Scandale des déchets toxiques – A qui la faute ?

Plusieurs responsables locaux comparaissent actuellement devant les tribunaux d’Abidjan pour s’être rendus complices du déversement sauvage, en août 2006, d’une boue toxique riche en hydrocarbures, qui avait fait plus d’une dizaine de morts et des dizaines de milliers de malades.

Pour les victimes du scandale des déchets toxiques à Abidjan, comme pour les écologistes et les avocats, les vrais coupables se sont esquivés. Selon Aboubacar Ouattara, président de l’Union des victimes des déchets toxiques d’Abidjan et banlieue, au procès des 12 responsables des autorités portuaires et douanières d’Abidjan, les principaux concernés manquent à l’appel.

« Ce procès sanctionne l’impunité. Nous traînons des sous-fifres devant les tribunaux sans nous occuper de leur partenaire silencieux, Trafigura [société néerlandaise de courtage pétrolier]. Pour nous, ce procès a le goût amer de l’impunité », a-t-il estimé.

D’après Trafigura, c’est la société Tommy, une entreprise ivoirienne spécialisée dans l’élimination des déchets, qui est responsable des dégâts occasionnés : c’est elle qui a déversé les déchets pétroliers du Probo Koala, pétrolier immatriculé au Panama. Plusieurs tonnes de slops, des restes de pétrole de mauvaise qualité qui ne peuvent être vendus, ont été déversées près des zones résidentielles d’Abidjan.

Dans un communiqué daté du 16 septembre, Trafigura avait nié toute responsabilité : « Il s’agit d’un drame environnemental, mais Trafigura n’en est pas le responsable ».

Isabelle N'Gbe, présidente du Collectif des victimes de la zone portuaire d’Abidjan, a expliqué à IRIN que le port n’avait pas encore été entièrement décontaminé et que l’état de santé des travailleurs continuait de se dégrader.

Cette vase empoisonnée n’avait pas été traitée pour minimiser les effets nocifs des déchets. Ainsi, dans le sillage du déversement, les autorités ivoiriennes de la santé ont fait état de dizaines de milliers de cas de vomissements, de diarrhée, de saignements de nez et de problèmes respiratoires.

La société Trafigura a pourtant affirmé qu’elle ne saurait être tenue pour responsable de la réglementation laxiste en vigueur dans le pays dans le domaine du déversement des déchets : « Les populations qui vivent près de ces sites souffraient de problèmes de santé dus à la pollution et au déversement de déchets non-traités bien avant que la société Tommy n’arrive avec les slops [déchets] ».

En février 2007, le gouvernement avait renoncé à poursuivre son enquête sur Trafigura, géant du courtage spécialisé dans le marché de l’énergie et des métaux de base, dont le chiffre d’affaires atteint plusieurs milliards de dollars, celui-ci lui ayant versé plus de 214 millions de dollars. Affaire classée… ou, du moins, c’est ce qu’il semblait.

Les victimes

Martyn Day du cabinet d’avocats britannique Leigh, Day & Company a néanmoins déclaré à IRIN que son cabinet représenterait pas moins de 30 000 victimes présumées du déversement dans le cadre d’un procès civil intenté contre Trafigura, qui doit s’ouvrir à Londres, en octobre 2009.

« Nous avons un dossier contre Trafigura […] ils savaient sans aucun doute que les déchets qui se trouvaient à bord du navire étaient toxiques. Ils les ont acheminés jusqu’à Abidjan, un pays dévasté par la guerre, qui ne dispose pas d’installations de traitement », a dit M. Day.

Selon lui, le cabinet a déjà 22 000 clients, il continuera à enregistrer les réclamations et demandera entre 3 500 dollars, pour les dommages mineurs, et trois fois cette somme pour les cas les plus graves.

Trafigura a réagi en intentant un procès en diffamation contre le cabinet britannique, reprochant à celui-ci de n’avoir présenté aucune preuve démontrant que les déchets étaient effectivement à l’origine des problèmes de santé des populations.

Marieta Harjono, lobbyiste de la lutte contre le déversement sauvage de déchets toxiques, travaille aux Pays-Bas, auprès de l’association Greenpeace, spécialisée dans les campagnes en faveur de l’environnement.

Greenpeace a intenté un procès pénal contre Trafigura, a-t-elle expliqué, qui devrait s’ouvrir aux Pays-Bas, à la fin de l’année 2009. « Les grosses huiles de Trafigura peuvent échapper [à un procès pénal] en Côte d’Ivoire, mais nous espérons les épingler ici, à Amsterdam ».

Selon Mme Harjono, le procès néerlandais a été intenté contre le capitaine du Probo Koala, Trafigura, les autorités portuaires d’Amsterdam et les responsables de l’entreposage portuaire, pour n’avoir pas traité les déchets avant que ceux-ci ne poursuivent leur trajet jusqu’à Abidjan.

Les boues toxiques ont été exportées illégalement et les documents afférents ont été manipulés pour faire croire qu’il s’agissait seulement de déchets pétroliers, a-t-elle indiqué.

Acheminer des déchets pétroliers d’un lieu à un autre est légal, mais les règles changent lorsque ces déchets sont dangereux. La Convention de Bâle a en effet été adoptée en 1992 pour réduire les mouvements transfrontaliers de déchets dangereux.

À la question « comment ce procès pourrait-il aboutir à des condamnations, alors que le procès intenté en 2007 à Abidjan a été réglé à l’amiable ? », Mme Harjono de Greenpeace a répondu : « Oui, Trafigura a suffisamment d’argent pour faire ce qu’elle veut, mais nous comptons sur le système de justice des Pays-Bas ».

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