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Se souvenir du VIH dans la réponse au cyclone Nargis

Alors qu’au Myanmar, la plupart des acteurs humanitaires locaux et internationaux s’attèlent à répondre aux besoins urgents des 2,4 millions de personnes isolées par le cyclone Nargis, plusieurs organisations tentent de s’assurer que les besoins des rescapés séropositifs ne sont exclus des efforts d’intervention.

Selon les derniers chiffres avancés par le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, quelque 242 000 personnes, soit environ 0,7 pour cent de la population birmane, vivent actuellement avec le VIH et seulement 1 500 d’entre elles ont accès à un traitement antirétroviral (ARV) proposé dans le cadre d’un programme gouvernemental.

Ils sont environ 10 500 à recevoir ces médicaments qui prolongent l’espérance de vie, de la part d’organisations non gouvernementales (ONG), principalement de l’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) – Hollande.

Au téléphone depuis Yangon, la principale ville du pays et ancienne capitale, Frank Smithuis, directeur-pays de MSF, a déclaré que la plupart des individus qui bénéficiaient du programme de traitement de MSF se trouvaient dans des zones urbaines épargnées par la tempête.

« Nous menons un important programme à Rangoon [Yangon], une ville qui compte plus de personnes déplacées que de morts », a-t-il expliqué. « Certains patients ont perdu leur traitement ARV, ou d’autres arrivent avec un sac en plastique rempli d’une poudre mouillée [des médicaments dissous]. Cependant, nous n’avons eu aucune difficulté à leur distribuer de nouveaux médicaments. Nos cliniques [à Yangon] ont rouvert leurs portes dès le lendemain du passage du cyclone. »

A Yangon, le programme de MSF s’adresse à 10 000 personnes séropositives. L’organisation a décidé d’allouer une subvention en espèces d’environ 10 dollars à toutes les personnes se rendant dans l’une de ses cliniques, afin qu’elles puissent acheter de la nourriture –lorsqu’un malade suit un traitement ARV, il doit absolument avoir un régime alimentaire équilibré.

« Il aurait été trop compliqué d’effectuer une évaluation auprès de chacun des patients, nous avons donc décidé ‘d’aller au plus simple’ », a-t-il dit. « Il y a plein de riz ici [à Yangon], donc on ne peut pas vraiment parler de pénurie, mais les prix, en revanche, ont grimpé. »

Retrouver les patients

Grâce à l’aide d’une poignée d’organisations internationales engagées dans la lutte contre le sida au Myanmar, comme International HIV/AIDS Alliance et l’Association François-Xavier Bagnoud (FXB), une ONG basée en Suisse qui lutte contre la pauvreté et le sida, les réseaux locaux de personnes vivant avec le VIH ont recherché leurs membres et se sont approvisionnés en fournitures de secours.

« Ils ont grandement conscience et connaissance de l’importance de la solidarité communautaire, lors d’un malheur », a souligné Brian Williams, coordonnateur de l’ONUSIDA au Myanmar. « Ils étaient immédiatement sur le terrain, à informer les malades des subventions en espèces et des lieux où des médicaments étaient disponibles ».

En outre, il a signalé que les organisations humanitaires veillaient à ne pas stigmatiser davantage les personnes vivant avec le VIH en leur accordant plus d’aide qu’aux autres survivants du cyclone.

« Nous ne voulons pas créer des programmes indépendants et unilatéraux », a-t-il dit. « Toutefois, nous voulons veiller à ce que l’inverse ne se produise et que les personnes séropositives n’aient pas accès à l’aide à cause de leur maladie et qu’elles soient victimes de discrimination. »

Selon le ministère de la Santé du Myanmar, le programme de substitution à la méthadone [une substance synthétique que l’on administre aux héroïnomanes à titre de substitut] destiné aux consommateurs de drogues injectables à Yangon n’a pas été interrompu par le passage du cyclone.

Au Myanmar, jusqu’à 50 pour cent des consommateurs de drogues injectables sont infectés au VIH, d’après des statistiques recueillies en 2003 par l’ONUSIDA.

L’objectif du programme de substitution à la méthadone vise à réduire la propagation du VIH causée par le partage de seringues.

M. Williams a reconnu qu’il ne s’agissait que d’un programme pilote qui devrait être mené à plus grande échelle.

« Le gouvernement n’alloue pas suffisamment de fonds à la santé en général », a-t-il estimé. « Le gouvernement, tout comme la communauté internationale, devrait accorder de plus amples ressources. »

Dans le delta de l’Ayeyarwady, la région la plus fortement touchée par le cyclone, les organisations humanitaires qui ont été autorisées à se rendre dans le pays tentent de répondre aux besoins les plus élémentaires des survivants, en termes de vivres, d’eau et d’abris.

Un accès encore limité

Cependant, la plupart des ONG internationales sont toujours confrontées aux restrictions du gouvernement qui limitent l’accès des travailleurs humanitaires étrangers aux régions sinistrées.

MSF, qui disposait déjà de quelque 1 000 employés au Myanmar, a pu intervenir rapidement suite à la catastrophe. « Nous n’avions pas de personnel dans cette région du pays, mais nous en avons déployé », a dit M. Smithuis.

MSF a distribué 1 000 tonnes de vivres, 60 000 abris et plusieurs machines de traitement de l’eau.

Malgré son relatif isolement, la population du Myanmar possède des connaissances en matière de VIH/SIDA sensiblement égales à celles des populations des autres pays de la région. En outre, au cours des dernières années, l’accès aux préservatifs s’est fortement amélioré.

« Le pays s’est doté d’un plan national [de lutte contre l’épidémie]. Le gouvernement considère le sida comme un problème et un grand nombre d’ONG concentrent leurs efforts sur la lutte contre le virus », a rappelé M. Williams.

Cependant, le cyclone pourrait porter atteinte aux efforts de prévention déployés au Myanmar.

« Nous avons de vives inquiétudes quant à la protection des femmes », a-t-il reconnu.
« Un grand nombre de personnes sans-abri vivent dans des installations de fortune, où l’accès est très limité. Nous ignorons si des mesures ont été prises afin de garantir la mise en place de zones sécurisées pour les femmes ».

Dans certains villages, les cliniques mobiles sont équipées de fournitures en santé de la reproduction, elles disposent notamment de trousses de prophylaxie post-exposition, un traitement qui est utilisé pour réduire le risque d'infection par le VIH d'une personne qui a été violée.

Cependant, toujours selon M. Williams, le pays a besoin de plus amples services en santé de la reproduction.

« Comme dans de nombreuses situations d’urgence, nous nous inquiétons pour les femmes, qui faute d’autres solutions, peuvent décider de recourir à la prostitution », a-t-il conclu.

ks/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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