L’externalisation ouverte de la santé en milieu rural

Une campagne est actuellement menée sur Internet pour collecter des fonds afin de financer des interventions médicales sur des patients des zones rurales népalaises. Selon les professionnels de la santé publique, cette méthode sensibilise les donateurs et renforce la redevabilité du personnel médical.

Nyaya Health, une organisation à but non lucratif qui dirige un hôpital dans le district d’Achham, dans la région de développement Extrême-Ouest du Népal, à quelque 422 km de la capitale, Katmandou, a créé en 2013 un site Internet décrivant les besoins médicaux urgents de certains patients et permettant aux internautes de financer par des dons une partie de l’intervention. 

« Je ne crois pas qu’il soit nécessaire que toutes les personnes qui s’intéressent à la santé mondiale investissent de cette manière, mais je pense qu’il est impérieux d’augmenter la proportion de personnes désireuses de comprendre les difficultés auxquelles les malades et les pauvres sont confrontés dans le monde entier », a dit à IRIN Mark Arnoldy, directeur général de Nyaya Health.

Selon les praticiens, ce modèle, baptisé « crowd fund health » (externalisation ouverte de la santé), pourrait transformer l’idée que le grand public se fait de la pauvreté et de la santé et renforcer la redevabilité des fournisseurs de soins de santé.

« Les histoires personnelles et les sommes plus petites nécessaires pour avoir un impact semblent attirer les donateurs », a dit Jon Sotsky, directeur de stratégie et d’évaluation de la fondation américaine Knight, en citant des informations empiriques sur les tendances en matière de collecte de fonds par externalisation ouverte. M. Sotsky a fait référence au rapport 2013 de la fondation Knight, qui étudie l’émergence des « technologies citoyennes » et mentionne notamment certaines campagnes de financement en ligne.

Prise en charge intégrale

Saroj Dhital, chirurgien fondateur du Public Health Concern Trust, un organisme népalais à but non lucratif oeuvrant dans le domaine de la santé, a visité l’hôpital Nyaya d’Achham fin 2013. « Un homme d’environ soixante-dix ans se trouvait là, délirant, avec le pied droit gangréné et nauséabond. Il avait mis quatre ou cinq jours pour se rendre à pied [à l’hôpital] », a-t-il relaté peu après son arrivée. L’équipe chirurgicale a réussi, après une opération éprouvante et compliquée, à amputer la jambe de l’homme, mais ce n’était qu’un début. 

« La partie mécanique des soins était faite, mais de nombreuses questions restaient en suspens. Il ne s’agissait pas seulement de sa réadaptation, de sa nutrition, du contrôle de son diabète. La notion même de soins de santé pose d’importantes questions et problèmes », a-t-il dit en citant le cas d’une femme touchée par la bactérie dévoreuse de chair qui nécessitait une opération chirurgicale.

L’équipe a opéré et sauvé le membre affecté, mais selon M. Dhital, « Cela va prendre du temps. Cela va accaparer des ressources. [Le traitement] implique qu’elle et son pauvre mari restent à l’hôpital, loin de leur petit village de Bajura où leurs quatre enfants sont restés, sans rien à manger. »

M. Arnoldy, de Nyaya, considère l’externalisation ouverte comme une étape vers la prise en charge intégrale des pauvres. « Le plus important pour nous, les fournisseurs de soins de santé, c’est que l’externalisation ouverte est bien plus qu’une nouvelle source de financement », a-t-il dit.

« Les critères inhérents à ce modèle – à savoir que les patients soient identifiables [...] et les coûts transparents – nous ont conduits à créer un nouveau réseau national d’aiguillage au Népal », a-t-il dit avant d’ajouter que les coûts des cas présentés par la campagne de Nyaya Health comprenaient toute la prise en charge, du diagnostic aux soins de suivi.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’aiguillage – c’est-à-dire ce qui arrive lorsqu’un patient quitte l’hôpital après un premier diagnostique avec des instructions concernant le suivi – est souvent l’un des points faibles des systèmes de santé des pays en développement. Dans certains cas, moins d’un quart des patients aiguillés se soumettent réellement à un suivi. 

Apprentissage par la pratique

Le site Internet de Nyaya a permis de collecter des fonds pour 86 opérations urgentes en 2013 et l’équipe a beaucoup appris au cours de ce processus. « Nous faisons de notre mieux pour estimer les coûts, puis nous affinons nos estimations sur la base de notre expérience », a dit le docteur Duncan Maru, cofondateur et chef de programme de Nyaya.

La philosophie de stricte transparence de l’organisation facilite la communication avec les bailleurs de fonds individuels et améliore l’efficacité. « Nous pouvons maintenant identifier un patient, obtenir son assentiment pour participer et publier son histoire en ligne pour commencer la collecte de fonds en moins d’une journée », a dit M. Maru. 

Entreprise émotionnelle, changement pratique

« Ce modèle d’investissement direct dans les soins de santé pour un autre être humain rend la santé plus accessible pour une grande partie de la population à l’échelle mondiale », a dit Arnoldy.

« Les organisations attirent-elles de nouveaux bailleurs de fonds avec cette méthode, ou fournissent-elles simplement aux membres de leurs réseaux un autre moyen de les aider ? » s’est demandé M. Sotsky, de la fondation Knight. La question est de savoir comment ce modèle peut fonctionner pour toutes les organisations qui l’utilisent et, si les résultats peuvent être positifs dans les deux cas, il est important pour les campagnes de comprendre leur portée, a-t-il dit.

Depuis quelques années, M. Dhital examine ses patients des zones rurales par le biais de vidéos sur Internet. « Pour moi, l’externalisation ouverte est un mouvement de partage motivé par la compassion », a-t-il dit. Il estime que ce modèle pourrait participer à résoudre certaines des faiblesses du secteur du développement, qui injecte près d’un milliard de dollars chaque année au Népal. 

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