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Les violations des droits de l’homme par l’armée de la RDC peuvent-elles cesser ?

Democratic Republic of Congo Army Forces 2nd Lt. Mukamba-Mongombe, Congolese Light Infantry Battalion duty officer, addresses the battalion in preparation for the flag ceremony on Camp Base, Kisingani, DRC
Les analystes réclament des réformes ambitieuses pour inculquer la discipline dans les rangs de l’armée congolaise (Staff Sgt. Jocelyn A. Guthrie/US Air Force)

Il faut aller plus loin que des cours de formation pour en finir avec les violations des droits de l’homme dans l’armée de la République démocratique du Congo (RDC), selon les analystes qui recommandent un large éventail de réformes ambitieuses.

Ceci implique une meilleure discipline, un système de rémunération efficace, le développement de politiques de sécurité, la poursuite des coupables, ainsi qu’une meilleure éducation et formation pour réformer et professionnaliser l’armée, également connue sous le nom de FARDC.

Les organisations des Nations Unies et de défense des droits reprochent aux militaires (notamment ceux du 391e bataillon, qui a été entraîné par l’armée américaine) d’être coupables de nombreuses exactions. Plus récemment, les accusations portent sur la profanation de cadavres de rebelles du M23, les mauvais traitements infligés aux détenus membres du M23, les viols collectifs, les meurtres de civils, les violences sexuelles, les tortures et les incendies de villages.

Les causes de ces violations sont multiples, a déclaré à IRIN Timo Mueller, chercheur du projet Enough basé à Goma.

« Au fil des années, des dizaines de milliers d’anciens rebelles issus d’un large éventail de groupes ethniques ont été réintégrés dans l’armée sans vérification de leurs antécédents et sans formation sur le respect des droits de l’homme... Dans l’est du Congo, certains éléments des forces armées se livrent souvent à des abus semblables à ceux des milices, exposant la population à de graves dangers. La fréquence, la nature et l’ampleur des violations des droits de l’homme sont inquiétantes et demandent une attention accrue, en plus de réformes structurelles... »

« Rarement voire jamais payés, souvent frustrés par le manque de matériel adéquat et de logements, ainsi que par une mauvaise gestion générale, dans un environnement où le seuil de violence est trop facilement franchi, les soldats utilisent souvent leur propre arme pour joindre les deux bouts », a-t-il dit, ajoutant que, sans réelle justice militaire, sans surveillance civile et sans obligation de rendre des comptes, les abus restaient souvent impunis.

« Vous pouvez former des troupes autant que possible avec l’équipe la plus efficace du monde, en fin de compte, si vous ne les payez pas de façon régulière en leur proposant des avantages sociaux, il sera très difficile de maintenir une discipline solide dans les rangs », a déclaré à IRIN Marc-André Lagrange, analyste principal d’International Crisis Group (ICG).

« En dépit de l’introduction d’un paiement par système bancaire, les soldats des FARDC n’ont toujours pas touché la totalité de leurs soldes et n’ont droit à aucun avantage social », a-t-il ajouté.

« De plus, le manque de commandement et de contrôle s’est ressenti à plusieurs reprises sur le terrain lors des conflits ; les troupes souffrent d’un manque de discipline et d’une insuffisance criante de cohésion ».

Un rapport des Nations Unies décrit les atrocités commises

Dans un rapport de mai 2013, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme accuse des membres du 391e bataillon - qui avait reçu en 2010 une formation du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) sur le respect des droits de l’homme, la prévention des violences sexuelles et sexistes, et la relation entre les autorités civiles et militaires dans une société démocratique - de se livrer à des atrocités, y compris le viol collectif de femmes et de filles en novembre 2012 à Minova, dans l’est de la RDC, alors qu’elles fuyaient Goma pour rejoindre les zones contrôlées par le M23.

D’après le rapport, les violences ont été perpétrées « de façon systématique et avec une extrême violence » par les soldats. Au moins 102 femmes et 33 filles, parfois âgées d’à peine 6 ans, auraient été victimes de viols et d’autres actes de violence sexuelle commis par des militaires des FARDC.

Ces soldats sont également responsables de l’exécution arbitraire d’au moins deux personnes et du pillage généralisé de villages. Le rapport fait état de témoignages de victimes et de témoins de viols collectifs, d’exécutions arbitraires, ainsi que d’autres graves violations des droits de l’homme.

Le département d’État américain a déclaré avoir suspendu tout contact et soutien logistique avec le 391e bataillon depuis le 8 mars, après avoir pris connaissance des rapports des Nations Unies sur les crimes perpétrés à Minova.

Will Stevens, porte-parole du Bureau des Affaires africaines du département d’État américain, a déclaré dans un courrier électronique adressé à IRIN que les États-Unis condamnaient ces crimes et réclamaient une « enquête complète et crédible ». Il a expliqué que les États-Unis se refusaient à apporter de l’aide en matière de sécurité aux unités militaires « qui font l’objet d’accusations fondées de violations des droits de l’homme, tant que ces allégations n’étaient pas réglées ».

Il a déclaré que le renvoi de 12 officiers hauts gradés des FARDC était un premier pas encourageant pour veiller à ce que les responsables de violations des droits de l’homme soient tenus responsables de leurs actes.

« Forcer les coupables à rendre des comptes est indispensable pour rompre le cycle de l’impunité. Nous demandons au président Kabila et aux autorités congolaises d’appliquer de manière active et rigoureuse la politique de tolérance zéro en cas de violation des droits de l’homme commises par les forces armées de la RDC ».

L’armée américaine continuera d’offrir une formation à ses homologues en RDC.

« Les événements réalisés et planifiés jusqu’ici cette année comprennent notamment une formation en matière de soins médicaux, de justice militaire, de logistique, d’opérations civilo-militaires, de règle de droit et d’éthique », a déclaré le major Fred Harrel, attaché de presse à l’AFRICOM.

« Cette formation, demandée par le pays hôte, s’inscrit dans la durée et vise à renforcer le professionnalisme des forces armées de la RDC », a-t-il ajouté.

Des réformes nécessaires

« La réforme du secteur de la sécurité constitue un défi long et redoutable, mais qui doit être relevé pour combattre une cause profonde de l’insécurité ambiante », a déclaré à IRIN M. Mueller du projet Enough.

« Certaines unités de l’armée ont reçu de nombreuses formations sur les droits de l’homme, mais elles étaient incomplètes et manquaient de coordination. Une campagne de sensibilisation destinée à l’ensemble des forces armées qui traiterait des droits de l’homme, du droit humanitaire et de la justice militaire doit s’inscrire dans une réforme plus large du secteur de la sécurité », a-t-il affirmé.

D’après lui, pour assurer la discipline au sein des FARDC, il faudrait « une refonte institutionnelle multidimensionnelle et globale de l’armée, de la police et du système judiciaire, ainsi que d’autres institutions ».

En attendant, il faudrait que les donateurs harmonisent leurs efforts et mobilisent davantage de ressources, a-t-il dit.

« Au fil des années, le gouvernement et les bailleurs de fonds internationaux ont lancé plusieurs programmes de réformes, mais ils ont largement échoué à cause du manque de fonds, de coordination des donateurs et de volonté politique », a déclaré M. Mueller.

so/cb-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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