1. Accueil
  2. Asie
  3. République islamique d'Iran

Des militants dénoncent le traitement des migrants par l’Australie

A group of children study in a container without doors at the Manus Island offshore processing facility. Many of the detainees are from Sri Lanka
(Courtesy of Manus Island detainees)

Des groupes de défense des droits de l’homme ont dénoncé les conditions de vie des demandeurs d’asile détenus dans deux centres de rétention ouverts par l’Australie à l’étranger, sur les îles de Nauru et de Manus, dans l’océan Pacifique.

« Les centres sont totalement inadaptés, les conditions de vie intolérables aggravent les problèmes de santé mentale des détenus », a dit à IRIN Ian Rintoul, porte-parole de la Coalition de défense des réfugiés (Refugee Action Coalition, RAC).

Ses déclarations sont intervenues alors que des informations non confirmées font état de troubles dans les centres et d’au moins une tentative de suicide sur l’île de Manus ce weekend.

À ce jour, 181 personnes ont été transférées sur l’île de Manus (capacité d’accueil : 600 personnes) et 363 personnes sur l’île de Nauru (capacité d’accueil : 900 personnes).

Au début du mois de janvier, des photos prises par des détenus du centre de l’île de Manus ont été publiées : elles montraient des cabanes en tôle sans porte et sans fenêtres, n’offrant aucune protection contre les moustiques vecteurs du paludisme, ainsi que des détenus, y compris des enfants, dormant à l’extérieur – souvent sans moustiquaire - pour échapper à la chaleur.

Actuellement, les températures atteignent en moyenne 31 degrés Celsius et le taux d’humidité dépasse 95 pour cent presque tous les jours sur l’île de Manus, située à 320 km au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les autorités australiennes indiquent néanmoins qu’aucun cas de paludisme n’a été signalé, et que des vaccins ainsi que des antibiotiques prophylactiques sont disponibles sur l’île de Manus.

« Les services de santé sont conçus et équipés en conformité avec les normes australiennes », a indiqué Sandi Logan, porte-parole du Département de l’immigration et de la citoyenneté (DIAC).

Mais selon les défenseurs des réfugiés, les services de santé offerts sur l’île de Manus étaient inadaptés lors de la mise en place de la politique de rétention à l’étranger par un précédent gouvernement.

Le 13 août 2012, afin de dissuader les migrants de gagner l’Australie en bateau, Canberra a décidé de rouvrir les centres de rétention offshore établis sur les deux îles. Les deux centres avaient été fermés en 2007, suite aux vives critiques des groupes de défense des droits de l’homme. Près de 1 500 demandeurs d’asile ont été contrôlés sur l’île de Nauru et 365 sur l’île de Manus dans le cadre de la politique « solution du Pacifique » mise en place par le précédent gouvernement.

Allégations de mauvais traitements

« L’île de Manus devrait être fermée », a dit M. Rintoul du RAC, après les troubles de ce weekend et le transfert de 40 demandeurs d’asile supplémentaires de Darwin. « L’idée que cet endroit est adapté à l’accueil des familles et des enfants est absurde. Le gouvernement australien a non seulement refusé d’examiner les dossiers des demandeurs d’asile qui demandaient la protection de l’Australie, mais il les a délibérément maltraités en les envoyant sur l’île de Manus ».

En écho à ces déclarations, Victoria Martin-Iverson, porte-parole du Refugee Rights Action Network, qui est en contact direct avec les personnes détenues sur l’île, a indiqué qu’outre les inquiétudes liées au paludisme, les abris des demandeurs d’asile n’avaient même pas de porte, ce qui veut dire que « les détenus n’ont aucune intimité lorsqu’ils dorment ou qu’ils se changent, ce qui compromet leur dignité ».

Les conditions de vie sur Nauru, une île de 21 km2 située à 4 000 km au nord-est de Sydney, ne sont pas meilleures.

En décembre, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a rendu public un rapport critique sur les conditions de vie dans le centre, notant qu’elles n’étaient pas conformes aux normes de protection internationale. L’équipe a fait état de conditions de logement difficiles, de l’absence de cadre juridique opérationnel et de l’insuffisance de moyens pour examiner les demandes des réfugiés.

À cela s’ajoutent le bruit et la poussière entraînés par les travaux de construction d’un centre plus durable. Le HCR a également rencontré plusieurs demandeurs d’asile transférés qui souffraient de traumatismes préexistants, certains d’entre eux ayant survécu à la torture, selon le rapport.

Des chercheurs d’Amnesty International, qui ont effectué une visite de trois jours sur cette île, ont récemment conclu qu’ « une situation de plus en plus explosive, résultant d'un mélange toxique d'incertitude, de détention illégale et de conditions de vie inhumaines, est en train de s'installer dans le camp de rétention pour demandeurs d'asile ouvert par l'Australie hors de son territoire, sur l'île de Nauru, et illustre le manquement spectaculaire du gouvernement à son devoir de protection ».

Graham Thom, spécialiste de la question des réfugiés à Amnesty International, a constaté que les toilettes, les douches et les canalisations débordaient, notamment lorsque le camp a été balayé par les pluies de mousson. Il a également exprimé des inquiétudes concernant l’apparition d’infections de la peau liées au fait que les matelas et le linge restent trempés pendant de longues périodes.

En janvier, l’eau et l’assainissement étaient toujours une source de préoccupation, et une possible violation des obligations de l’Australie en matière de droits de l’homme était évoquée, selon l’organisation non gouvernementale (ONG) australienne Humanitarian Research Partners, qui a demandé au gouvernement australien d’améliorer immédiatement les conditions de détention.

« Ces conditions pourraient constituer un traitement cruel, inhumain et dégradant, ce qui est absolument prohibé par la Convention contre la torture, qui est considérée comme une règle du droit international », a indiqué l’ONG basée à Perth.

Grève de la faim

Des informations non confirmées ont fait état d’actes d’automutilation, et notamment d’une trentaine de tentatives de suicide depuis la réouverture des deux centres. Selon le RAC, le 14 janvier, des demandeurs d’asile, dont cinq Iraniens, 15 Afghans et 25 Irakiens, faisaient une grève de la faim pour protester contre leur transfert sur l’île de Manus.

« Ces personnes ont été punies, bien qu’elles n’aient commis aucun crime, car le gouvernement souhaite faire un exemple. Le gouvernement doit mettre un terme à cette pratique avant qu’elle ne cause davantage de dommages insensés », a dit Sarah Hanson-Young, sénatrice du Greens Party (parti écologiste).

La plupart des demandeurs d’asile qui arrivent en Australie sont originaires de l’Afghanistan, de l’Iran et du Sri Lanka. Les Sri-Lankais ont plus de risques d’être renvoyés dans leur pays.

bp/ds/cb-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

We uncovered the sex abuse scandal that rocked the WHO, but there’s more to do

We just covered a report that says the World Health Organization failed to prevent and tackle widespread sexual abuse during the Ebola response in Congo.

Our investigation with the Thomson Reuters Foundation triggered this probe, demonstrating the impact our journalism can have. 

But this won’t be the last case of aid worker sex abuse. This also won’t be the last time the aid sector has to ask itself difficult questions about why justice for victims of sexual abuse and exploitation has been sorely lacking. 

We’re already working on our next investigation, but reporting like this takes months, sometimes years, and can’t be done alone. 

The support of our readers and donors helps keep our journalism free and accessible for all. Donations mean we can keep holding power in the aid sector accountable, and do more of this. 

Become a member today and support independent journalism

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join