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L'accord yéménite n'apporte que peu de réconfort

Militant in Abyan, Yemen
Militant in Abyan, Yemen (May 2012) (Casey Coombs/IRIN)

Avec les rebelles du nord revendiquant Sana'a, la capitale, et les combattants d'Al-Qaïda multipliant leurs attaques dans le sud, il est probable que la crise sécuritaire traversée par le Yémen perdure, de l'avis des experts. Tandis qu'un nouvel accord passé entre les rebelles houthis et le gouvernement pourrait avoir temporairement apaisé les craintes d'une guerre civile totale, il y a peu de chances que les crises politique, sécuritaire et économique du pays ne se calment, ce qui fait craindre aux grandes ONG que les besoins humanitaires n'augmentent.

Le pays le plus pauvre du monde arabe est miné par l'insécurité depuis le soulèvement de 2011 ayant entraîné la chute du président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir de longue date. Les Houthis, implantés dans le nord du pays le long de la frontière avec l'Arabie Saoudite, revendiquent davantage d'autonomie, tandis qu'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), dont le centre du pouvoir se trouve dans le sud, enregistre un nouvel essor.

Cette année, les Houthis - qui ont combattu le régime de Saleh entre 2004 et 2010 dans ce qui était effectivement une guerre civile affectant le nord du pays - ont enchaîné les victoires militaires contre les milices tribales et sunnites islamistes dans la province d'Amran, qui sépare Sana'a de Sa'dah, le fief houthi.

Depuis le 18 août, Sana'a voit affluer des sympathisants du mouvement al-Houthi suite à un discours de leur dirigeant, Abdelmalek al-Houthi, appelant le gouvernement à passer la main et à revenir sur sa décision de réduire les subventions sur les carburants qui s'est traduite par une flambée des prix de l'ordre de 95 pour cent. Les affrontements avec les milices tribales et sunnites islamistes ont éclaté un mois plus tard, et il semblerait que la capitale échappe au contrôle du président Abd Rabbu Mansour Hadi, le successeur de M. Saleh.

Le 21 septembre, dans un accord salué par les puissances étrangères, des représentants du gouvernement et la classe politique yéménite ont ratifié un accord avec les Houthis. Cet accord, dont l'objectif premier était le retrait des campements houthis installés dans le centre et en périphérie de la ville, exige finalement du groupe qu'il retire ses milices de Sana'a et des provinces voisines. Les Houthis ont approuvé le corps de l'accord, qui prévoit une réduction des prix du carburant et leur offre un rôle plus important dans le choix du nouveau gouvernement. Ils ont toutefois refusé en dernière minute de signer l'une des dispositions détaillant un plan de retrait et de désarmement progressif, laissant planer le doute : leurs forces vont-elles se retirer, et si oui, quand ?

Bien que l'accord ait apaisé les craintes d'une guerre civile totale au terme de sept jours de violences, Sana'a se trouve toujours aux mains d'une milice efficace et lourdement armée. De la même manière, l'accord de paix n'a pas mis fin aux affrontements entre Houthis et milices rivales dans les provinces septentrionales de Mareb et d'Al Jawf - une situation qui s'accompagne de conséquences humanitaires.

« À court terme, les affrontements ininterrompus à Al Jawf et Marib impliquent plus de familles déplacées, d'écoles occupées et d'enfants entraînés dans le conflit », a dit Julien Harneis, le représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Yémen, à IRIN.

Un terrain fertile pour Al-Qaïda

Les événements de Sana'a pourraient avoir de lourdes conséquences dans la lutte que le gouvernement aux abois mène contre AQPA dans le sud du pays. Ces derniers mois, le groupe - une branche locale virulente de la fameuse organisation terroriste - a durci son discours et redoublé d'activité, faisant au moins 20 victimes dans des attaques visant des avant-postes militaires.

L'armée a lancé une vaste campagne contre AQPA plus tôt cette année, sans grand succès ; l'offensive n'est pas véritablement parvenue à affaiblir le groupe, qui a même consolidé sa présence dans la province de Hadramawt, à l'est.

Il est également à craindre que le coup de force des Houthis incite les islamistes sunnites d'AQPA à redoubler de violence à Sana'a dans un désir de riposte contre le groupe chiite.

À la mi-septembre, un dirigeant régional d'Ansar al-Sharia, une composante d'AQPA très active sur le terrain, a annoncé que le groupe asseyait sa présence à Sana'a en préparation d'un affrontement avec les Houthis.

Des responsables gouvernementaux ont dit que la lutte et les affrontements contre les rebelles houthis avaient distrait l'armée - qui est affaiblie et divisée - du combat. « Je pense que les salafistes et Al-Qaïda en profiteront pour renforcer leur présence à Sana'a ; ce serait logique pour eux », a dit un haut fonctionnaire. « Al-Qaïda attaque l'armée et l'Organisation de sécurité politique [les services secrets yéménites]. C'est un bon environnement pour l'Al-Qaïda. »

Ibrahim Sharqieh, expert en résolution des conflits spécialiste du Yémen auprès de la Brookings Institution à Doha, pense que la dynamique des crises auxquelles le pays est en proie se complexifie et devient de plus en difficile à résoudre.

« Nous sommes actuellement en train de générer un certain nombre de nouvelles causes et de crises plus profondes au Yémen, qui modifient le contexte », a-t-il dit. « Une escalade du conflit là où la méfiance est grande et où les partenaires intensifient leurs pratiques modifierait les relations de collégiales à plus adverses, ce qui changerait la dynamique au Yémen et rendrait la situation difficile à résoudre. »

Dégradation de la situation humanitaire

Une intensification des violences ne ferait qu'alourdir des besoins humanitaires déjà importants. En 2011, l'économie a enregistré une contraction de 10,5 pour cent, avec d'après le Fonds monétaire international, avec pour conséquence des taux de chômage et de pauvreté supérieurs à 50 pour cent qui se maintiennent obstinément à ce niveau depuis. Les besoins humanitaires préexistants se sont donc aggravés ; les niveaux de malnutrition infantile du pays comptent parmi les plus importants du monde.

« En bref, si la crise actuelle perdure, il faut s'attendre à des problèmes humanitaires à court terme et à des problèmes de développement à long terme », a dit M. Harneis d'UNICEF. À court terme, a-t-il ajouté, il convient de s'atteler aux lents progrès enregistrés par le gouvernement pour faire face aux besoins humanitaires.

« La crise ralentit également le travail du gouvernement concernant les nombreuses réformes dont le Yémen a besoin », a-t-il dit. « Par exemple, le Fonds de protection sociale du gouvernement verse de modestes allocations aux 60 pour cent de la population vivant sous le seuil de pauvreté. C'est un outil éprouvé qui aide les familles à acheter de quoi se nourrir et à maintenir leurs enfants à l'école. Toutefois, nombreux sont les Yéménites les plus démunis à ne pas encore être couverts par le Fonds de protection social. »

« Nous travaillons avec le gouvernement et la Banque mondiale pour étendre la couverture du Fonds, mais avec la crise actuelle il est difficile de continuer à se focaliser sur cette question fondamentale. Ceci étant dit, le gouvernement fait de son mieux », a dit M. Harneis.

Ps/jd/cb-xq/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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