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Restaurer le récif corallien pour sauver des vies et des moyens de subsistance

Coral reef. For generic use
(USFWS/Jim Maragos)

Un rapport récent suggère que la préservation et la restauration des récifs coralliens pourraient être l’un des moyens les plus économiques et les plus efficaces de lutter contre l’érosion des côtes et les inondations. « Les récifs coralliens peuvent être une première ligne de défense efficace et ces qualités sont essentielles pour de nombreux pays », indiquent les auteurs du rapport.

Les récifs coralliens peuvent réduire l’énergie houlomotrice de 97 pour cent en moyenne, est-il souligné dans le rapport.

À l’échelle de la planète, 197 millions de personnes vivent à une altitude inférieure à 10 mètres et à moins de 50 km d’un récif, et sont donc susceptibles de profiter de la réduction des risques induite par ces derniers. Pour plus de la moitié, ces personnes vivent à moins de 10 km du récif le plus proche.

« En termes d’efficacité, les récifs coralliens peuvent assurer une réduction de l’énergie houlomotrice comparable ou supérieure à celle des structures artificielles conçues pour protéger les côtes, telles que les digues peu élevées », font observer les auteurs. « Nous estimons que la restauration des récifs est une option nettement plus économique que la construction de digues artificielles en environnement tropical. »

L’Indonésie, l’Inde et les Philippines sont les pays auxquels une protection des récifs profiterait le plus. À eux trois, ils totalisent 100 millions de personnes bénéficiant de la réduction de l’énergie houlomotrice offerte par les récifs coralliens.

Le Kenya, un pays menacé

Dans un pays comme le Kenya, où un million de personnes bénéficient de la réduction des risques induite par les récifs coralliens, des efforts sont requis en matière de recherche, de sensibilisation et d’investissement pour protéger les récifs qui ourlent la côte.

« Les régions de basse altitude, à l’instar des comtés de Lamu et du fleuve Tana, sont de plus en plus sujettes aux inondations et à l’intrusion d’eau saline », a dit à IRIN Judy Wakhungu, le ministre kenyan de l’Environnement, de l’Eau et des Ressources naturelles.

Le gouvernement évalue à 2,2 mm la montée annuelle des eaux du Kenya du côté de l’océan Indien.

Un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met également en garde contre les risques de submersion de certaines parties de la côte kenyane d’ici deux décennies sous l’effet de l’élévation du niveau des océans.

À Mombasa, jusqu’à 266 300 habitants et 1,68 milliard de dollars en actifs économiques sont menacés du fait de niveaux marins exceptionnels.

« On observe d’ores et déjà les signes d’une submersion du littoral et d’une érosion engendrée par les vagues à Watamu et Ngomeni, sur la côte nord », a dit M. Wakhungu. « Cela pourrait engendrer la perte d’habitats, et mettre en péril les communautés établies au bord de l’océan. »

Dans ce type de régions, le gouvernement doit ébaucher des lois et travailler en concertation avec d’autres pays pour empêcher que la dégradation du littoral ne se poursuive, a dit à IRIN John Recha, spécialiste de programme auprès du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR, en anglais) et du Programme de recherche sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS, en anglais).

« Nous devons consolider les politiques et programmes locaux et nationaux pour améliorer la qualité des eaux côtières et la protection des bassins versants dépendants des récifs coralliens », a-t-il dit.

« En outre, plus doit être fait pour étendre les zones de protection marine entourant les récifs, et pour multiplier les collaborations entre pays en vue de promouvoir de tels efforts dans leurs régions. »

Le respect de la réglementation fait toutefois partie intégrante du problème, a expliqué M. Recha. « Les règles existantes régissant les pratiques en matière de protection du littoral ne sont guère appliquées. »

Faible tolérance à la pollution

La fourchette de tolérance des récifs coralliens est très restreinte s’agissant de la température, de la salinité et de la clarté de l’eau, rapporte l’Agence américaine de protection de l’environnement. Si les récifs ont tendance à se relever des chocs de courte durée (tremblements de terre, tempêtes, etc.), l’exposition à des facteurs de stress à long terme (écoulements agricoles ou industriels, eaux usées ou niveaux accrus de sédiments) peut leur être fatale.

« La meilleure façon de faciliter la restauration et la croissance du corail serait d’adopter une approche écosystémique à grande échelle en matière d’adaptation et de gestion des ressources naturelles, en régulant le flux des sédiments et des polluants, la pêche et les activités touristiques qui affectent directement les récifs coralliens au niveau local », a dit Michele Leone, chargé de programme pour la recherche collaborative auprès du Centre de recherche canadien pour le développement international (CRDI), à IRIN par email.

« Nous devons conduire une évaluation complète des vulnérabilités, sans nous limiter aux projections relatives à la montée du niveau de la mer. Nous avons également besoin d’améliorer la planification urbaine participative et les infrastructures de drainage, en particulier dans les zones d’habitation informelles », a-t-il ajouté.

Des récifs améliorés

Dans le même temps, les scientifiques travaillent au développement de nouvelles méthodes permettant de créer des récifs plus résilients. Steve Palumbi, un biologiste de la vie marine de l’université de Stanford, tente ainsi de créer des récifs améliorés capables de supporter les températures plus élevées induites par le changement climatique.

S’inspirant des récifs coralliens présents le long des côtes des Samoa américaines - qui peuvent supporter des températures nettement supérieures à la moyenne, jusqu’à 35 degrés Celsius -, M. Palumbi et son équipe lanceront en août un projet de restauration expérimental utilisant des récifs qui, espèrent-ils, résisteront à la chaleur et à l’acidité de l’eau.

« La restauration du corail a toujours été un processus très coûteux, lent et inefficace », a dit M. Palumbi. « Notre objectif est de trouver comme s’y prendre de manière plus intelligente. »

Ces recherches n’en sont qu’à leurs balbutiements, et de nombreux observateurs s’inquiètent d’une dérive possible vers des récifs génétiquement modifiés susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement. Cependant, l’idée de mettre la technologie au service d’une accélération du processus de restauration des récifs a du potentiel et pourrait, à long terme, servir à protéger les communautés et les aider à faire face à l’érosion côtière et aux inondations.

Pour l’heure, les auteurs du rapport plaident en faveur d’une révision de notre approche de la préservation des récifs afin d’optimiser la réduction des risques.

« Alors que les efforts de conservation visent le plus souvent des récifs reculés, nos conclusions suggèrent que nous devrions nous concentrer sur les récifs plus proches des populations, qui bénéficieraient ainsi directement de la gestion et de la restauration des récifs », ont-ils dit.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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