L’International Crisis Group (ICG) a prévenu que les nouvelles dynamiques observées dans la crise du Darfour, au Soudan, pourraient donner lieu à une insurrection au sein de la population arabe et à un débordement possible du conflit au Kordofan voisin.
« Les dissensions entre communautés arabes ont ajouté à la précarité de la situation sur le terrain », a déclaré l’ICG dans un rapport intitulé Darfur's New Security Reality [Nouvelles réalités sur la sécurité au Darfour], et publié le 26 novembre à Nairobi, capitale du Kenya. « Certaines tribus tentent de consolider leurs revendications territoriales avant l’arrivée de la mission de maintien de la paix hybride ONU/UA [Nations Unies-Union africaine] au Darfour (MINUAD) ».
Ces tentatives, selon l’ICG, ont donné lieu à des affrontements avec d’autres communautés arabes, qui se sont aperçues que le gouvernement central de Khartoum n’était pas « le garant de leurs intérêts à long terme et ont commencé à assurer elles-mêmes leur protection ».
« Désormais, les [communautés arabes] risquent fort de s’insurger, et pourraient former des alliances avec les groupes rebelles à prédominance non arabe », a ajouté l’ICG.
Selon l’organisation, le conflit du Darfour a radicalement changé cette dernière année, mais « pas en mieux ». Ce conflit a fait au moins 200 000 morts et plus de deux millions de déplacés au sein de la population civile.
« S’il y a, certes, bien moins de morts qu’au plus fort des affrontements, en 2003-2004, [le conflit] a connu des mutations, les mouvements se sont divisés en factions, et les confrontations se sont multipliées », selon l’ICG. « Les violences se multiplient de nouveau, les organisations humanitaires sont de moins en moins en mesure de se rendre auprès des [populations dans le besoin], les opérations internationales de maintien de la paix ne sont pas encore effectives et le règlement politique de la crise reste une lointaine possibilité ».
Entre autres recommandations, l’ICG a indiqué que les nouvelles réalités au Darfour marquaient la nécessité d’ouvrir à un plus grand nombre d’intervenants les pourparlers de paix engagés le 27 octobre à Syrte, en Libye, et arbitrés par les Nations Unies et l’UA. Selon l’organisation, ces pourparlers devraient faire intervenir « tous les acteurs et toutes les parties au conflit, y compris ses premières victimes, et notamment les femmes, mais aussi les tribus arabes ».
« Les questions clés, moteurs du conflit, notamment le droit foncier et l’utilisation des terres – y compris le droit de pâturage – ainsi que le rôle et la réforme des gouvernements locaux et des structures administratives, n’ont pas été abordées dans le cadre de l’APD [Accord de paix au Darfour, signé en mai 2006] ; elles ont au contraire été reléguées au processus de dialogue et de consultation Darfour-Darfour, qui devait suivre les négociations », a indiqué l’ICG. « Ces questions doivent être à l’ordre du jour des nouvelles négociations si l’on veut [qu’elles aboutissent finalement] à un accord qui remporte le soutien général qui manquait à l’APD ».
Selon Sally Chin, analyste de la Corne de l’Afrique qui exerce à Nairobi pour le compte de l’ICG, l’APD, signé entre le gouvernement et une seule faction rebelle, a échoué car son champ d’action et le nombre de ses signataires étaient limités, ce qui a porté un coup au processus de paix actuel.
| « Les violences se multiplient de nouveau, les organisations humanitaires sont de moins en moins en mesure de se rendre auprès des [populations dans le besoin], les opérations internationales de maintien de la paix ne sont pas encore effectives et le règlement politique de la crise reste une lointaine possibilité ». |
« Le NCP [Parti du Congrès national] souhaite que le Darfour reste plongé dans le chaos pour restreindre la marge de manœuvre nécessaire à l’émergence d’une opposition ; [parallèlement, cela lui permet de] réinstaller ses principaux alliés sur les terres évacuées et de défier les résolutions du Conseil de sécurité [des Nations Unies] en intégrant ses supplétifs janjawids dans les structures de sécurité officielles au lieu de désarmer », selon l’ICG.
Toujours d’après l’organisation, le parti au pouvoir applique des « politiques destructrices » au Darfour, tout en refusant de se conformer aux principales dispositions prévues par l’Accord de paix global de 2005 (APG), qui avait mis fin à la guerre entre le nord et le sud, « déclenchant, ce faisant, une crise ».
Pour François Grignon, directeur des programmes Afrique de l’ICG, il faut avant tout mettre fin aux affrontements qui secouent le Darfour ; pour ce faire, un cessez-le-feu pourrait être négocié, accompagné de sanctions imposées aux contrevenants.
« Un cessez-le-feu sans sanction n’induit aucun engagement de la part des parties », a expliqué M. Grignon. « Dans une telle situation, la volonté politique est une denrée rare et imposer des sanctions pour violation de l’engagement pris par les parties permet d’assurer que le processus de paix progresse ».
Les déclarations de cessez-le-feu précédentes, dont la dernière en date a été prononcée par le gouvernement soudanais au début des pourparlers de paix de Syrte, ont en grand partie été ignorées par les parties prenantes au conflit du Darfour.
La MINUAD doit être déployée au Darfour au début de l’année 2008, mais selon l’ICG, lorsqu’elle sera sur place, la force devra se montrer plus active pour protéger les civils et réagir aux violations de cessez-le-feu.
La MINUAD doit prioriser la protection des camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, de l’aide humanitaire et des principaux itinéraires de transport, « notamment en collaborant avec l’ensemble des parties pour délimiter des zones démilitarisées autour des camps et des itinéraires d’approvisionnement humanitaires ».
[Le rapport de l'ICG : Darfur's New Security Reality]
js/mw/nh/ads/ail
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions