1. Accueil
  2. Asie
  3. Philippines

Ferdinand Quieta : « nous ne savions pas que l’eau pouvait tuer »

Ferdinand Quieta, 42, and his wife lost all four of their children in the category 5 storm, Typhoon Haiyan, that hit the central Philippines on 8 November. He holds a picture of his five-year-old daughter who has been buried with her siblings in a small p
Ferdinand Quieta with a photo of his five-year-old daughter (Phuong Tran/IRIN)

Deux mois plus tôt, à presque 7 heures du matin, les 21 membres d’une famille étaient rassemblés dans la maison de la matriarche de 84 ans sur l’île de Leyte, au centre de l’archipel des Philippines, pour se protéger d’une « onde de tempête ». Personne ne comprenait ce que cet avertissement signifiait. Ils connaissaient les dégâts causés par le vent lors d’un typhon, mais pas la combinaison meurtrière du vent et de l’eau.

Dans la communauté de l’arrière-grand-mère, ou « barangay » (quartier) de Mohon dans la ville de Tanauan, à environ 20 km au sud de Tacloban, plus de 130 habitants – soit près de 10 pour cent de la population – ont péri ce jour-là. L’eau a déferlé, détruisant la porte d’entrée, et seules quatre des 21 personnes qui s’étaient réfugiées dans la maison ont survécu.

La matriarche avait survécu à l’âge de huit ans à une tempête similaire en 1937, ainsi qu’à l’invasion japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale. Une fois encore, c’est une rescapée, mais ses arrière-petits-enfants se sont noyés.

Le typhon s’est approché de l’île, poussant violemment l’eau de mer dans la baie de San Pedro, ce qui a créé une onde de tempête de presque cinq mètres de haut. Au fond de la baie se trouve la ville de Tacloban, la capitale régionale, qui abritait 221 000 habitants lors du recensement de 2010.

Un expert a qualifié l’évènement de « malheureuse combinaison de facteurs météorologiques et géographiques ».

Après la mort de ses quatre enfants, M. Quieta tente de sauver ce qu’il reste de sa maison et n’a toujours pas repris le poste qu’il occupe dans une entreprise privée. Des chaussures, des médicaments périmés, des photos encadrées, un banc, un jouet ; chaque objet sauvé lui rappelle ses enfants. Sa femme a repris le travail pour ne pas être submergée par les souvenirs de leur ancienne vie.

Des amis de l’université de sciences agricoles, où M. Quieta et sa femme ont étudié, ont apporté des outils électriques et des générateurs pour les aider à reconstruire leur maison. Le post sur les réseaux sociaux d’un autre ami de M. Quieta sur la perte subie leur a permis de recevoir un bloc d’alimentation solaire portatif, envoyé depuis l’État américain du Nebraska, à plus de 12 000 km de là, par un professeur membre d’une ONG locale.

Partout aux Philippines, des maisons détruites, des tas de ferraille déchiquetés et des cocotiers abattus rappellent les dégâts matériels. Le processus de reconstruction, estimé à huit milliards de dollars par le gouvernement, devrait prendre quatre ans. Quant au processus de reconstruction après un deuil, les experts en santé publique affirment que sa durée n’est pas aussi claire… ni linéaire.

« Nous ne savions pas que l’eau pouvait tuer », a déclaré Ferdinand Quieta, 42 ans.

« Les enfants voulaient être avec leurs cousins et leur arrière-grand-mère. Notre fille de 11 ans nous a dit qu’elle s’occuperait de ses frères et sœurs, et que sa mère devait rester avec moi, car j’étais encore dans notre maison. Pensez-vous que les enfants ont des prémonitions ? »

« Le dimanche [trois jours] avant que le typhon ne frappe, notre fille de cinq ans a fait un dessin où elle et ses trois frères et sœurs étaient ensemble d’un côté de la page, et nous, de l’autre côté. Quand je lui ai demandé pourquoi elle l’avait dessiné ainsi, elle a simplement répondu que les enfants allaient partir et que je devais garder le dessin, car nous nous retrouverions tous un jour. Je ne comprenais pas de quoi elle parlait. »

« Je ne sais pas pourquoi je suis toujours en vie. Pourquoi ils sont partis. Il n’y a personne pour dire "bonjour maman, bonjour papa". Personne pour nous faire de câlin avant d’aller dormir. C’étaient de si bons enfants. »

« Étrangement, mon fils de huit ans aussi, avant même que sa sœur ne nous donne ce dessin, a demandé à sa mère ce qu’elle ferait si tous ses enfants mouraient. »

« Elle a répondu qu’elle se suiciderait. »

« Il a dit qu’elle ne devrait pas, car après les enfants iraient au paradis et nous serions en enfer, comment pourrions-nous alors tous nous revoir un jour ? »

« La vie doit continuer, même si nous ne comprenons pas pourquoi nous sommes toujours là. »

pt/he-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

Hundreds of thousands of readers trust The New Humanitarian each month for quality journalism that contributes to more effective, accountable, and inclusive ways to improve the lives of people affected by crises.

Our award-winning stories inform policymakers and humanitarians, demand accountability and transparency from those meant to help people in need, and provide a platform for conversation and discussion with and among affected and marginalised people.

We’re able to continue doing this thanks to the support of our donors and readers like you who believe in the power of independent journalism. These contributions help keep our journalism free and accessible to all.

Show your support as we build the future of news media by becoming a member of The New Humanitarian. 

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join