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La pénurie d’eau, un obstacle au retour des déplacés casamançais

Malgré la menace persistante des mines terrestres, les familles qui avaient fui la région de la Casamance (sud) depuis plusieurs années en raison des combats commencent progressivement à revenir dans leurs villages d’origine, mais le manque d’eau, destinée à la consommation et la reconstruction des habitations, dissuade bon nombre d’autres déplacés.

Dans certains villages, abandonnés pendant quinze ans, les puits se sont effondrés ou sont pleins de débris. Des communautés entières ont été englouties par une forêt dense, et les habitations et autres bâtiments, construits généralement en banco, ont été détruits.

« Le principal problème qui nous bloquait, c’étaient les mines », a affirmé Bouba Diémé, habitant du village de Soukouta, dans la communauté rurale de Boutoupa Camaracounda, une vingtaine de kilomètres à l’est de Ziguinchor, capitale de la Casamance.

S’il est vrai que la présence des mines reste un problème, les opérations de déminage limitées, menées l’année dernière ont incité quelques familles à tenter le retour. « Mais actuellement, cela s’avère impossible parce qu’il n’y a pas d’eau dans la région », a expliqué M. Diémé à IRIN.

Dans des dizaines de villages casamançais, de nombreuses infrastructures restent à reconstruire : habitations, écoles, centres de santé et puits. En effet, le conflit qui oppose depuis 26 ans le gouvernement sénégalais au Mouvement séparatiste des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) n’est toujours pas résolu, et c’est en bonne partie pour cette raison que les programmes de reconstruction n’ont pas été totalement engagés, selon des représentants d’organisations humanitaires présents dans la région.

Les problèmes rencontrés par M. Diémé et les autres déplacés qui tentent de retourner à Boutoupa Camaracounda représentent quelques-uns des défis à relever dans le cadre de l’aide à la reconstruction, dans ce contexte de « ni paix ni guerre » qui caractérise l’un des plus vieux conflits encore non résolus dans le monde.

Bien que les grands affrontements armés aient cessé depuis longtemps, les deux parties ne sont pas encore parvenues à signer un accord de paix global ; la situation de sécurité est encore précaire et au sein du MFDC, certains militants sont opposés aux programmes de reconstruction, refusant toute « normalisation » sans une résolution du conflit.

Il est arrivé que les rebelles sabotent des opérations de déminage. En novembre 2007, une faction du MFDC a également publié un communiqué pour dissuader les populations réfugiées de quitter la Guinée-Bissau - pays voisin au sud de la Casamance - pour retourner dans leurs villages de la commune rurale de Santhiaba Manjaque, fief de la faction.

Selon certains spécialistes du conflit casamançais, le MFDC craint probablement que le retour massif des populations ne signifie aussi un retour en force des troupes sénégalaises.


Photo: Mamadou Alpha Diallo/IRIN
Les restes d'une école de Baraka Bounaou, un village de la communauté rurale de Boutoupa Camaracounda, en Casamance
D’après les organisations humanitaires, il n’y a pas eu de retour massif de populations dans les villages de Boutoupa Camaracounda, mais les familles reviennent progressivement, certaines encouragées par les opérations de déminage menées l’année dernière par l’armée. La menace des mines reste néanmoins entière dans toute la Casamance étant donné que le déminage humanitaire n’a pas encore démarré.

« Ce n’est pas seulement le problème de l’eau qui bloque le retour des réfugiés et des déplacés de cette zone », a expliqué à IRIN Famara Diandy, un élu local. « Il y a aussi la crainte de la présence éventuelle de mines dans certaines localités ».

Le Centre national d’action anti-mines du Sénégal (CNAMS) envisage de lancer un projet pilote au mois de février pour éliminer les mines et aider ainsi au retour des familles, selon Pape Omar N’diaye, directeur du CNAMS.

Le CNAMS et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) recherchent des financements pour mettre sur pied des équipes de démineurs et procéder au déminage humanitaire des régions casamançaises de Ziguinchor et de Kolda.

Toujours selon M. Diandy, l’absence de routes est aussi un problème majeur, bon nombre de villages abandonnés étant, à l’heure actuelle, complètement isolés. La communauté rurale de Boutoupa Camaracounda a sollicité l’aide du gouvernement et des organisations non-gouvernementales (ONG), qui n’ont pas encore réagi, a-t-il dit.

« Nous avons demandé au gouvernement et à des ONG de nous aider », a affirmé M. Diandy. « Mais nos demandes sont restées vaines pour l’instant. Près de 6 000 personnes [originaires de Boutoupa Camaracounda] vivent aujourd’hui en exil et nous voulons que ces gens reviennent chez eux ».

Quant à Pierre-Marie Bassène, directeur de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques en Casamance (ANRAC), il a indiqué à IRIN que son agence n’avait pas été informée d’un problème de pénurie d’eau, rencontré par les familles candidates au retour à Boutoupa Camaracounda ; l’agence sera toutefois prête à aider les rapatriés dès que les autorités locales lui feront parvenir une demande officielle, a-t-il poursuivi.

Selon un fonctionnaire du service des eaux à Ziguinchor, la communauté rurale de Boutoupa Camaracounda – qui comprend plus de 20 villages – n’a pas de pompe à eau motorisée, et ne dispose que de puits traditionnels. Le conflit casamançais a bloqué l’accès à la région pendant l’exécution d’un programme d’installation de pompes modernes, a expliqué le fonctionnaire.

mad/np/nr/ads/nh


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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