpitaux, mais les gens ont peur de s’y faire arrêter. Alors ils restent là et certains meurent des suites de leur maladie, car ils n’ont pas accès à des soins médicaux. »

Selon le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, près de 70 000 personnes ont été tuées depuis le début du soulèvement en mars 2011. Avec l’escalade du conflit ces derniers mois, les conditions de vie se sont sévèrement détériorées.

Selon une évaluation du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’approvisionnement en eau est tombé à un tiers du niveau d’avant la crise dans les gouvernorats touchés par le conflit.

« La situation est préoccupante et certaines régions sont confrontées à une grave pénurie d’eau », a dit Iman Morooka, porte-parole de l’UNICEF en Syrie. « Dans certaines localités de Deir-er-Zor, par exemple, le pompage de l’eau [pour boire, nettoyer et laver] a baissé de près de 90 pour cent » à cause des combats, des dégâts matériels, des coupures de courant, du manque d’entretien et de la pénurie de combustible et d’électricité.

L’absence ou la mauvaise qualité de l’eau entraînent un risque sanitaire particulièrement élevé pour les enfants, a-t-elle dit à IRIN. Le nombre croissant de déplacés, qui atteint actuellement les deux millions, aggrave le problème, car nombre d’entre eux vivent dans des abris surpeuplés sans accès à un assainissement de base.

Pénurie de produits de traitement de l’eau

Même l’eau du robinet est devenue dangereuse pour la santé depuis que la production de produits chimiques de traitement de l’eau a pratiquement cessé. Dans certaines régions, les principales sources d’eau sont contrôlées par l’opposition et les autorités compétentes n’y ont donc pas accès, ne serait-ce que pour les analyser et les purifier.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) fournit des produits de traitement de l’eau aux gouvernorats et approvisionne certaines zones par camion-citerne jusqu’à ce que des solutions plus durables soient mises en place.

Selon Mme Morooka, l’UNICEF « privilégie [actuellement] les interventions dans le domaine de l’eau et de l’assainissement ». L’agence vient de commencer à importer du chlore pour pouvoir fournir de l’eau potable à 10 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population syrienne.

Leishmaniose

Le nombre recensé de personnes malades est probablement inférieur à la réalité : l’accès aux populations étant limité, l’OMS doit se baser sur les informations fournies par les organisations non gouvernementales locales. Selon les données disponibles, Deir-er-Zor serait le gouvernorat le plus touché. La leishmaniose fait partie des maladies signalées dans la région. Il s’agit d’une infection de la peau transmise par le phlébotome qui provoque des ulcères semblables à la lèpre.

« Dans les milieux ruraux, les déchets s’entassent et les eaux usées se déversent dans les cours d’eau et élargissent les marécages qui bordent les villages. C’est pourquoi les insectes se multiplient », a dit Amer, un journaliste de Deir-ez-Zor. « Avant, le gouvernement drainait les marécages. Plus personne ne s’en charge maintenant. »

Amer a dit qu’il s’était rendu récemment dans un centre médical pour soigner une éruption cutanée. Les médecins lui ont dit qu’ils recevaient sept nouveaux cas de leishmaniose par jour, dans ce seul dispensaire.

Selon l’OMS, « la leishmaniose est une maladie de la pauvreté. Elle sévit parmi les populations déshéritées et elle est associée à la malnutrition, aux déplacements de populations, au mal-logement, à l’analphabétisme, à la discrimination entre hommes et femmes, à l’affaiblissement du système immunitaire et au manque de ressources [...] Les épidémies se propagent particulièrement dans des situations de famine, d’urgences complexes et de déplacements massifs de populations. »

« L’État a suspendu tous les programmes de vaccination et les médicaments sont trop chers pour la population », a dit Amer. « Tout le monde est pauvre maintenant et tout le monde vit dans cet environnement insalubre. »

Selon Mme Hoff, de l’OMS, ce qui a favorisé la propagation de la leishmaniose, c’est que les personnes déplacées l’ont transmise aux habitants des villes, où la maladie ne s’était encore jamais déclarée. Qui plus est, les risques sanitaires pourraient augmenter encore davantage à mesure que le temps se réchauffera, a-t-elle averti.

« Pour l’instant, c’est la saison froide, mais la température va vite monter et le taux d’infection actuel est selon moi un signal d’alarme. »

gmk/ha/cb-ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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