Inverser la tendance à la baisse de l’aide au développement

Aid policy. Donors. For generic use
(VladKol/Shutterstock)

On estime que l’aide en provenance des 15 principaux donateurs – qui font tous partie du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – atteindra 127 milliards de dollars d’ici la fin 2013, renversant les déclins enregistrés au cours des deux dernières années, selon les projections du Centre de politique de développement de l’Université nationale australienne.

Cela représente une augmentation de moins de 1 pour cent en 2012. On peut en grande partie attribuer cette hausse au respect, par certains donateurs, de l’engagement de consacrer 0,7 pour cent de leur revenu national à l’aide au développement d’ici 2015, une promesse faite par 15 gouvernements européens en 2005. Le Royaume-Uni a promis d’honorer cet engagement, acceptant d’augmenter la part du revenu national brut (RNB) de 0,56 pour cent à 0,7 pour cent, ce qui représente une hausse de 3,7 milliards de dollars.

« On peut seulement spéculer [sur les raisons], mais... la théorie qui prévaut actuellement est que l’engagement [du Premier ministre du Royaume-Uni] David Cameron en matière d’aide à l’étranger s’inscrit dans le développement d’un nouveau style de conservatisme, plus empathique », a dit Robin Davies, directeur adjoint du Centre de politique de développement et co-auteur du rapport. « Jusqu’à présent, nous n’avons aucune raison de douter du fait qu’il [le Royaume-Uni] atteindra son objectif de dépenses, mais planifier le versement de 3,7 milliards de dollars supplémentaires en une seule année n’est pas une mince affaire », a-t-il ajouté.

Sans cette augmentation de l’aide accordée par le Royaume-Uni, l’aide mondiale aurait probablement diminué de 3 pour cent en 2013, car la plupart des donateurs membres du CAD ont réduit les sommes qu’elles consacrent à l’aide. Il y a cependant quelques exceptions, notamment l’Italie, la Suède et la Suisse.

On s’attend par exemple à ce que les États-Unis aient réduit de 1,7 milliard de dollars le montant consacré à l’aide mondiale en 2013, et les Pays-Bas, de 1,23 milliard de dollars, à la suite des coupes d’austérité appliquées à la fin 2012.

Les chercheurs ont basé leurs prédictions en matière d’aide sur ce que les 15 principaux bailleurs de fonds ont promis de verser cette année par rapport aux dépenses prévues à la même époque l’an dernier. Ces donateurs versent environ 95 pour cent de l’aide officielle au développement.

Sources hors CAD

D’après M. Davies, la baisse globale de l’aide mondiale sera assez faible même si le Royaume-Uni n’atteint pas son objectif de dépenses. En effet, il est fort probable qu’une augmentation de l’aide provenant des organisations non gouvernementales (ONG) et des donateurs émergents ne faisant pas partie du CAD, ainsi que les contributions provenant de sources multilatérales, qui mettent souvent un certain temps à « filtrer à travers le système », compenseront toute baisse significative des sommes consacrées à l’aide mondiale.

L’aide provenant de donateurs ne faisant pas partie du CAD, comme les bailleurs de fonds émergents et les ONG, a augmenté chaque année de plusieurs milliards de dollars en moyenne, atteignant 43 milliards de dollars en 2011 (contre 133,9 milliards en provenance des donateurs membres du CAD). Ces chiffres ne sont toutefois que des estimations, car de nombreux donateurs émergents ou privés ne rendent pas officiellement compte des sommes versées.

Entre 2000 et 2010, le montant de l’aide mondiale provenant de l’ensemble des donateurs du CAD a augmenté de plus de 60 pour cent. Selon M. Davies, cette hausse est liée à l’adoption des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui a donné lieu à « une description beaucoup plus efficace des objectifs et des réalisations de l’aide ». Cette croissance est aussi associée à la prospérité relative qui prévalait dans la plupart des pays de l’OCDE avant la crise financière mondiale, qui a créé un terreau fertile pour la mise en place de campagnes sociales efficaces en faveur de l’aide, et aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, qui ont « remis l’accent sur l’importance géostratégique de l’aide », a-t-il dit.

Selon le Centre de politique de développement, les pays affectés par une crise économique mettent généralement une dizaine d’années à s’en remettre. En d’autres mots, il est peu probable que le monde assistera à une nouvelle augmentation de l’aide mondiale au cours des années à venir.

« Il semble vraisemblable de penser que l’aide mondiale reprendra sa tendance baissière en 2014, perdant peut-être quelques points de pourcentage par année pendant plusieurs années », a dit M. Davies.

On ne s’attend pas à ce que l’aide retrouve le niveau record atteint en 2010 jusque bien après 2014.

Si cela se produit, il est fort probable que les fonds accordés à des opérations facultatives à court terme, comme les interventions d’urgence, diminueront, a conclu M. Davies.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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