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La culture du qat menace les ressources en eau - spécialistes

Pour Ahmed Rajeh, un paysan de 54 ans du gouvernorat de Sanaa, la capitale yéménite, le qat est tout aussi important que l’eau. « Le qat est au [cœur même] de notre économie », explique M. Rajeh, ajoutant qu’il possède plus de 500 plants de qat, qu’il irrigue avec l’eau d’une citerne communautaire.

« Nous avons hérité la culture du qat de nos ancêtres. Et ce sera également le fonds de commerce de mes enfants », a-t-il expliqué, ajoutant que la rareté de l’eau dans son pays ne le préoccupait pas outre mesure. « Qu’on irrigue nos cultures, et Dieu enrichira nos terres et remplira nos puits s’ils s’assèchent », a-t-il déclaré.

Les spécialistes et les responsables ont néanmoins averti que la culture du qat représentait une menace réelle pour les ressources en eau du pays. Selon les estimations de l’Autorité nationale des ressources en eau (NWRA), le Yémen disposerait d’environ 2 500 millions de mètres cubes d’eau douce renouvelable par an, dont 1 500 millions de mètres cubes d’eaux superficielles et 1 000 millions de mètres cubes d’eaux souterraines.

Ismail Muharram, directeur de l’Autorité de recherche agricole (ARA) du ministère de l’Agriculture, a expliqué à IRIN que 900 millions de mètres cubes d’eaux souterraines étaient consacrés chaque année à l’irrigation des plantations de qat.

« Le qat épuise les eaux souterraines. La culture du qat, qui exige de l’eau, est en hausse car il y a une demande de la part de la population », a-t-il expliqué.

Sept millions de chiqueurs

Selon les estimations de l’Association de lutte contre l’impact du qat (CQDA), une organisation non-gouvernementale (ONG), il y aurait environ sept millions de chiqueurs de cette drogue douce dans l’ensemble du pays, en majorité des hommes.

Adel el Shoujaa, directeur par intérim de l’association, a expliqué à IRIN qu’en menant une étude préliminaire en 2006, il avait découvert l’existence de 40 millions d’arbustes de qat dans le pays. « Mais le chiffre exact est peut-être supérieur », a-t-il dit.

En moyenne, les paysans récoltent le qat trois à quatre fois par an. Selon M. Muharram, le qat n’a pas besoin de beaucoup d’eau comparé à d’autres cultures, toutefois les paysans irriguent leurs plantations de qat plus qu’il n’est besoin.

La culture du qat augmente de 12 pour cent par an, selon Abdul Karim el Sabri, directeur du contrôle de l’eau et de l’irrigation au ministère de l’Agriculture.

« En 1997, quelque 80 000 hectares étaient consacrés au qat ; en 2000, ce nombre atteignait 103 000 hectares ; et en 2005, il s’élevait à 123 933 hectares », a-t-il indiqué à IRIN.


Photo: Muhammad al-Jabri/IRIN
Le qat est aujourd'hui cultivé sur 123 933 hectares de terre au Yémen

Il faut 733 millions de mètres cubes d’eaux souterraines pour irriguer 81 pour cent de ces terres. « Si l’on avait recours à des techniques d’irrigation modernes pour arroser les plantations de qat, entre 20 et 30 pour cent d’eau pourraient être économisés chaque année, soit l’équivalent de 183 millions de mètres cubes », a observé M. el Sabri.

Selon M. el Sabri, dans le gouvernorat de Sanaa, 22 000 hectares sont consacrés à la culture du qat, qui demande jusqu’à 160 millions de mètres cubes d’eau par an.

« Si l’on avait recours ici aux nouvelles techniques d’irrigation, 40 pour cent de l’eau utilisée pourrait être économisée. Cette eau économisée équivaudrait à la quantité utilisée chaque année par les habitants de la ville de Sanaa », a-t-il poursuivi.

Les plants de qat sont malgré tout arrosés à la manière traditionnelle, par inondation des plantations, selon M. el Sabri.

« En ayant recours à cette méthode, on gaspille une grande quantité d’eau : les paysans puisent l’eau des puits, et la font passer par des canaux jusqu’à ce qu’elle atteigne leurs exploitations, mais une certaine quantité de l’eau puisée est perdue en chemin. Par ailleurs, pour peu que le cours d’eau soit rocailleux, une grande quantité de l’eau est gaspillée avant d’atteindre les plants », a-t-il expliqué, ajoutant que « les techniques d’irrigation modernes sont rarement utilisées par les paysans ».

M. el Sabri a également noté que le ministère de l’Agriculture soutenait les paysans en construisant des barrages et des divisions hydrauliques pour leur permettre d’irriguer leurs cultures fruitières, leurs légumes et leurs céréales.

« Mais ils [les paysans] s’en servent pour cultiver le qat », a-t-il expliqué.

maj/ar/mw/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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