L’initiative ougandaise de santé mobile augmente la ‘promiscuité sexuelle’

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(Edgar Mwakaba/IRIN)

Un programme de santé par téléphonie mobile, visant à améliorer l’accès aux informations sur la santé sexuelle et à encourager les pratiques sexuelles sans risque dans le centre rural de l’Ouganda, a eu l’effet inverse, d’après les résultats d’une étude de l’Université de Yale publiée en mai.

Conçu par Google et Grameen Foundation AppLab, et proposé gratuitement par la compagnie de téléphonie mobile MTN, le programme permet aux utilisateurs de 60 villages du centre de l’Ouganda d’envoyer à un serveur des questions par SMS concernant la santé sexuelle et reproductive puis de recevoir des réponses prédéfinies générées par une base de données.

« De nombreux résultats d’enquête nous permettent de rejeter l’hypothèse qu’un meilleur accès aux informations augmenterait les connaissances et changerait les comportements en faveur d’activités sexuelles moins risquées. En réalité, nous constatons que le service a conduit à une augmentation de la promiscuité sexuelle et qu’il n’y a eu aucun changement dans la perception des règles », indique l’étude issue d’un partenariat entre l’Université de Yale, l’ONG (organisation non gouvernementale) Innovations for Poverty Action (IPA), Google, Grameen Foundation AppLab et le Conseil national des sciences et des technologies ougandais.

« Nous ne constatons aucune amélioration des connaissances de santé sur la transmission du VIH ou les méthodes de contraception, ni même de changement dans les comportements. Au lieu d’une réduction des comportements sexuels à risque, nous constatons une augmentation des comportements sexuels à risque et des infidélités, bien qu’il y ait également une plus grande abstinence ».

L’hypothèse voulait que l’accès aux informations sur le VIH change les comportements et favorise les pratiques sexuelles sans risque, mais l’étude a montré que le programme conduisait à une augmentation de l’infidélité de 12 à 27 pour cent chez les participants.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ces résultats inattendus : les participants n’ont pas eu recours au service de façon régulière après la période de commercialisation initiale ; beaucoup se sont plaints de la qualité de l’algorithme de recherche en dialecte ougandais régional ; et le service émet parfois des réponses qui ne correspondent pas. De plus, les personnes interrogées ont déclaré ne pas avoir d’argent pour le dépistage et pour le traitement des maladies sexuellement transmissibles, ce qui les empêche de suivre les conseils proposés par le service.

Des critiques

Certaines femmes se sont plaintes, affirmant qu’elles ont du mal à tenir tête à leurs maris, et celles qui exigeaient des pratiques sans risque comme l’utilisation d’un préservatif ou le dépistage du VIH se voyaient souvent refuser l’acte sexuel. En outre, ce refus d’avoir des rapports avec son conjoint motivé par les informations fournies par le service poussait parfois les hommes à avoir des relations extraconjugales. « Quand il veut avoir une relation sexuelle, il y tient, mais la femme se dérobe [car elle connait les risques], donc il décide d’aller voir ailleurs pour satisfaire ses envies », a expliqué une personne interrogée.

« Les résultats de l’étude indiquent que nous devons faire très attention à l’impact des nouvelles interventions centrées sur l’information et les mettre en pratique avec précaution… Comme le montre l’étude, les résultats peuvent être surprenants et les interventions doivent être soigneusement évaluées », a expliqué dans un courriel à IRIN Pia Raffler, co-auteur du rapport du département de sciences politiques de l’Université de Yale et partenaire de IPA.

« Les résultats montrent bien que la réalité est parfois plus compliquée que ce que nous voulons bien croire, que l’information peut avoir un impact différent selon le type de personne, et que les campagnes centrées sur l’information doivent être définies et appliquées avec soin afin d’atteindre les effets escomptés », a-t-elle ajouté.

Elle a souligné que le résultat net de l’intervention n’était pas nécessairement négatif, faisant allusion aux résultats qui montrent une augmentation de l’abstinence et une meilleure capacité d’estimation des risques chez les participants.

Un certain nombre d’études ont montré qu’une meilleure connaissance était liée à des pratiques sexuelles moins risquées, mais certains chercheurs ont constaté qu’une meilleure connaissance du VIH ne conduit pas toujours à des pratiques sexuelles moins risquées.

« Je ne pense pas que les résultats signifient qu’il faille abandonner de telles campagnes à l’avenir. Ils montrent que nous devons les concevoir et les appliquer avec précaution, car elles peuvent avoir des effets aussi bien négatifs que positifs pour différentes personnes en même temps », a déclaré Mme Raffler.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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