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Soigner en dépit de l'adversité à Tissi, au Tchad

A MSF nurse stabilizes a patient at hospital in Tissi town prior to medical evacuation of the patient to ICRC surgical facility in Abéché. The town of Tissi is located in the remote south east region of Chad where MSF has set up an emergency response to
(Ritu Gambhir/MSF)

Les organisations humanitaires présentes dans la région de Tissi, dans le sud-est du Tchad, sont confrontées à de nombreux obstacles dans l'exercice de leur mission. Parmi ces obstacles figurent l'éloignement géographique, la proximité de deux régions frontalières instables, les intempéries et les routes impraticables.

Les besoins de soins de santé ont augmenté au sein de la population croissante de la région, ce qui a poussé les organisations humanitaires à mettre en place des installations d'urgence.

« Nous avons essayé avec des véhicules Land Cruisers, des motos, des bateaux, des charrettes tirées par des chevaux et des pirogues en papyrus. Il est très difficile d'apporter de l'aide dans les zones marécageuses. Pendant la saison des pluies, tout est inondé », a déclaré à IRIN Jason Mills, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) au Tchad.

Mais la saison sèche apporte aussi son lot de complications : Tissi est situé à environ 7 km de la frontière qui sépare la région du Soudan et du Darfour ravagé par la guerre, et à moins d'un kilomètre de Vakaga, une région pauvre de République centrafricaine (RCA). « De par sa proximité avec le Darfour et la région de Vakaga en RCA, Tissi devient beaucoup plus accessible aux travailleurs humanitaires pendant la saison sèche. Mais elle devient également accessible aux éléments criminels et aux groupes armés, ce qui rend l'action humanitaire plus dangereuse », a affirmé M. Mills.

Tissi, une région à laquelle les travailleurs humanitaires n'avaient pas accès jusque récemment, accueille des milliers de réfugiés tchadiens revenant du Darfour. Depuis le début de l'année, environ 20 000 nouveaux rapatriés tchadiens ont été recensés dans la région.

Situation d'urgence

En avril, MSF a installé à Tissi un centre de soins médicaux d'urgence pouvant accueillir un total de 35 patients.

« L'insuffisance des infrastructures sanitaires rend difficile le traitement des blessés de guerre et des cas de paludisme », a déclaré à IRIN Corinne Grant, coordinatrice d'un projet de MSF à Tissi.

Le paludisme, la diarrhée aqueuse aiguë et les infections des voies respiratoires sont les principales causes de morbidité à Tissi.

Fin juillet, le centre ouvert par MSF a reçu un grand nombre de blessés fuyant les combats du Darfour voisin. Certains ont dû être évacués en raison de la nature de leurs blessures vers la ville d'Abéché, plus au nord. « Ici, nous n'avons pas d'hôpital spécialisé. Un patient qui nécessite une intervention chirurgicale doit être évacué à Abéché par avion », a déclaré Mme Grant.

Le paludisme est un problème sanitaire qui prend de l'ampleur à cause des pluies incessantes ; les enfants atteints d'une forme grave de paludisme peuvent développer une anémie sévère. Mais le centre MSF de Tissi n'a pas de banque de sang, ce qui rend difficile le traitement des patients souffrant d'anémie sévère. « Lorsque nous transférons les patients qui ont besoin de sang [à Abéché], ils sont accompagnés par deux ou trois donneurs compatibles », a expliqué Mme Grant.

L'avion du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant-Rouge qui sert aux évacuations médicales ne peut transporter que quatre civières, ainsi que quelques patients assis.

Parfois, l'avion ne peut atterrir à Tissi en raison des intempéries. « Dans des conditions idéales, nous pouvons procéder à deux évacuations par jour, à condition que la piste soit sèche, que la météo soit bonne et qu'il n'y ait pas trop de temps d'immobilisation au sol », a déclaré Mme Grant.

Mauvais état des routes et insécurité

« L'accès est incontestablement un problème majeur. Le réseau routier est peu développé. Il faudrait une construction et une réfection des routes », a poursuivi Mme Grant. « L'accès extrêmement limité a aussi un impact sur la population qui se rend dans les centres de soins ; quand il pleut, il n'y [a] presque aucun patient au service de consultations externes. Il est également difficile pour l'équipe médicale d'atteindre les camps de rapatriés et de prodiguer des soins médicaux pendant la saison des pluies. »

Les rapatriés tchadiens à Tissi sont dispersés dans plusieurs camps et ont un accès limité aux services de base comme l'eau potable salubre.

Comme les pluies empêchent la circulation routière, les organisations humanitaires dépendent d'un hélicoptère affrété par les Nations Unies pour le transport de fournitures vitales. Le fait que la population soit dispersée est aussi un problème et « la dynamique des conflits [rend] également difficile l'accès aux populations », a observé Mme Grant.

En juillet, les personnes blessées dans la brousse n'avaient pas accès aux soins. « En outre, le climat sécuritaire est instable, ce qui rend particulièrement difficile la mise en ouvre des activités médicales et humanitaires... Nous devons aussi penser à la sécurité de notre personnel », a-t-elle expliqué.

L'isolement de la zone ne permet pas d'attirer du personnel soignant qualifié. À Tissi, il n'y a que trois membres du personnel soignant qualifiés issus du ministère de la Santé.

Le projet de MSF à Tissi couvre également le camp de réfugiés d'Ab Gadam, au sud, mais le mauvais état du réseau routier rend le voyage difficile. Dans le camp d'Ab Gadam, il n'y a que trois médecins pour tous les réfugiés, a déclaré Mme Grant, de MSF. Un peu plus de 18 000 réfugiés du Darfour ont été recensés à Ab Gadam en 2013.

Risque de malnutrition

Avant la saison des pluies, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a mis en place cinq postes sanitaires à Tissi en collaboration avec ASSAR, l'un des partenaires locaux. L'agence a également recruté des assistants sanitaires et réhabilité un centre de soins à Tissi qui assure un soutien nutritionnel.

Selon Bruno Maes, représentant de l'UNICEF au Tchad, « le pays connaît encore des situations d'urgence récurrentes comme la malnutrition », malgré une production agricole satisfaisante en 2012. L'UNICEF prévoit des interventions nutritionnelles pour 145 000 enfants de moins de cinq ans en 2013. Jusqu'à présent, plus de 83 000 enfants ont reçu des soins grâce au soutien du ministère de la Santé.

L'insécurité alimentaire n'est pas la seule cause de malnutrition, a observé M. Maes, expliquant que des facteurs tels que les problèmes d'assainissement et d'hygiène, l'accès restreint aux soins médicaux et le manque d'eau non contaminée jouent également un rôle. Les parasitoses intestinales liées aux conditions d'hygiène chez l'enfant peuvent notamment favoriser la malnutrition.

IRIN s'est entretenu avec Amia, une femme qui amenait sa fille âgée d'un an pour une visite médicale dans un centre de soins de l'UNICEF. « Mon bébé a été malade toute sa vie. Je l'ai emmenée au centre de santé où elle a été soignée contre la malnutrition. Plus tard, elle a développé le paludisme, mais maintenant elle va mieux. Avant, elle vomissait », a déclaré Amia. « Mon bébé ne mangeait pas bien non plus, mais les vitamines [fournies] ont aidé : ici, l'alimentation est très pauvre. »

« Maintenant, nous venons une fois par semaine jusqu'à ce que l'on nous dise que tout va bien », a-t-elle ajouté.

Amia a récemment quitté la région de Massaguet, au nord de la capitale de N'Djamena, pour suivre son mari, qui est soldat, à Tissi. « Je préférais vivre à Massaguet parce que l'eau n'est pas toujours disponible ici. Là-bas, il est assez facile de se procurer des aliments comme des fruits. Ici, il n'y a pas de fruits », a-t-elle dit.

De plus, à Tissi, le prix des aliments est élevé. « Il est difficile d'avoir du lait frais ici », a-t-elle dit. « À Massaguet, un litre et demi de lait coûte 300 francs CFA [0,6 dollar], alors qu'un demi-litre coûte ici 1 500 francs CFA [3 dollars]. À Massaguet, on peut acheter de la viande, même pour 500 francs CFA [un dollar] mais pas ici. Un kilogramme coûte 2 000 francs CFA [4 dollars]. Les oignons et les légumes comme les concombres sont aussi très chers. »

L'état de malnutrition est actuellement surveillé à Tissi, et une augmentation des cas de malnutrition recensés est attendue d'ici la fin de l'année, avant la récolte.

aw/rz-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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