L’attaque, le 29 septembre, d’un poste de la force de maintien de la paix de l’Union Africaine (UA) dans le Darfour a suscité de nouvelles interrogations sur le remplacement programmé de la Mission de l’Union Africaine au Soudan (AMIS) par une force hybride de la Mission conjointe ONU-UA qui inclura des effectifs de pays non africains.
Dix soldats de l’AMIS avaient été tués au cours de l’attaque de Haskanita, dans le Nord Darfour, et une cinquantaine d’autres sont toujours portés disparus.
Le Président de la République du Sénégal, Maître Abdoulaye Wade, dont le pays dispose de 540 soldats au sein de l’AMIS, avait menacé de retirer ses troupes s’il apparaissait que les soldats de l’UA avaient été tués parce qu’ils étaient sous équipés. Une des victimes de l’attaque de Haskanita était de nationalité sénégalaise.
Mais le Sénégal a promis d’augmenter son contingent au Darfour en le portant à 1 600 hommes, lorsque la force hybride, baptisée UNAMID (Mission conjointe des ONU-UA au Darfour), remplacera l’AMIS.
« S’ils sont morts parce qu’ils n’avaient pas d’armes pour se défendre, je vais retirer tous mes soldats [...] car je ne vais pas envoyer des gens au mouroir », avait alors déclaré M. Wade à la presse, le 3 octobre.
Au cours d’une précédente attaque, en début d’année, cinq soldats sénégalais avaient également été tués et le président Wade avait déjà menacé de retirer ses troupes, si l’AMIS n’était pas fortement soutenue par les Nations Unies.
Il faut dire que depuis sa création, l’AMIS n’a ni les moyens humains et financiers, ni le matériel adéquat pour contribuer de manière significative au rétablissement de la sécurité dans le Darfour.
Autour de la région de Haskanita, par exemple, les acteurs humanitaires ont suspendu depuis plusieurs mois leurs opérations en raison de l’insécurité qui y règne.
Si, comme prévu, l’UNAMID remplace l’AMIS, la force hybride deviendra la plus importante mission de maintien de la paix dans le monde, avec ses 26 000 personnels civils et militaires.
Ce remplacement devrait intervenir le 1er janvier 2008, mais comme le faire remarquer le général en chef des forces de l’AMIS, il faudra du temps pour que l’UNAMID soit totalement opérationnelle.
Devant une délégation de dignitaires en visite dans la région et comprenant notamment l’ancien président américain Jimmy Carter et Desmond Tutu, ancien archevêque de Cape Town, le général Martin Agwai a expliqué que les effectifs de l’UNAMID en janvier seront de 8 000 hommes maximum, c’est-à-dire tout juste 1 000 de plus que la force actuelle de l’AMIS.
Le général Agwai a par ailleurs indiqué qu’un seul pays, la Jordanie, avait promis de fournir des moyens aériens.
« En regardant la réalité en face, combien de pays africains sont capables de fournir de troupes qui peuvent être totalement autonomes ici ? », a-t-il demandé.
Les conséquences éventuelles
Selon l’organisation Human Rights Watch (HRW), la récente attaque pourrait « réduire l’intérêt des pays contributeurs de troupes, en Afrique », et le Sénégal et le Nigeria auraient déjà menacé de revoir leurs engagements.
« Il est important que la communauté internationale réaffirme son soutien à la mission aussi bien dans les discours que dans les actes, et que les principaux gouvernements expriment leur engagement au côté de la mission en exigeant qu’elle puisse se déployer sans aucune obstruction de la part des autorités soudanaises et des rebelles », a expliqué Leslie Lefkow, chercheuse à HRW.
L’attaque de Haskanita fait aussi craindre une réaction plutôt réservée de certains pays parmi la douzaine de pays non africains qui avaient exprimé leur volonté de participer à l’UNAMID, notamment le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège et l’Irlande.
« Evidemment, [cela découragera d’autres pays]. Quelle pourrait être à présent la contribution des pays occidentaux ? », a fait observer à IRIN Julie Flint, co-auteur du livre Darfur: A short history of a long war (Darfour : La courte histoire d’une longue guerre), au cours d’une conversation téléphonique.
| « Cette attaque, et les scissions permanentes au sein des groupes rebelles du Darfour, réduisent aussi considérablement les chances de succès des pourparlers de paix prévus ce mois-ci en Libye » |
« Cette attaque, et les scissions permanentes au sein des groupes rebelles du Darfour, réduisent aussi considérablement les chances de succès des pourparlers de paix prévus ce mois-ci en Libye », a souligné l’organisation dans un rapport publié le 4 octobre.
L’UA, pour sa part, semblait moins pessimiste quant aux conséquences éventuelles de cette attaque sur les prochains pourparlers de paix.
« Je ne pense pas que cela aura des conséquences. Les dates des pourparlers sont toujours maintenues et des négociations sont en cours pour réunir les parties au conflit. Les Nations Unies sont prêtes à déployer des forces. C’est toujours d’actualité. Le déploiement devrait commencer vers la fin du mois d’octobre, a assuré M. Assane Ba, porte-parole du Conseil de paix et de sécurité de l’UA.
A propos de la menace de M. Wade de retirer ses troupes, M. Ba a indiqué qu’il ne pensait pas que le président sénégalais en arriverait là.
Si l’objectif de l’attaque était de compromettre le processus de paix alors « elle a échoué parce que les parties sont plus que jamais déterminées à faire avancer le plan de sortie de crise », a-t-il ajouté.
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